International

Les Occidentaux à la recherche des « modérés » du Moyen-Orient : le pari kurde

Après 10 jours de soutien aérien américain, les combattants kurdes qui s’opposent à l’Etat Islamique, au nord-est de l’Irak, ont rencontré de nombreuses victoires. Retour sur une situation complexe où les Kurdes s’affirment de plus en plus comme les alliés, espérés modérés, des Occidentaux.

 Les Etats-Unis, alliés du Kurdistan… non plus de l’Irak

Barrage de Mossoul

Barrage de Mossoul

Le 8 août, Barack Obama annonçait une nouvelle intervention militaire des Etats-Unis en Irak, la quatrième en moins de trente ans. Bien qu’il refuse d’envisager tout déploiement de troupes au sol, il a clairement établi, après une première annonce concernant l’envoi de biens de première nécessité, que les frappes aériennes seraient utilisées tant que nécessaire contre l’EI. La précision géographique fait cependant toute la différence : ce n’est pas toute les zones contrôlées par l’EI en Irak qui seront visées, mais simplement les zones disputées avec les peshmergas kurdes. Les Etats Unis prennent acte de la fragmentation effective du pays, et envoient un clair signal aux chiites au pouvoir, et aux sunnites marginalisés depuis la chute de Saddam Hussein : les Kurdes sont sous protection américaine, pas l’Irak.

L’annonce de la première frappe américaine, sur le compte Twitter du porte-parole américain lie de manière limpide la défense des territoires kurdes et les intérêts américains.

Capture d’eěcran 2014-08-18 aĚ 12.35.55

Les Etats Unis, après avoir délivré plus de 74 000 repas et 15 000 gallons d’eau aux réfugiés chrétiens du Mont Sinjar, se sont félicités le 13 août de la réussite de leurs actions coordonnées avec les peshmergas. Parmis elles, plusieurs voies d’évacuation ont été ouvertes au milieu des plaines contrôlées par l’EI permettant la sauve traversée des Yézidis vers les bastions kurdes.

Quant à la Syrie, qu’une réelle guerre américaine contre l’Etat Islamique remettrait sur l’agenda de la défense américaine, elle reste un terrain miné, où on ne s’engagerait qu’avec répugnance. Le Pentagone réfute toutes les publications médiatiques, qui, depuis hier, rapportent des frappes aériennes en Syrie. En revanche, les forces loyalistes au régime de Bachar al-Assad ont lancé ce week-end la plus grande offensive en date contre les bastions de l’EI, avec 43 offensives pour la seule journée de dimanche. La coordination entre les calendriers américains et ceux du régime syrien peut être lue comme un fin calcul d’al Assad saisissant l’occasion rêvée d’arracher une des épines plantées dans son pied… ou comme une coordination orchestrée par les Etats Unis, pour qui le terrorisme jihadiste a toujours primé sur le terrorisme d’Etat. Depuis vendredi, les tribus sunnites ont aussi organisé une contre-offensive depuis l’ouest irakien, essayant de repousser l’EI vers la Syrie, hors de la province d’Al Anbar.

Ce 18 août, les jihadistes ont été chassés par l’intervention conjointe des Kurdes et des Américains – qui fournissent renseignements en sus des armes et d’un soutien aérien – du plus grand barrage d’Irak, à Mossoul. Capital pour l’agriculture et l’approvisionnement en électricité, ce barrage était un objectif stratégique majeur et représente un sévère revers pour l’EI.

Le pari risqué des Occidentaux

Comme le note Fareed Zakaria, la politique des Etats Unis au Moyen-Orient a longtemps consisté à soutenir les modérés « et il y en a bien peu ». De grosses interrogations planent sur l’alliance dorénavant très médiatisée entre Occidentaux – USA mais aussi France, qui envoie vivres et armes, et Grande-Bretagne active depuis sa base militaire chypriote – et la région autonome du Kurdistan, dirigée depuis 2005 par Massoud Barzani, issu d’une famille très active dans l’histoire des indépendantistes kurdes. Auprès des peshmergas kurdes irakiens se retrouvent en effet des combattants de tous les pays où se partage le peuplement kurde. Ce sont principalement des Kurdes syriens – affiliés au PYD ou non, bien entraînés après trois ans de guerre civile où ils ont pris une part active contre le régime, et contre les divers groupes jihadistes – et les Kurdes turcs, assez unifiés sous la bannière du PKK et d’Abdullah Öcalan. Reste donc à savoir la durée et l’ampleur de l’union sacrée des Kurdes face à l’Etat Islamique, activée particulièrement pour venir au secours de la minorité Yézidi kurdophone, menacée d’extermination par les jihadistes.

Les mouvements kurdes étaient jusqu’à présent souvent opposés, et parfois en conflit ouvert ; la création et la prospérité de la région autonome du Kurdistan irakien depuis dix ans a enfin ouvert une perspective de légitimité territoriale pour les Kurdes de tous pays. S’ils ne se fragmentent pas de nouveau, représenteront-ils pour autant un allié fiable pour les Occidentaux? Et quel serait le prix de leur fidélité? D’aucuns parlent de la construction véritable d’un Etat kurde non seulement autonome mais indépendant et souverain, redessinant les cartes. Comment réagiraient alors les Kurdes des Etats voisins, et les gouvernements de ces pays? Echanger une alliance ancienne et entérinée par l’OTAN avec la Turquie ; ou sacrifier le dialogue à peine ré ouvert avec l’Iran sur la question du nucléaire pour une alliance tactique serait un bien piètre mouvement.

Sans préjuger des positions ou des idéologies diffusées dans les milieux combattants kurdes, il convient de ne jamais oublier que l’allié de l’heure au Moyen-Orient tend souvent à se retourner contre la main occidentale qui l’a nourri, à l’instar des moujahhidines afghans, instrumentalisés contre les soviétiques après 1979, qu’on retrouve à l’instigation des attentats du 11 septembre 2001.

Aprilia Viale

Trackbacks / Pings

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *