Politique

L’ex procureur Zekeriya Öz encore poursuivi pour des propos diffamatoires contre le gouvernement

Le bureau du procureur en chef de la république a lancé une enquête contre le précédent procureur, Zekeriya Öz, pour avoir, une fois de plus, tenu sur twitter des propos considérés comme diffamatoires envers le président Erdoğan et son Premier ministre Ahmet Davutoğlu. Une enquête houleuse dans un contexte politique très tendu.

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Ce 2 août, une enquête a été ouverte par le procureur en chef d’Istanbul contre Zekeriya Öz, ancien procureur. La cause de cet acharnement envers celui qui a déjà été démis cette année du Comité suprême des juges et procureurs (HSYK), plus haute instance judiciaire : des tweets diffamants contre le gouvernement, à propos des troubles des dernières semaines.

Dénonçant les affrontements entre Ankara et le PKK, Öz a dénoncé sur le réseau « ces hommes sans cœur qui espèrent augmenter leurs votes sur le dos des soldats et officiers de police tombés sous le feu, qui plongent le pays dans un bain de sang pour servir leur ambition et leur soif de pouvoir ». Il faisait référence à l’escalade de violence entre les forces de l’ordre et le PKK à la suite de l’attentat de Suruç du 20 juillet, qui a tué 32 jeunes et fait 104 blessés parmi des activistes pro-Kurdes. « Ceux qui ont modifié les lois pour arrêter des juges, procureurs et officiers de police pour mieux passer sous silence leur vols et leur corruption cherchent maintenant à tomber plus bas, pour gagner plus de pouvoir », soulignant que le président manœuvrerait ainsi habillement pour éviter la coalition.

Revenant sur les méandres de dizaines d’années de heurts entre minorité kurde et Etat turc, Öz va plus loin : « Le pays est gouverné par un Premier ministre temporaire qui ne sait même pas que les révoltes de Gezi n’ont pas de rapport avec le processus de paix kurde. (…) Le gouvernement actuel n’aurait même pas pu être aujourd’hui au pouvoir si le PKK avait été engagé dans les révoltes de Gezi », a-t-il conclu.

La poursuite dont fait aujourd’hui l’objet l’ex procureur signe le summum d’une lutte interne avec le gouvernement, preuve s’il en fallait que l’opposition n’est pas de bon ton aujourd’hui en Turquie. Cela fait plusieurs mois que la situation se dégrade pour l’ancien procureur : Öz avait quitté le 12 mai dernier le poste de procureur en chef de la république à Istanbul, après avoir été muté à un poste de juridiction mineur. Une mise à l’écart qui faisait suite à son enquête sur l’une des plus grosse affaire de corruption du pays qui avait éclaté le 17 décembre 2013, et dans laquelle quatre ministres en exercice (le ministre de l’Economie Zafer Çağlayan, le ministre de l’Intérieur Muammer Güler, le ministre aux Affaires européenne Egemen Bağış, ainsi que le ministre à l’Environnement et à la Plannification urbaine Erdoğan Bayraktar) ainsi que le propre fils de l’actuel président étaient impliqués. L’ex procureur Öz avait déclaré, début janvier 2014, avoir été menacé par le président, qui lui aurait expressément demandé d’écourter l’enquête sur le scandale de corruption.

Elisabeth Raynal

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