Culture, Découverte, Société

L’exposition KATARSIS à Piramid Sanat (Taksim), par Şevval Başalan, la révélation de cette année

Du 23 octobre au 1er décembre 2020, l’espace artistique Piramid Sanat vous accueille pour une immersion dans l’identité organique des êtres humains. Découverte par Bedri Baykam, l’artiste de 24 ans Şevval Başalan nous propose une nouvelle façon de découvrir qui nous sommes, et d’aller chercher notre âme dans nos entrailles. 

Pour Platon, la catharsis était la médecine de l’âme, purification morale qui permet d’accéder à de nouvelles connaissances, car les idées malsaines et les « a priori » sont évacués pour laisser place à d’autres idées plus vertueuses.

Dans la psychanalyse de Freud, c’est le processus, parfois émotionnellement violent, au travers duquel le sujet se libère du refoulement : il dépasse un trauma, et en fait une partie de son histoire.

Pour Şevval Başalan, la catharsis c’est la libération de l’esprit de ce qui est attendu de nous par la société, l’acceptation de ce qui est à l’intérieur de nous, au plus profond. 

Un refus de la recherche de l’esthétique 

Ce n’est pas un spectacle romantique. Au contraire, pour Şevval, c’est cet inconfort que l’on peut avoir à regarder nos organes qui est symptomatique du refoulement de ce que nous sommes vraiment afin de nous aligner sur les codes de nos sociétés, ce qui nous détourne de savoir qui nous sommes. Cette quête de l’identité sociale serait également ce qui nous abîme, nous ronge de l’intérieur, le mauvais état de nos organes en étant le reflet. 

L’artiste avoue avoir réalisé sa propre purification dans cette exposition, en ayant utilisé ses propres vêtements, ses propres accessoires, et même sa dent de sagesse et son sang. Inspirée par des expériences personnelles, notamment par ce corbeau blessé qu’elle a recueilli et rééduqué, créant ainsi un contact stupéfiant avec les oiseaux des alentours de sa demeure, elle fait apparaître l’oiseau charognard dans plusieurs de ses peintures, montrant un lien presque parental entre l’oiseau et la femme. Elle refuse pour ce travail-là l’idée de la beauté esthétique, qui serait trompeuse de ce qui est vraiment en nous. 

Une réflexion sur la place de la femme dans la société

Şevval ne se revendique pas militante féministe, bien que son œuvre traite en grande partie de sa propre identité sociale, et plus généralement de la place des femmes dans la société. La prépondérance du corps est palpable, de par des sculptures sensuelles représentant parfois des organes génitaux féminins et masculins, et des peintures représentant le corps sous toutes ses formes. 

Le choix des couleurs, des formes, des actions représentées met en avant l’idée d’une oppression physique et morale des femmes par les codes de la société qui, après avoir été reniés par elles-mêmes, sont désormais étalés au grand jour. Par l’omniprésence du rouge vif, symbole du sang et de la révolte, et du jaune comme indicateur d’un dysfonctionnement, d’une maladie et d’un mal-être, Şevval Başalan espère provoquer chez son audience un sentiment d’inconfort, tout en la captivant, et en la poussant à l’introspection. On notera une version de « L’origine du Monde » de Gustave Courbet, revisitée par l’artiste en 2016, libre à toute interprétation. 

Une prestation technique remarquable 

Si le travail de Şevval Başalan est sujet à controverse, soutenu pour son progressisme et repoussé pour son écart avec la tradition, et si son appréciation dépend du goût et de la réflexion de chacun, force est de constater que le travail technique derrière cette exposition est excellent. 

En s’inspirant de réelles photos d’opérations chirurgicales, l’artiste a tenté de reproduire au mieux les organes au travers de ses sculptures. Le confinement dû à la pandémie de la Covid-19 a été une source d’inspiration pour l’artiste qui, comme beaucoup d’entre nous, a appris à profiter le plus possible des objets simples l’entourant, incorporant petit à petit jouets, cagettes et vêtements dans sa production artistique. 

L’exposition n’est d’ailleurs pas qu’un travail visuel, mais aussi une expérience sonore, où un brouhaha de sons mélangés vous accompagne d’œuvre en œuvre. De la musique traditionnelle turque à des cris d’enfants, parsemés de bruits industriels et sexuels qui sont évocateurs de tout ce que l’on entend dans notre quotidien, suscitant une sensation accablante recherchée par l’artiste. 

Camille Exare

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