International, Politique

L’Europe centrale début 2017 : Pouvons-nous parler d’un nouveau désenchantement européen ?

Alors que l’année 2017 commence à peine, nous pouvons d’ores et déjà noter que des changements internationaux probables se profilent dans le domaine des relations internationales. flags-8220_960_720En effet, la victoire du républicain populiste Donald Trump aux élections présidentielles américaines en novembre 2016 devrait changer beaucoup de choses. Ce dernier qui sera investi Président des États-Unis le 20 janvier 2017 prochain, a clairement envoyé deux signaux importants. Tout d’abord, au sujet de la Russie, il n’a pas hésité à annoncer son souhait de se rapprocher du régime autoritaire de Vladimir Poutine, et ce en dépit de l’actuelle polémique sur l’affaire de l’influence ou de l’espionnage russe sur sa victoire. Le second signal devait quant à lui porter sur son souhait de revoir clairement l’implication du rôle des États-Unis dans l’OTAN et plus particulièrement en Europe.

Ces deux signaux ajoutés aux conséquences de la grande crise économique de 2008 qui n’en finissent plus de toucher particulièrement les économies fragiles, car sorties depuis un peu plus de 20 ans à peine du communisme, des pays d’Europe centrale et orientale entrainent dans cette ancienne zone d’influence de l’URSS des phénomènes que l’on croyait oubliés, voir relégués aux sombres années 30. En effet, la Slovaquie, la Pologne ou encore la Hongrie ont depuis peu pris la direction de régimes politiques autoritaires, populistes et parfois xénophobes. De même, on l’a constaté fin novembre 2016, les candidats politiques qui se présentent comme des pro-russes reprennent de l’importance dans les scrutins. Ainsi en Bulgarie et en Moldavie ceux-ci devaient gagner les élections présidentielles.

Le vent semble donc tourner dans la région en matière de relations internationales. Légitimement, nous pouvons ainsi nous interroger sur ce qui pourrait se passer dans les mois qui vont suivre dans des pays qui sont des démocraties fragiles établies depuis un peu plus de 20 ans, et qui sont récemment sortis du totalitarisme communiste.

Ce qui est certain – et c’est sans doute là l’espoir le plus concret – c’est que les ex-pays de l’Est sont à présent tous membre de l’Union européenne (UE) et donc amarré – en apparence en tout cas – solidement à l’Occident. Ainsi, même si certains ont des pouvoirs autoritaires et populistes, l’attachement à l’UE semble bien réel.

Le défi à relever par Bruxelles face au vide que représenterait un désengagement des États-Unis de l’OTAN serait évidemment un renforcement de l’Europe de la défense et en cela le Brexit du 23 juin 2016 a paradoxalement relancé la question d’une Europe de la défense. Est-ce que le changement de politique étrangère des États-Unis accélèrerait le processus ?

Je pense qu’on peut en effet se poser la question.

Enfin à cela s’ajoutent évidemment les conséquences de la crise migratoire avec les millions de réfugiés qui ont déferlé sur les Balkans et l’Europe centrale pour se diriger, entre autres, vers l’Allemagne et l’Europe du Nord. Là aussi, le défi des frontières communes de l’UE se pose et pourrait bien être alors associé à une relance européenne qui associerait ce qui de toute manière va devenir une nécessité dans un avenir assez proche.

En effet, de son côté, la Russie de Vladimir Poutine, qui restera en fonction jusqu’en 2018, ne cesse de prendre de l’avantage et notamment récemment avec ce qui est présenté comme un succès militaire et diplomatique en Syrie au travers de l’aide apportée par les Russes au régime de Bachar el-Assad avec la reprise d’Alep.

En ce début d’année 2017 et par-delà même une situation qui semble s’assombrir pour l’Europe centrale et les Balkans, le contexte international semble devoir changer de manière profonde. Au début des années 1990, on avait coutume de dire, et à juste titre sans doute, que l’adhésion à l’OTAN était vue par les ex-pays de l’Est comme étant avant tout de l’ordre de la protection accordée par les États-Unis contre tout risque d’un retour éventuel des Russes. L’adhésion à l’UE quant à elle, qui devait suivre dans la décennie suivante, était perçue comme une entrée dans un club de prospérité avant tout économique.

La crise de 2008 ajoutée à présent à un changement plus que probable de la répartition des rôles dans l’OTAN sont en train de briser définitivement cette image à l’est de l’Europe ne faisant que relancer de manière encore plus criante le « certain désenchantement européen » dont parlait le politologue Jacques Rupnik dans les années 2000.

La question en ce début d’année 2017, alors que deux grands pays européens – l’Allemagne et la France – se dirigent vers des échéances politiques importantes, est de savoir si l’UE pourra relever ce défi.

Dr Olivier Buirette

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