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Les mots et les visages au temps du coronavirus

Fin décembre 2019, le monde découvrait le mot « coronavirus », une maladie qui touchait la Chine. La menace semblant lointaine, on ne s’inquiétait pas. On le disait très contagieux, et pourtant cela ne nous alarmait guère. Si les informations concernant le virus étaient confuses à la fin de l’année 2019, elles sont devenues de plus en plus audibles à partir de février 2020. Pourtant, nous continuions imperturbablement notre train-train quotidien. Les grandes villes grouillaient encore de touristes nonchalants. Mais, début mars, à Paris, les rayons de solutions hydroalcooliques étaient déjà vides. En Turquie, l’annonce du premier cas dans le pays, le 11 mars, a suffi à mettre à sec en une journée les rayons d’eau de Cologne. La reconnaissance du caractère pandémique du coronavirus par l’OMS est suivie par les annonces de confinements un peu partout dans le monde. Tandis que le président français Emmanuel Macron annonçait vigoureusement à la télévision « nous sommes en guerre » et demandait aux Français de se confiner chez eux, son homologue américain se moquait du virus et balayait toute idée de confinement. Le coronavirus devenait alors la Covid-19. Plus ou moins volontairement, chacun s’est retiré chez lui pour laisser apparaître un monde vidé de ses habitants. À travers nos télévisions, nous avons découvert nos villes désertées. Pendant des mois, nous écoutions aussi les chefs de service de différents hôpitaux qui, devenus membres du conseil scientifique du gouvernement, nous ont dit tout et son contraire. Ainsi, les membres du comité scientifique qui affirmaient au début de la pandémie que le port du masque était inutile participent désormais aux mêmes émissions télévisées en étant masqués afin de souligner l’importance du port du masque.

Le confinement et la période qui s’en est suivie furent également l’occasion de découvrir des figures peu connues du grand public comme la psychanalyste Cynthia Fleury, une intellectuelle qui tient un discours différent. Pendant le confinement, elle parle de la « résilience ». Par la suite, du « ressentiment ».  

Vers la fin du premier confinement, nous avons assisté au retour de figures controversées comme le philosophe Bernard-Henri Lévy (BHL) qui a publié un pamphlet intitulé Ce virus qui rend fou dans lequel il fustige l’épidémie de la peur qui nous envahi et nous paralyse, mais aussi un monde qui se repli sur lui-même. BHL parle « d’un vent de folie qui souffle sur le monde », avant d’ajouter qu’« on a ajouté à la maladie la folie et la connerie ». Il finit par nous alerter « contre le pouvoir médical et le danger du tout sanitaire ». 

La pandémie nous a également révélé un grand scientifique et médecin : le professeur Didier Raoult. Son traitement par l’hydroxychloroquine et la chloroquine a fait de lui une figure incontournable de cette pandémie. Il est aimé et adulé par des millions de Français, tel un héros des temps modernes qui porte sa cause contre vents et marées, en l’occurrence, contre l’industrie pharmaceutique. À l’instar de BHL, le professeur Didier Raoult condamne fermement la peur qu’instaurent les autorités par l’intermédiaire des médias et de son conseil scientifique. 

Et le monde de l’après Covid-19 ? Selon l’économiste Jacques Attali, « face à un grand choc, il faut aller à lessentiel, être utile aux autres ». Il ajoute : « cette pandémie est en train de nous faire prendre conscience de la nécessité d’une autre forme de société fondée sur l’altruisme ». Son concept n’est pas nouveau, il l’avait déjà évoqué en septembre 2013 à l’occasion d’un rapport portant sur le long terme dans l’économie et dans lequel il soulignait le fait que « laltruisme envers les générations futures est un moteur plus puissant que lindividualisme animant aujourdhui l’économie de marché ». 

Enfin, des visages sont porteurs d’espoir. Surnommés « les nouveaux époux Curie », le couple de chercheurs allemands d’origine turque, Uğur Şahin et Özlem Türeci, sont à l’origine de la découverte du premier vaccin contre la Covid-19. Nous dirigeons-nous vers une sortie de la pandémie ? 

Mireille Sadège

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