Economie, International, Politique

Les relations belgo-turques et leur importances par rapport à l’UE

Les relations entre la Turquie et la Belgique remontent jusqu’aux années 1830. Suite à la déclaration d’indépendance du Royaume de Belgique, l’Empire ottoman reconnut le nouvel État et établit des relations diplomatiques. Ainsi, la porte fut ouverte pour l’arrivée des entrepreneurs belges qui réalisèrent moult investissements dans l’Empire ottoman. Ces investissements continuèrent à la suite de la proclamation de la République de Turquie en 1923.flag L’exemple le plus célèbre d’investissement belge en Turquie est sans aucun doute la construction du tunnel liant Karaköy à Beyoğlu à Istanbul qui fut construit dans la fin des années 1890. Les deux pays sont aujourd’hui des alliés au sein de l’OTAN et bénéficient d’une relation solide et durable dans plusieurs domaines. Il faut également insister sur le fait que la Belgique a toujours été constante dans le soutien qu’elle a apporté à la candidature turque à l’UE sous la condition qu’elle remplisse tous les critères nécessaires à cet égard.

Une brève histoire des relations entre la Belgique et la Turquie 

Les relations belgo-turques remontent au 19e siècle. L’Empire ottoman a reconnu et a établi des relations diplomatiques avec le Royaume de Belgique qui était le dernier venu de la famille européenne en 1837, sept ans plus tard suivant sa déclaration d’indépendance. Des traités d’amitié, de commerce et de navigation ont été signés par les deux parties en 1838, 1840 et 1862 respectivement[1]. Suivant la signature des traités, la Belgique a consolidé sa représentation diplomatique au sein de l’Empire ottoman, en ouvrant de nouveaux consulats (comme à Beyrouth), en plus de son ambassade à Istanbul. Les relations ont été poursuivies et amplifiées dans plusieurs domaines avec la proclamation de la République de Turquie.

La Belgique a reconnu la Turquie républicaine en 1925 en approuvant le Traité de Lausanne. Les relations bilatérales ont été cordiales pendant les périodes d’Atatürk et d’Inönü, mais se sont davantage épanouies avec l’arrivée du Parti démocrate au pouvoir en 1950 avec le gouvernement d’Adnan Menderes[2]. À cet égard, un protocole de commerce et de paiement a été signé entre la Turquie et l’Union économique de Belgique-Luxembourg en 1955[3]. Les relations entre les deux parties ont continué à s’approfondir dans les années suivantes avec davantage d’investissements belges en Turquie. La Turquie et la culture turque ont gagné une visibilité non négligeable parmi les Belges. Cette tendance a été confirmée avec l’immigration des travailleurs turcs en Belgique et avec un accroissement des touristes belges venant prendre leurs vacances en Turquie. Bien qu’il puisse y avoir certains soubresauts dans les relations entre Ankara et Bruxelles, elles se poursuivent généralement dans une atmosphère constructive.   

La présence turque en Belgique  

Dans les années 60, la Belgique fit face à l’arrivée d’un flux migratoire conséquent depuis la Turquie. Cet évènement a été organisé suivant la signature de l’accord de recrutement des travailleurs entre les deux pays en juillet 1964[4]. Comme en Allemagne, le statut des immigrés turcs en Belgique avait été reconnu comme « travailleurs invités » (Gastarbeiter en allemand) avec l’idée de ne pas être installé continuellement dans le pays d’accueil. La majorité des immigrés turcs en Belgique vient d’Emirdağ, une municipalité d’Afyonkarahisar qui se trouve au centre de la Turquie[5]. En 1970, les visas touristiques ont été accordés aux citoyens turcs. Ils ont ainsi acquis le droit de faire venir les membres de leur famille avec eux compte tenu de l’autorisation du regroupement familial. A contrario, avec le coup d’État du 12 septembre 1980, les relations bilatérales ont été endommagées et les autorités belges ont apporté des restrictions à l’immigration turque. Aujourd’hui, les immigrés turcs constituent la deuxième communauté étrangère la plus importante en Belgique. À l’évidence, la présence de plus de 200.000 citoyens belges d’origine turque représente un atout non négligeable pour le développement des relations belgo-turques. Une partie importante des Turcs de Belgique vivent à Bruxelles et dans d’autres villes du pays comme Anvers, Gand, Liège et Charleroi. Alors que la moitié vit en Région flamande, le quart d’entre eux se trouve à Bruxelles et le reste est dispersé en Région wallonne[6].

