Société

Özcan Purçu : « Les quartiers roms sont utilisés comme des sites d’entraînement par la police »

Récemment élu au Parlement sous la bannière CHP, le député d’origine rom Özcan Purçu a dénoncé hier les raids menés par la police contre la communauté rom établie aux abords de la ville de Keşan dans le nord-ouest du pays.

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Emblème de la reconnaissance politique balbutiante des minorités ethniques, Özcan Purçu, n’a pas attendu longtemps pour se faire le porte-parole de la communauté dont il est originaire. Élu le 7 juin dernier, le député CHP a tenu, en marge de la session parlementaire, une conférence de presse hier matin pour avertir « les médias sur la violence de la police ».

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Özcan Purçu, député CHP.

Depuis le 1er juillet en effet, les forces de l’ordre interviennent sur la ville de Keşan dans la province d’Edirne située au nord-ouest de la Turquie, arrêtant sans ménagements plusieurs individus accusés, pour la plupart à tort, « de pillages, de bagarres, de menaces de mort, et d’entraves à la police ».

Outré par le sort réservé à la communauté rom de Keşan, Özcan Purçu, n’a pas mâché ses mots devant la presse: « nous assistons a une scandaleuse discrimination ethnique », a-t-il lancé.

Les quartiers roms servent à la formation des policiers

Si les propos du député font la lumière sur la nature des interventions policières dirigées à l’encontre des roms, cette fois-ci il semble que les choses sont allées plus loin qu’à l’accoutumée. Plus qu’une simple intervention de routine, cette opération menée depuis deux jours par la police a pris, selon plusieurs témoins, des allures de parade nationaliste.

Le quotidien turc Hürriyet rapporte aujourd’hui que pendant les exactions policières la brigade anti-émeute rassemblant près de 200 policiers a entonné plusieurs chansons nationalistes dont l’une d’entre elles avait pour refrain la célèbre maxime « bien heureux est celui qui dit ‘je suis turc’ ». Un comportement inacceptable pour Özcan Purçu, qui est même allé plus loin en affirmant que les quartiers roms faisaient office de « sites d’entraînement » pour parfaire la formation des policiers.

Sans pour autant incriminer de hauts responsables politiques, le député d’origine rom a ajouté que les évènements de Keşan servaient exclusivement, « à promouvoir l’image de la police dans les médias ». En témoignerait d’ailleurs, « la grande différence entre l’ampleur des moyens mobilisés et la nature modeste des résultats ».

Selon un communiqué publié quelques heures plus tôt par la police, ce sont au total plus de 45 personnes qui ont été arrêtées au cours des différentes descentes réalisées dans les différents quartiers de Yenimescit, Mustafa Kemal Paşa et Cumhuriyet. Parmi les roms interpellés, deux jeunes hommes de 17 ans ont été transférés dans la prison d’Edirne au motif que leurs comportements menaceraient « la sécurité publique ».

Des discriminations toujours aussi courantes malgré quelques améliorations

Özcan Purçu est sûrement la personne la mieux placée pour comprendre les discriminations subies quotidiennement par la population Rom. Né dans une famille modeste émigrée de Roumanie dans les années 1970, Özcan Purçu a passé une enfance similaire à la plupart des enfants issus de la communauté Rom. Conditions de vie difficiles, précarité généralisée, l’avenir semblait déjà écrit d’avance pour le jeune Özcan, contraint comme ses parents de vendre des paniers en osier pour survivre.

Mais à force de persévérance, Özcan Purçu réussit à entreprendre des études, et bientôt ses talents de politicien lui permettent d’obtenir un poste éminent au sein des instances dirigeantes du Parti républicain du peuple (CHP). Le 7 juin 2015, au terme des élections législatives turques, il obtient pour la première fois de sa carrière un siège parlementaire. Inédite, cette entrée dans l’hémicycle d’un Turc d’origine rom ne manque pas d’attirer l’attention. La nouvelle est symbolique, alors même qu’en Turquie comme dans de nombreux pays, les Roms peinent à faire valoir leurs droits politiques.

Assiste-t-on à un mouvement de fond de la société ? Même si la communauté rom se trouve cantonnée aux positions sociales les plus subalternes, il est vrai que les mœurs sont néanmoins en train d’évoluer.

rom_11Les signes d’ouverture ont d’ailleurs pris forme dans un premier temps au sommet de l’État. En 2010 en effet, Recep Tayyip Erdoğan, alors Premier ministre, initie une dynamique résolument tournée vers l’intégration des Roms dans la société. Le chef de l’AKP, s’attaque d’abord à la terminologie inscrite dans le droit public servant à désigner cette minorité. Le terme couramment emprunté, Cingene, (Tzigane) est définitivement supprimé. Quelques mois plus tard, celui qui était alors le chef du Gouvernement réitère : une loi permettant au ministère de l’Intérieur d’expulser les Roms ne possédant pas d’état civil ou jugés « non-affiliés à la culture turque » est abrogée.

Mais le point culminant de ce nouvel élan encouragé par le pouvoir intervient le 14 mars 2010. Devant un stade comble, rassemblant plus de 15 000 Roms, Recep Tayyip Erdoğan entre dans l’Histoire en demandant, « au nom de l’Etat », le pardon pour les mauvais traitements infligés. L’opération n’était cependant pas dénuée d’intérêt : candidate à l’Union européenne, la Turquie avait été enjointe par Bruxelles à progresser sur la question des minorités.

Matéo Garcia

 

 

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