International, Politique

Les Ouïghours : un problème chinois, un dilemme turc

En début de semaine, le Gouvernement chinois condamnait huit Ouïghours à la peine de mort pour des attaques dites terroristes qui ont eu lieu en avril, mai et novembre derniers. Ces attaques, qui ont fait plusieurs dizaines de morts dans les derniers mois se sont toutes produites dans la province chinoise du Xinjiang, théâtre des affrontements entre Ouïghours et Hans. Retour sur des relations historiquement tendues, qui concernent bien entendu la Chine, mais également la Turquie.

Ouïghours

Une question vieille de plusieurs siècles mais toujours d’actualité

La sentence est tombée le lundi 8 décembre dernier : la peine capitale pour huit Ouïghours chinois considérés comme les « terroristes » responsables des « attentats » qui ont dernièrement secoués la province chinoise du Xinjiang. Le dernier affrontement, qui remonte à la fin novembre, avait fait une quinzaine de morts. Selon les médias d’État chinois, ce « groupe terroriste » aurait attaqué des civils Hans (les Chinois dits de pure souche, la principale ethnie du pays), et la police chinoise aurait abattu onze « terroristes » au cours de cette attaque.

La région du Xinjiang est régulièrement secouée par des altercations entre Chinois, majoritairement des Hans, et Ouïghours, ethnie turcophone et de confession musulmane. La répression du gouvernement chinois à l’encontre des militants ouïghours n’est pas nouvelle : profitant du contexte du lendemain du 11 septembre, celui-ci avait lancé un vaste programme d’extradition, de jugement et d’expulsion d’Ouïghours, considérés comme « séparatistes », « dangereux » voire « terroristes ». Par ailleurs, ces événements s’inscrivent en parallèle des manifestations en faveur de la libération d’Ilham Tohti, un intellectuel ouïghour arrêté le 15 janvier 2014 pour « séparatisme », alors professeur respecté à l’Université des minorités de Pékin. Sa condamnation le 23 septembre dernier à la réclusion à perpétuité a donc provoqué des protestations dans plusieurs pays abritant une minorité Ouïghoure, y compris en France, à Paris place du Trocadéro.

Des têtes de turcs pour la Chine…

L’antagonisme entre Ouïghours et Chinois est historique, pour des raisons aussi bien politiques que territoriales. Les Ouïghours constituent un peuple turcophone et musulman sunnite, établi depuis plus d’un millénaire dans la région chinoise mais autonome du Xinjiang, au nord-ouest du pays. Historiquement, ce peuple a toujours refusé l’autorité de Pékin et n’a jamais reconnu cette région comme chinoise, mais comme un État ouïghour appelé le Turkestan Oriental. Pourtant officiellement reconnue parmi les peuples de Chine, l’ethnie ouïghoure et ses dix millions de membres vivant sur le territoire chinois font dans les faits l’objet d’une répression politique, comme l’illustrent les derniers événements, mais souffrent aussi d’une discrimination au niveau de leur langue, de leurs coutumes et de leurs pratiques religieuses. Toutefois, même si les répressions chinoises sont quasi systématiques et souvent arbitraires comme l’expose bien la condamnation à mort de ces huit « terroristes » ouïghours sans qu’ils n’aient à aucun moment été juridiquement défendues, le peuple Ouïghour n’est pas Xinjiangtotalement blanc non plus. Dans ces affrontements, où les Ouïghours se placent comme les victimes permanentes, il faut savoir faire la part des choses entre les dires et les informations communiquées par les médias officiels chinois. À plusieurs reprises au cours des années 2000, des Ouïghours ont ouvert le feu et attaquer des policiers et civils Hans, jusqu’à commettre, le 28 octobre 2013, un attentat qui fit 5 morts et 38 blessés sur la place Tian’anmen de Pékin, lieu symbolique de protestations.

Le dossier Ouïghour est donc devenu un problème majeur à gérer pour la Chine, notamment durant les Jeux Olympiques de Pékin de 2008, où il constituait la principale menace en matière de sécurité. La radicalisation de la situation et la multiplication des altercations ont fait du pays une cible du terrorisme islamique en lien avec Al Qaïda au Maghreb (AQMI) suite à d’autres attentats au Pakistan, au Yémen mais aussi en Algérie. La position de l’ONU sur le sujet reste ambiguë : la Turquie en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité avait proposé la mise à l’Agenda du problème Ouïghour. Une initiative immédiatement rejetée par la Chine, considérant la situation comme un « problème intérieur ».

…un casse-tête chinois pour la Turquie

Car oui, les tensions sino-ouïghoures placent effectivement la Turquie dans une position géopolitique délicate mais importante. Les Ouïghours étant des musulmans turcophones, le Gouvernement comme la communauté turque ne cachent pas leur lien avec cette cause et ne manquent pas de s’immiscer dans ces tensions. Malgré la proximité géopolitique et économique de la Chine et la Turquie, Recep Tayyip Erdoğan, alors Premier ministre, qualifiait la répression des Ouïghours par la Chine comme un « génocide ». De ce fait, le ministère des Affaires étrangères turc accorde facilement le droit d’asile et des visas à tout Ouïghour se disant victime de persécutions chinoises. En 2009, suite à une énième altercation, la Turquie et son ministre de l’Industrie de l’époque ont même été jusqu’à lancer un boycott des produits chinois. Cette situation place toutefois la Turquie dans l’embarras : se mettre à dos une telle puissance ne serait pas bénéfique pour le pays au regard du poids des relations économiques et financières sino-turques. Ankara se montre donc de plus en plus prudent sur le sujet, invitant Pékin « à déployer des moyens conséquents pour rétablir le plus rapidement possible l’ordre dans le Xinjiang ».

Juliette Vagile

6 Comments

  1. Richard Charles

    Dommage que les ouïghours ne soient pas juifs,car nous juifs nous aurions tout fait pour contrer la politique de Pékin à leur égard.Nous ne sommes que 14 000 000 et nous avons fait plier l’URSS ,pour sa politique antisémite ,et les 1 400 000 000 de musulmans ( donc 100 fois plus nombreux que nous juifs) ne sont pas capables de faire fléchir la politique raciste de la Chine contre les musulmans ouïghours. Voilà la différence entre la solidarité juive et l’absence de solidarité musulmane ,hormis celle qu’ils manifestent tous pour les terroristes musulmans qu’on appelle palestiniens…

    • Anne Lavalade

      Hhhhhhhh mais c’est une blague monsieur ?? Combien de morts en Palestine du côté musulman et combien de morts de l’autre côté ?? Les terroristes sont les sionistes dont apparemment vous faites partie. ..

    • Vladimir illitch

      C’est dessuite plus simple avec le soutien de l’oncle sam vas pas croire que c’est israël ou le « peuple » juif qui a fait plier l’URSS… t’as une date pour ton histoire d’antisémitisme soviétique ça m’interesse donne moi le nom des evenements que je puisse les trouver facilement stp

Trackbacks / Pings

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *