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Les Polonais se mobilisent pour sauver le droit à l’avortement

Samedi 1er octobre, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Varsovie et de diverses villes de Pologne pour manifester contre une loi « obscurantiste ».2016-10-02-13-31-28C’est vêtu de noir et muni de cintres – symbole de l’avortement clandestin -, que les manifestants ont protesté dans diverses villes polonaises notamment devant le Parlement à Varsovie. L’objet de leur colère : un projet de loi dont l’objectif est d’interdire totalement l’avortement dans ce pays où la législation concernant l’interruption volontaire de grossesse (IGV) fait partie des plus restrictives d’Europe.

En effet, en Pologne, l’IVG n’est autorisée que dans trois cas : s’il existe un risque avéré pour la vie ou l’état de santé de la mère, en cas de viol ou encore d’inceste, et enfin si le fœtus présente de graves pathologies. Cette situation pousse donc de nombreuses Polonaises à se tourner vers l’avortement clandestin.

En effet, si la Pologne remporte la palme du nombre d’avortements légaux le plus bas d’Europe – on en compte qu’entre 600 à 1.00 tous les ans pour pas moins de 10 millions de femmes en mesure de procréer -, le revers de la médaille est impressionnant. Ce serait entre 100.000 et 150.000 femmes qui, chaque année, se tourneraient vers l’avortement clandestin, se rendraient dans des cliniques de pays frontaliers pour procéder à une IVG, ou encore provoqueraient elles-mêmes des fausses couches en prenant des pilules achetées sur internet.

Les choses pourraient se compliquer davantage depuis que la majorité ultraconservatrice Droit et Justice (PiS) a renvoyé, le 23 septembre dernier, en commission parlementaire un projet de loi – une initiative d’organisations militantes « pro-vie » – qui vise à rendre illégale l’avortement dans le pays.

La situation est critique en matière de droit et libertés des femmes. Si le texte venait à être approuvé, la Pologne serait le premier pays de l’Union européenne qui restreindrait l’accès à l’avortement au point de le rendre illégal et d’imposer des peines de réclusions pouvant aller jusqu’à cinq ans pour les patientes ainsi que pour les médecins qui pratiqueraient une IVG.

Cette loi est considérée par certains comme une initiative « obscurantiste » proposant une « solution extrémiste » et « barbare ». Ils y voient le spectre de l’Église sur la vie politique du pays dans la mesure où l’épiscopat polonais, encore très influent dans le pays, avait lancé un appel à durcir la législation sur l’IVG de 1993.

Ainsi, les manifestants sont descendus dans les rues au rythme de divers slogans tels : « Nous voulons des médecins, pas des missionnaires ! », « arrêtons les fanatiques», « La fête est finie ! », ou encore « Faites l’amour, pas des lois ! ».

Néanmoins, selon les dernières études d’opinion effectuées dans le pays, il s’avère que 70% de la population est pour le statu quo tandis que seulement 16% de la population voudrait que la loi soit assouplie et 14% des Polonais estiment qu’elle doit être davantage astreignante.

Si le nombre de manifestants attendus n’a pas atteint les attentes espérées avec seulement 3.000 à 5.000 protestataires dans les rues de Varsovie, il n’en reste pas moins que la mobilisation ne s’essouffle pas sur les réseaux sociaux avec la multiplication des mentions #CzarnyProtest – protestation noire. En outre, la mobilisation se poursuit lundi. Les femmes polonaises voulant défendre leur droit à l’avortement comptent bien faire « grève » aujourd’hui et manifester de nouveau pour faire entendre leur voix.

Quant au Parlement européen, il devrait débattre de la question, et plus largement du droit des femmes en Pologne, le 5 octobre ; tandis que le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies abordera la question à Genève les 17 et 18 octobre.

Camille Saulas.

 

 

 

 

 

1 Comment

  1. six

    bonjour,
    suite à votre article je me permets de vous demander des timbres Polonais ou Autres pour le TELETHON dont je m’occupe,
    dans l’attente,
    bien à vous,
    m six

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