Economie, Société

Les maladies chroniques coûtent cher à l’Europe

Le nouveau rapport de l’OCDE et de la commission européenne est sans appel : faute d’une politique publique de santé et de prévention efficace, les maladies chroniques font perdre des milliards d’euros à l’Europe, mais engendrent surtout le décès de centaines de milliers de personnes chaque année.19159

Le rapport conjoint de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) et de la Commission européenne, intitulé Panorama de la santé: Europe 2016, a été publié mercredi 23 novembre. Il dresse une série de statistiques concernant les performances de santé dans l’ensemble des États membres de l’Union européenne (UE).

Selon les estimations de cette année, les maladies chroniques – crises cardiaques, AVC, diabète ou cancer – pèsent lourdement sur l’UE. Ce n’est pas moins de 550 000 personnes qui ont perdu la vie en raison de maladies chroniques cette année. Un chiffre derrière lequel se cache un véritable drame sanitaire qui, par ailleurs, coûte 115 milliards d’euros par ans aux États membres de l’UE, soit 0,8% du PIB. Un coût qui n’est pas étonnant dans la mesure où, plus il y a de problèmes de santé, plus les dépenses en matière de prestations sociales augmentent.

En revanche, Panorama de la santé: Europe 2016 note que dans de certains pays, notamment au Royaume-Uni, en Irlande, mais aussi dans de nombreux pays d’Europe centrale et orientale, des progrès ont été réalisés quant à la rapidité des diagnostics et les traitements administrés aux patients souffrant de maladies chroniques. Malgré tout, ces pays affichent un retard en termes de taux de survie après un cancer.

Par ailleurs, les statistiques mettent en exergue un phénomène on ne peut plus préoccupant : les disparités au sein même des pays de l’UE en terme de soins de santé selon le niveau de qualification et les revenus. À titre d’exemple, en moyenne, les personnes ayant le plus faible niveau d’études vivront 7 ans de moins que ceux qui ont le niveau d’études le plus élevé. Un écart qui se creuse davantage dans les pays d’Europe centrale et orientale.

Ainsi, en ce qui concerne la santé en Europe, la conclusion est : peut mieux faire ! Et ce, non seulement pour faire des économies, mais surtout pour sauver des vies par la mise en place de politiques publiques de santé et de prévention efficaces et par la valorisation des soins de santé. Ainsi des solutions existent pour saveur des vies supplémentaires : investissements supplémentaires dans la prévention, mise en place de mesures pour faciliter l’accès des personnes handicapées à l’emploi, rehaussement des normes de soins, meilleure accessibilité des prestataires de soins primaires dans toutes les zones de chaque État, etc.

Comme l’a expliqué le Secrétaire général de l’OCDE, M. Angel Gurría, lors du lancement du rapport à Bruxelles : « Il faut redoubler d’efforts pour lutter contre les inégalités s’agissant de l’accès aux soins et de leur qualité. Les systèmes de santé européens doivent en outre gagner en efficience pour orienter les ressources là où elles ont le plus d’impact sur les résultats en matière de santé, comme les activités de prévention ».

Et la France dans tout ça ?

Comme dans le reste de l’Europe, le bilan est en demi-teinte.

La France est à la troisième marche du podium en ce qui concerne l’espérance de vie dans les pays de l’UE. Grâce à la qualité des soins prodigués dans le pays, l’espérance de vie est en moyenne de 82,8 ans, soit un peu plus que la moyenne européenne (80,9 ans). Mais nos voisins font mieux : en Italie, l’espérance de vie est de 83,2 ans et de 83 ans en Espagne.

Ne pavoisons donc pas trop, d’autant plus qu’en 2015, selon l’Insee, l’espérance de vie a légèrement reculé. D’ailleurs, si lors de la présentation des statistiques françaises issues du rapport, Francesca Colombo, chef de la division santé, a salué les résultats de la France, il n’a pas manqué de rappeler qu’il existait des éléments sur lesquels l’Hexagone pouvait s’améliorer.

Car on compte encore en moyenne davantage de fumeurs et de buveurs d’alcool en France par rapport aux restes des États européens. Déjà en 2015, le Panorama de la santé soulignait que les français faisaient partie des plus importants consommateurs d’alcool et de tabac, une tendance que nous n’avons pas renversée cette année. Consommation d’alcool et de tabac, voici donc deux habitudes de vies qui pourraient nuire à terme de façon conséquente à ce que l’on considère comme une réussite, la longévité des Français.

Enfin, si le taux d’obésité en France est plus bas que dans la plupart des autres pays européens, nous ne devons pas fermer les yeux sur une réalité : le taux de surpoids et d’obésité chez les enfants ne cesse d’augmenter.

Comme le souligne le Commissaire européen à la santé et à la sécurité alimentaire, M. Vytenis Andriukaitis, l’obésité, le tabagisme et la consommation abusive d’alcool sont des phénomènes à prendre au sérieux puisqu’encore un trop grand nombre de personnes meurent de maladies qui y sont directement liés. Ainsi, les autorités françaises devraient prendre en compte avec sérieux les recommandations de ce dernier panorama afin que soit mis en place un plan d’action efficace pour enrayer ces trois fléaux.

Camille Saulas

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *