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L’exposition Yoldaki Izler, consacrée à la migration turco-belge, en ce moment au Tophane-i Amire

C’est dans le lieu mythique de la salle des canons, non loin du Bosphore, que l’exposition Yoldaki Izler (Les traces sur le chemin), organisée par l’asbl namuroise Arts Emulsions et partiellement financée par le  site de crowdfunding kisskissbankbank, célèbrera jusqu’au vendredi 13 février, le cinquantième anniversaire du traité bilatéral de l’immigration turco-belge.

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Pour l’occasion, 19 artistes sélectionnés, tous belges, ont présenté leur vision de l’immigration, de la migration et de l’émigration. Des termes qu’il convient de dissocier, selon Anneke Lauwaert, curatrice  de l’exposition. Cette dernière, également artiste présentaient elle-même deux de ses œuvres dont « Denemeler » (« Essai ») : une vidéo expérimentale où l’on voit de l’huile plongée dans un tube rempli d’eau et où les deux liquides interagissent ensemble, sans complètement se mélanger. Une manière selon l’artiste de définir en partie l’immigration. Le migrant qui se retrouve plongé dans un nouvel univers tout en restant proche de sa culture de départ. Selon elle, le communautarisme est un questionnement principal posé par l’immigration.DSC_5045

Irakien installé à Namur après avoir gagné la Belgique en tant que réfugié, Bilal Bahir met en place la fresque de l’Histoire de l’homme dans « Dünya Duvarı » (« Le mur du monde »). Sur les pages usées de livres ou d’encyclopédies, il livre sa vision du monde à coup de pinceaux et de collage, à la manière d’un « livre qui voyage dans le temps ».

Klaartje Schrijvers dessine au crayon à papier des arbres sans feuilles, le tout sur près de 700 cartes de visites épinglées à un mur blanc. Ils symbolisent la difficulté de la vie future pour ceux qui, déracinés, peinent à retrouver leur individualité, leur identité.

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Isabel Almeida s’intéresse elle au cervelet, siège des émotions, et propose des moulages en verre de cette partie du cerveau, tandis que de son côté, le photographe Philippe Luyten rapproche – ou oppose – les deux pays par une série de portraits et de paysages dans une série intitulée « Yüzleşmeler » (« Affrontement »).

Avec sa série de dessins, Paul Hansquine s’intéresse à ce qu’il présente comme « la petite Anatolie de Bruxelles ». Un ensemble de portraits illustrant subtilement les différentes facettes de l’importante quoique discrète communauté turque présente dans la capitale belge, en particulier dans les quartiers de Schaerbeek et Saint-Josse.

Pour aborder cette thématique migratoire, Daphne Sermeus a pour sa part retenu l’idée d’une carte, objet qu’elle considère « très beau tant d’un point de vue symbolique qu’esthétique », et qui « permet de center, de savoir où nous sommes, et de nous guider ». Sa carte atypique est traversée par une frontière naturelle turquoise faite d’une infinité d’emballages de bonbons à menthe.

DSC_5121Dans son discours, M. le Consul de Belgique à Istanbul Henri Vantieghem aura tenu à rappeler la nature bilatérale des liens unissant les deux nations : « Les relations entre la Belgique et la Turquie ne sont pas dans un seul sens mais vont bel et bien dans les deux directions. Nous constatons dans notre consulat l’augmentation du nombre de belgo-turcs inscrits. D’ailleurs, en Belgique, nous avons beaucoup d’hommes politiques turcs qui ont fait des carrières remarquables. Mais il y a aussi des personnalités turques bien connues qui ont fait leurs études chez nous. » On pourrait de notre côté penser au diplomate de premier rang Ünal Çeviköz (ancien Ambassadeur de Turquie à Bakou, Bagdad, et Londres), au regretté chanteur et musicien Barış Manço ou, plus récemment, à la chanteuse pop Hadise qui avait représentée le pays à l’Eurovision 2009.

Après avoir évoqué la double vie des œuvres présentées (une vie initiale doublée de leur propre transhumance jusqu’à Istanbul), M. le Consul n’aura pas manqué de saluer ce « lieu extraordinaire prêté par l’institution Mimar Sinan » qui héberge l’exposition. Il faut dire que cette ancienne fabrique de bronze impressionne en elle-même par la noblesse de son architecture et la sérénité de son atmosphère.

Étaient également présents à cette ouverture remarquée : l’ancien ministre turc de la Santé Bülent Akarcalı, le vice-recteur de l’Université des Beaux-Arts de Mimar Sinan M. Zeki Alpan, le Consul honoraire d’Irlande, ou encore les Consuls d’Inde et de Russie.

Un succès dont ne pouvait que se féliciter Martine Laloux, la secrétaire et fondatrice de l’asbl Arts Émulsions : « Chaque artiste a exprimé avec sa sensibilité sa vision des choses. Le lien c’est l’art. L’art, c’est la même chose que l’immigration, il transmet tout. »

Coorganisée par une association d’amitié franco-turque et par la ville de Namur, l’exposition s’exportera du 18 février au 13 mars au centre culturel Atatürk d’Eskişehir. Enfin, que les Belges se rassurent, une tenue de l’exposition dans la ville de Namur est également prévue courant septembre.

On ne saura donc que trop vous recommander la visite du Tophane-i Amire, au 2 Boğazkesen Caddesi.

Adèle Binaisse & Alexandre De Grauwe-Joignon

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