Les Belges d’origine turque contribuent positivement à l’économie du pays notamment en créant leur propre PME. D’Emir Kır, maire de Saint-Josse à Hadise Açıkgöz qui avait gagné la première place dans un concours de musique d’une chaine de TV flamande en passant par le footballeur Önder Turacı et la modèle Zeynep Sever, la visibilité des Belges d’origine turque auprès de la population s’est ainsi accentue. En 2014, un nombre important d’activités culturelles ont été organisées à l’occasion du 50e anniversaire de l’immigration turque en Belgique. Dans ce cadre, il y a eu beaucoup d’interaction entre les artistes, les entrepreneurs, les politologues et les académiciens belges et turcs. La participation de la Turquie dans le Festival d’Europalia de la culture et de l’art international en tant que pays invité en 2015 a été une occasion pour les Belges d’avoir un aperçu de la culture turque.

En décembre 2007, une enquête menée par la réputée Fondation Roi Baudouin, révèle une image frappante en ce qui concerne les points de vue des Belges d’origine turque sur le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE. Selon les résultats de l’enquête, 30% des Belges d’origine turque soutiennent l’adhésion de la Turquie alors que 34% s’y opposent. En revanche, 22,5% des personnes interrogées ont estimé qu’il ne ferait aucune différence pour la Turquie d’être un membre ou non de l’UE. Les 10% restants n’ont pas exprimé aucune opinion à cet égard[7]. En outre, une autre question posée dans le cadre de cette enquête concernait les avantages que la Turquie gagnerait à adhérer à l’UE. À ce titre, 47% des personnes interrogées ont déclaré que l’adhésion à l’UE apporterait plus de démocratie, 57% ont déclaré qu’il apporterait plus d’opportunités d’emploi et 53% ont déclaré que cela renforcerait la protection des droits de l’homme dans le pays.

La position de la Belgique vis-à-vis de l’accession de la Turquie à l’UE 

La Belgique et la Turquie bénéficient de liens solides et durables dans un large éventail de domaines. Dans le même temps, Bruxelles abrite la plupart des institutions de l’UE et de l’OTAN et est souvent désigné comme étant le cœur de l’Europe. La Belgique fait partie des États membres qui ont exprimé leur soutien leur à la perspective de l’adhésion de la Turquie sur une base conditionnelle. Comme avec d’autres candidats, le gouvernement belge suit de près les réformes engagées par la Turquie. En tant que tel, il faut rappeler que la Belgique a accueilli le processus en cours visant à réviser la constitution de la Turquie sur la base de la poursuite de la démocratisation[8].

En 1999, lorsque la Turquie a été déclarée comme État candidat lors du sommet d’Helsinki, le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt et son groupe au Parlement européen (Alliance des démocrates et des libéraux en Europe-ADLE) ont joué un rôle constructif à cet égard. Il y avait en fait deux raisons principales pour le soutien de la Belgique pour le statut de candidat de la Turquie à l’UE: la possibilité de renforcer davantage l’intégration des Belges d’origine turque dans la société et l’hypothèse que l’adhésion de la Turquie renforcerait l’OTAN et l’UE et ainsi les relations transatlantiques[9].

