Politique, Société

Les Ouïghours : face à un peuple discriminé, l’opinion mondiale s’indigne

Depuis le début du ramadan, les Turcs-ouïghours de confession musulmane sont la cible d’une violente et sévère répression exercée par les autorités locales de Xinjiang, région autonome à l’extrême-ouest de la Chine. En plus de l’augmentation des arrestations arbitraires par la Chine et des décès qui se multiplient, les Ouïghours sont aujourd’hui victimes d’expulsion territoriale. Face à cette politique discriminatoire qui révolte le monde entier, plusieurs manifestations et condamnations internationales voient le jour, non seulement en Turquie mais également aux Etats-Unis et en Europe.

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La répression du gouvernement chinois à l’encontre d’une minorité turcophone et musulmane du Turkestan oriental s’est largement accentuée pendant le mois du ramadan, ce qui soulève un vent de protestation. En Turquie, mais également en Europe et aux Etats-Unis, plusieurs manifestations éclatent pour demander le respect de la liberté des Ouïghours, à la fois au niveau culturel et religieux.

Pékin nie toute forme de répression culturelle et religieuse et proteste en affirmant qu’un grand nombre de ces « rebelles » sont en réalité des extrémistes cherchant à rejoindre les groupes djihadistes de Syrie et d’Irak. En témoigne l’arrestation d’un Ouïghour ce lundi 20 juillet, sous prétexte qu’il se rendait dans des camps d’entraînement syriens par le biais de la Turquie, pour une « formation dans la fabrication de bombes » selon le quotidien Hürriyet Daily News.

Durant le mois du ramadan, tous les enfants, enseignants ou fonctionnaires ouïghours sont interdits de pratiquer le jeûne. Pour les résistants qui souhaitent faire respecter leur confession, arrestations, intimidations et condamnations ont lieu chaque jour. Mais alors que ce mois si sacré pour la religion musulmane vient de se terminer, le face à face est loin de s’achever car certains Ouïghours tentent de fuir la Chine pour retrouver un semblant de liberté en Turquie ou ailleurs.

Les pays frontaliers de la Chine peu cléments

Depuis 2014, ce ne sont pas moins de 500 fugitifs ouïghours que la police du Yunnan, province chinoise frontalière avec la Birmanie, le Laos et le Vietnam, a arrêté. Les affrontements entre les membres des ethnies Han, majoritaires en Chine, à l’encontre des Ouïghours ont fait des centaines de morts ces trois dernières années dans le Xinjiang.

Les plus téméraires tentent de se réfugier en Thaïlande pour avoir ensuite la chance de rejoindre la République laïque de Recep Tayyip Erdoğan. Mais le plus souvent, les pays frontaliers de la Chine, intransigeants, expulsent sans concession les Ouïghours vers l’Empire du Milieu.

Face à ces déportations chinoises, la communauté internationale a réagi : les Etats-Unis, la Turquie et même l’ONU ont fait part de leur désaccord. Le 11 juillet notamment, la Haute-représentante de l’Union européenne aux Affaires étrangères, Catherine Ashton, a réagi contre l’extradition à la Chine de 115 Turcs-ouïghours qui s’étaient réfugiés en Thaïlande pour y fuir les répressions chinoises. Elle a notamment déclaré que « la Thaïlande a des responsabilités découlant de la Convention internationale des droits civils et politiques ».

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Cet affrontement entre les Ouïghours, la Chine et la Thaïlande a eu lieu la semaine dernière, aux yeux du monde entier.

Le 9 juillet, le Département d’Etat américain a déclaré que « les Etats-Unis condamnent la Thaïlande d’avoir forcé la déportation de 109 Ouïghours vers la Chine, où ils pourraient faire face à un traitement sévère et à une absence de procédure régulière. » Les Ouïghours remis aux autorités chinoises faisaient partis d’un groupe de 300 personnes emprisonnées depuis plus d’un an en Thaïlande pour être entrées clandestinement dans le pays en prétendant être de nationalité turque. La Thaïlande assure par ailleurs avoir reçu de Pékin l’assurance que les Ouïghours remis à la Chine seront bien traités. Une affirmation jugée ridicule selon les organisations de défense des droits de l’homme, sachant qu’une fois en Chine, ces populations connaissent bien souvent la prison, la torture, voire disparaissent pour certains d’entre eux.

