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L’exposition « Dünya Diye Bir Yer » (Cet endroit que l’on appelle le Monde), par Selma Gürbüz jusqu’au 31 mars à İstanbul Modern

Des couleurs chaudes, des motifs africains, des animaux de la savane… C’est ce qui nous saute aux yeux en entrant dans la salle d’exposition temporaire du musée d’art moderne d’Istanbul (İstanbul Modern). Curieux d’en savoir plus sur le travail de Selma Gürbüz, c’est la conservatrice du musée Öykü Özsoy qui fait faire le tour de la galerie à Aujourd’hui la Turquie.

İstanbul Modern a décidé de soutenir chaque automne l’art féminin turc, s’étant doté d’un fonds de capitaux capable de réaliser l’acquisition complète des collections. Selon Öykü Özsoy, l’art féminin ne se définit pas que par le genre de l’artiste, mais aussi par l’inspiration que son travail a donné aux femmes de s’engager dans les causes sociétales, et notamment de les encourager à poursuivre des études. Selma Gürbüz s’inscrit dans cette lignée. Après des études en Angleterre et un retour en Turquie afin de les compléter, l’artiste se définit comme une flâneuse, trouvant son inspiration dans l’observation du quotidien des individus, et ce partout dans le monde. 

Le thème principal de l’exposition est la nature, et plus profondément la relation que les humains ont avec elle depuis le début de l’Histoire. En tant qu’être vivant, nous sommes partie intégrante de la nature, mais la vie moderne nous aurait fait perdre nos racines. Mélangeant les corps humains et animaux, elle se sert de figures mythologiques pour refléter à sa façon les liens forts et invisibles que nous aurons toujours avec l’état naturel. 

Selma Gürbüz considère l’Afrique comme le berceau de toute espèce vivante, animaux et humains. C’est en parcourant le continent qu’elle a réalisé une sorte d’exploration de ces racines universelles, traçant des parallèles frappants entre les différentes cultures, notamment au sujet des croyances. Elle représente ainsi des paraboles présentes dans différentes mythologies en essayant de montrer comment elles pouvaient être matérialisées au temps des premiers Hommes. Une version inédite d’Adam et Ève vous y attend peinte sur une feuille de papier fait à la main, tout comme une sculpture de bois appelée « Oshun », déesse de la fertilité au Nigéria possédant les mêmes caractéristiques que la déesse anatolienne Cybèle.  

Obsédée par l’expérience de nouvelles techniques, l’exposition retrace également l’évolution de l’artiste depuis ses débuts en France, dans le studio fondé par Joan Miro. Nous passons de sa découverte plus récente de la tempera (une technique de peinture à émulsion utilisée dans la Renaissance italienne) à la calligraphie japonaise et au collage en relief. Le premier étage de l’exposition est en effet flamboyant par ses couleurs et ses symboles, avec un hommage évident aux cultures où Selma est allée chercher son inspiration. Au sous-sol, la galerie devient plus sombre, plus froide, nous amenant cette fois dans une exploration de l’inconscient. 

Une vidéo éditée et projetée sur les murs, des chants africains retentissants, l’expérience change totalement en se focalisant alors sur le cycle de la vie. Des figures d’apparence humaines, homme et femme en même temps, des ombres, des squelettes… Ici sont représentés nos peurs, nos désirs refoulés, qu’il est nécessaire de reconnaître et d’affronter pour devenir libres. Peignant dans un état de méditation, Selma Gürbüz utilise une technique de respiration particulière pour réaliser ses travaux afin d’atteindre un niveau de concentration optimal qui lui permet de créer sans préméditer ses gestes. Elle se livre à son public dans cette dernière partie, évoquant son combat contre la maladie au travers des derniers tableaux. 

« Cet endroit que l’on appelle le monde » nous réchauffe et nous fait voyager, sur terre comme dans notre for intérieur. L’exposition se tient jusqu’au 31 mars 2021 au musée İstanbul Modern, resté ouvert pendant le confinement, mais en capacité réduite. Il est conseillé d’acheter sa place sur internet au préalable. L’entrée est gratuite les jeudis pour les résidents de Turquie. 

Camille Exare

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