International, Politique

L’ex journaliste et porte-parole du TPIY arrêtée à la Haye

Alors qu’elle se rendait au jugement de Radovan Karadzic, ancien chef politique des Serbes de Bosnie, Florence Hartmann, ancienne porte-parole du procureur du Tribunal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a été arrêtée par la police néerlandaise.

Jeudi 24 mars, Radovan Karadzic a été condamné par le TPIY à quarante ans de détention pour « attaques illégales sur des civils, terreurs, violations des lois et des coutumes de guerre, meurtres et crimes contre l’humanité ». Aujourd’hui âgé de 70 ans, l’ancien dirigeant nationaliste et psychiatre serbe a été reconnu coupable de dix chefs d’accusation, dont le massacre de plus de 8000 musulmans dans le village de Srebrenica, en juillet 1995. Florence Hartmann, ancienne porte-parole du procureur du TPIY et ancienne journaliste au Monde, était venue assister au jugement accompagnée de nombreuses victimes des crimes commis en Bosnie. Les « mères de Srebrenica » ont tenté tant bien que mal de la tirer des mains des policiers, en vain.

Condamnée pour avoir révélé la vérité

Ancienne correspondante au journal Le Monde, Florence Hartmann a œuvré toute sa vie pour rendre justice des crimes commis dans les années 90 dans les Balkans. Elle a notamment découvert les premiers charniers de la guerre en Croatie en 1991. Elle devient ensuite Porte parole du Tribunal pénal international de la Haye, de 2000 à 2006. Dès lors, elle découvre des documents prouvant que des juges avaient accepté de dissimuler l’implication directe de l’Etat Serbe dans le génocide survenu en Bosnie-Herzégovine il y a maintenant plus de vingt ans. Elle décide de les divulguer à travers son ouvrage Paix et Châtiments, publié en 2009. Le TPIY l’accuse d’ « avoir délibérément et sciemment divulgué des informations en violant en connaissance de cause une ordonnance d’une Chambre » et la condamne à 7000 euros d’amende. Refusant de payer cette somme, l’ex porte-parole est alors condamnée à 7 jours de prison ferme. et voit les juges délivrer un mandat d’arrêt à son encontre en novembre 2011. Aucun Etat se risquant à respecter ce mandat, c’est finalement la police néerlandaise qui s’est chargée de son arrestation ce jeudi 24 mars en fin de matinée.

Une pluie de soutiens pour la citoyenne d’honneur de Sarajevo

Sa condamnation avait scandalisé de nombreux journalistes et organisations actives, qui s’étaient regroupés depuis 2008 au sein d’un groupe de soutien. Aujourd’hui, c’est une grande partie de la communauté bosnienne qui s’insurge contre son arrestation. La ville de Sarajevo, qui avait élu Florence Hartmann « citoyenne d’honneur », a fait part de son indignation dans un communiqué de presse, exigeant sa libération immédiate : « (…) Son arrestation est une insulte pour les citoyens de Sarajevo qui lui ont décerné [la citoyenneté d’honneur] pour son soutien sans compromis et l’aide qu’elle leur a donné généreusement tout au long du siège de leur ville – précisément le soutien et l’aide qu’ils manquaient de ceux qui l’ont arrêté aujourd’hui. » Pour Carla del Ponte, ancienne Procureur générale du TPIY, c’est inacceptable : « Je ne peux pas comprendre que ça ait lieu un jour aussi important qu’aujourd’hui, avec l’annonce du verdict sur Karadzic. »

En France, de vifs mécontentements se sont également fait ressentir après l’annonce de son arrestation. Journalistes et intellectuels ont fait part de leur déception quant à la décision de justice. L’association Les Sentiers de la Mémoire a organisé un rassemblement, ce vendredi 25 mars à midi, afin d’exiger la libération de l’ex-journaliste : « Que Florence Hartmann passe ne serait-ce qu’une nuit en prison du fait de ce tribunal est absolument inadmissible. C’est aux Karadzic, Mladic et autres criminels de dormir et si possible pour longtemps dans les geôles du Tribunal. » Une pétition en ligne exigeant sa libération immédiate a également été crée. Selon une source proche de la journaliste, Florence Hartmann est toujours détenue dans le quartier des criminels de guerre de la prison de Scheveningen à La Haye. Isolée, elle souffre particulièrement de ses conditions de détention.

Julia Prioult

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