Sunai Phasuk, chercheur thaïlandais au sein de l’organisation Human Rights Watch, se montre « choqué et inquiet que la Thaïlande ait cédé à la pression de Pékin car les Ouïghours en Chine peuvent faire face à de graves excavations. »

Cette expulsion commanditée par la Thaïlande rappelle un tout autre problème que rencontrent les minorités ethniques de Chine : le passeport discriminatoire. Si les Hans peuvent prétendre à un passeport dans un délai de 15 jours, stipule l’ONG Human Rights Watch, les Tibétains ainsi que les Ouïghours doivent quant à eux attendre de longues années avant de recevoir une réponse qui se solde souvent par un refus de la part des autorités chinoises. En d’autres termes, il existe en Chine, pour un passeport, deux systèmes administratifs différents.  C’est ainsi que « 10% de la population chinoise est obligée d’utiliser l’ancienne voie beaucoup plus bureaucratique et compliquée pour obtenir un passeport. Comme par hasard, ces 10% vivent dans les régions peuplées par des minorités religieuses » rapporte Maya Wang, membre de l’association.

La Turquie manifeste son mécontentement

Un pays en relation directe avec les Ouïghours s’est clairement prononcé face à ce drame : la Turquie. Selon la chaîne de télévision TRT, société de télédiffusion, près d’un millier d’Ouïghours se trouvent actuellement en Turquie dans un centre d’hébergement de la ville de Kayseri. L’accueil des migrants a été vivement salué par les différents vice-présidents du Congrès mondial des Ouïghours en Turquie, aux Etats-Unis, au Kazakhstan, en Allemagne et en Norvège. « Notre porte est toujours ouverte aux personnes fuyant la mort » a déclaré Erdoğan.

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Le peuple turc en est venu à protester dans les rues pour manifester son mécontentement, à tel point que le porte-parole du gouvernement thaïlandais Werachon Sukhondhapatipak a annoncé ce vendredi 10 juillet la « fermeture temporaire » de son ambassade basée à Ankara ainsi que celle du consulat à Istanbul. Une décision qui fait suite à la manifestation de 200 pro-Ouïghours qui auraient saccagé les lieux par des lancers de pierre et par l’enlèvement puis le piétinement du drapeau thaïlandais.

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Des attaques envers les citoyens chinois en guise de protestaion

Les attaques envers les citoyens chinois eux-mêmes se multiplient. La Turquie recense déjà deux attaques portées sur un restaurant chinois ainsi qu’une brutalisation commise à l’encontre d’une touriste coréenne lors d’une manifestation devant l’ambassade de Thaïlande. Le chef du Parti du mouvement nationaliste (MHP), Devlet Bahçeli, a présenté ses excuses pour ces dérapages, tout en prenant soin de les justifier. « Notre jeunesse idéaliste est très sensible à l’oppression qui sévit en Chine » a-t-il dit. « En outre, quelle est la différence entre un Coréen et un Chinois ? […] Ils ont tous les deux les yeux bridés. » a-t-il également déclaré, provoquant l’accentuation des protestations sur les réseaux sociaux.

Une solidarité internationale

De même que les grandes villes d’Europe comme Paris soutiennent la cause des Ouïghours, à New York, le 7 juillet, plusieurs membres de l’association des Jeunes Turcs se sont réunit devant la représentation permanente de la Chine aux Etats-Unis pour faire savoir qu’ils souhaitaient attirer l’attention du monde entier sur la répression commise à l’encontre des Ouïghours. Mais face au peu d’informations relayées par les médias internationaux, les  manifestants réclament l’envoi d’une délégation dans la région du Xinjiang afin d’établir un rapport qui sera par la suite présenté à l’opinion publique mondiale.

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En plus de l’accueil de milliers de réfugiés syriens et l’envoi d’aide aux Irakiens, c’est envers les migrants ouïghours que la Turquie répond encore une fois positivement à l’appel de ses voisins opprimés. Mais cette fois, elle n’est pas seule. Aux côtés des grandes puissances comme les Etats-Unis et l’Europe, plusieurs organisations comme l’ONU ou encore le Congrès mondial des Ouïghours prennent part à la défense de cette juste cause. Un comportement exemplaire qui s’additionne d’un élan de solidarité internationale envers une communauté qui se sentait oubliée.

Jessica Mauzole

 

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