Dans ce contexte, la Belgique ne pose aucun obstacle à la Turquie en 2005, lorsque les négociations d’adhésion à l’UE ont commencé. Bien que les relations bilatérales se soient développées dans tous les domaines à la fin des années 2000, cette position a été tempérée en raison de la crise migratoire à partir de 2015 et les responsables belges ont également souligné la nécessité pour la Turquie de respecter ses obligations internationales et de remplir les critères dans le cadre de l’acquis communautaire.

La dimension économique des relations belgo-turques

Selon les chiffres de 2015, avec un PIB de 410 milliards d’euros et un taux de croissance de 1,4%, la Belgique est l’une des économies les plus fortes et les plus stables de l’UE. On peut dire qu’il y a eu des améliorations significatives dans les relations économiques entre la Belgique et la Turquie récemment. Dans ce contexte, il y a eu une augmentation régulière des investissements belges en Turquie. 

Le commerce entre la Belgique et la Turquie, 2011-2015 (en milliers de $)2017-01-05-15-56-39             

En outre, l’investissement total réalisé par la Belgique en Turquie entre 2002 et 2015 a atteint 8,17 milliards de dollars. En revanche, l’investissement total réalisé par la Turquie en Belgique au cours de la même période a atteint 311 millions de dollars. 

Les relations bilatérales sont fondées sur des bases solides et des progrès significatifs ont été réalisés dans plusieurs domaines. Les quelques 220.000 citoyens belges d’origine turque sont des acteurs clé au sein de l’économie belge et jouent un rôle constructif dans la promotion de l’image de la Turquie en Belgique. Les turcs sont présents en Belgique depuis plus de 50 ans et sont très bien organisés grâce à des centres culturels, des associations et des entreprises privées. Dans le même temps, il y a eu une augmentation constante du nombre de touristes belges visitant la Turquie, montrant clairement que la popularité de la Turquie a augmenté du point de vue économique et culturel. Gageons que la présence plus importante des associations turques au sein de la vie publique belge peut contribuer à un plus grand épanouissement des relations bilatérales mais aussi de l’image et de la réputation de la Turquie parmi les Belges.

Deniz Servantie

Assistant-chercheur à l’IKV

 

[1] Savaş Sertel and Şahin Yedek, “Arşiv Belgelerine Göre Mili Şef Döneminde Türkiye-Belçika İlişkileri (1938-1950)”, No: 33, The Journal of Academic Social Science Studies, 2015.

[2] “Belçika’daki Türk Yerleşiminin Sosyal, Ekonomik ve Tarihi Boyutları”, ihya.eu, http://www.ihya.eu/avrupa/belcika-daki-turk-yerlesiminin-sosyal-ekonomik-ve-tarih%C3%8E-boyutlari.html, 16.05.2016

[3] Embassy of the Republic of Turkey in Luxembourg, “Türkiye ile Lüksemburg Arasında İmzalanan Anlaşmalar, Protokoller ve Programlar”, 09.02.2012, http://luksemburg.be.mfa.gov.tr/ShowInfoNotes.aspx?ID=122007, 18.05.2016

[4] John Fitzmaurice, “The Politics of Belgium: A Unique Federalism”, C.Hurst & Co. Publishers, 1996.

[5] Johan Wets, “The Turkish Community in Austria and Belgium: The Challenge of Integration”, Turkish Studies (Routledge), 2006.

[6] Altay A. Manço, “Genç Türkler: 1990/2011 Gözlemleri Vasıtasıyla Belçika’ya Eklenmenin Değerlendirilmesi, Almanya ve Türkiye ile Mukayesesi”, IRFAM, 2012.

[7] King Baudouin Foundation, “Belgian-Turks: A Bridge or a Breach between Turkey and the European Union?”, December 2007.

[8] Ministry of Foreign Affairs, Foreign Trade and Development Cooperation of the Kingdom of Belgium, “Southern Europe: Turkey”, 2016, http://diplomatie.belgium.be/en/policy/world_regions/southern_europe, 27.07.2016

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