Société

Les Turques mobilisées pour la Journée de la Femme

Marche des femmes, 8 mars 2014En ce 8 mars 2014, Journée Internationale de la Femme, les Stambouliotes étaient nombreuses sur l’avenue Istiklâl à revendiquer leurs droits. Les slogans féministes se mêlaient aux attaques contre un gouvernement de plus en plus intrusif dans la vie des femmes…

Depuis onze ans, la Marche des Femmes rencontre un succès grandissant à Istanbul. Begüm Acar, membre du « İstanbul Feminist Kolektif », principal organisateur de la marche explique: « Lors de la première marche il y avait une centaine de féministes. Aujourd’hui, après 11 ans, il y a des milliers de femmes qui défilent sur Istiklâl ». Elle ajoute: « Avec les protestations de Gezi, la lutte des femmes est devenue plus visible ».
Une vague violette – couleur emblématique du mouvement féministe en Turquie – a ainsi envahi l’avenue Istiklâl, « avenue de l’indépendance » en français. Au total, elles étaient près de 10 000 à avoir fait le déplacement, malgré la pluie et le vent glacial. La place Taksim était, comme à son habitude, inaccessible, bloquée par un cordon de policiers.

Revendiquant l’égalité, elles ont dénoncé la société patriarcale, le sexisme, les violences des hommes envers les femmes… Les associations féministes estiment qu’en Turquie, trois femmes meurent chaque jour, tuées par un homme de leur entourage. Begüm Acar ajoute que trop souvent, les meurtriers ou les violeurs bénéficient de réduction de peine: « Les tribunaux ne font rien. Leurs décisions sont incroyables et inacceptables. Il y a quelque chose en Turquie que l’on appelle «provocation injustifiée» qui entraîne une réduction de la peine. Cela montre la société patriarcale et la domination masculine de notre société ». En effet, depuis la rédaction d’un nouveau code pénal (Türk Ceza Kanunu) en 2005, l’article 29 permet d’alléger une peine en cas de « provocation »: « Si un individu commet un crime sous le coup de la colère ou d’anxiété mentale déclenchée par une action injuste, la peine à perpétuité peut être réduite (…) »1920514_269350906562886_1063402403_n

Les féministes reprochent également au gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan son intrusion dans la vie quotidienne des femmes. Le droit à l’avortement est de plus en plus menacé et le Premier ministre a vivement conseillé aux femmes turques d’avoir au moins trois enfants. Begüm Acar explique que selon l’AKP « Les femmes devraient vivre uniquement pour leur famille », elle précise : « Ils ne voient pas les femmes comme des individus prenant leurs propres décisions». Le remplacement du Ministère de la Femme par le Ministère de la Famille et des Affaires sociales en 2011 passe également mal chez les féministes.

La marche du 8 mars qui a mobilisé de nombreuses femmes montre que le combat pour l’égalité entre hommes et femmes continue en Turquie. Comme le dit le collectif féministe, principal organisateur de la marche: « Delibaretely on revolt! Delibaretely on revolt! Delibaretely freedom! »

Pour revivre la marche du 8 mars, cliquez ici.

Claire Corrion

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