International, Politique

L’histoire des relations turco-américaines

L’histoire des États-Unis, particulièrement l’histoire de la politique américaine, constitue un guide essentiel pour comprendre les politiques internationales qui ont été menées durant des siècles. Ma thèse à l’Université Galatasaray s’intitulait « Les relations turco-américaines depuis 1945, après la Deuxième Guerre mondiale ».

L’issue des élections américaines, qui devraient avoir lieu en novembre 2020 selon la Constitution américaine, reste incertaine en raison de la pandémie de la Covid-19 que nous traversons. Des facteurs tels que la France, la Chine, la Russie, la Grande-Bretagne, la fermeture économique — devenue prépondérante dans la politique internationale —, la montée du populisme, le rejet du multilatéralisme et la montée des politiques économiques protectionnistes ont trouvé leur expression aux États-Unis dans le 45e président américain, Donald J.Trump. Le candidat du Parti républicain âgé de 74 ans veut passer encore quatre ans à la Maison-Blanche, soit rester à son poste de président durant les deux mandats que lui permet la Constitution. Son opposant Joe Biden est âgé de 77 ans et concourra sous les couleurs du Parti démocrate. Son nom ne nous est pas étranger en Turquie puisque Joe Biden était, entre 2009 et 2017, le 47e vice-président des États-Unis. Pendant la période Biden, les relations turco-américaines ont traversé de nombreuses crises, et les problèmes qui minaient alors la relation bilatérale n’ont pas pu être résolus sous la présidence de Donald Trump. Alors que les discussions outre-Atlantique sont suivies de près par les milieux politiques à Ankara, elles le sont aussi par les investisseurs et la communauté des affaires à Istanbul qui scrutent en particulier la parité entre le dollar et la livre turque ainsi que les marchés internationaux. Dans cet article, je voudrais parler d’une étude précieuse qui traite du processus historique des relations turco-américaines plutôt que de la politique actuelle. 

Le livre « Turquie — Point zéro de la démocratie : Accès à la vie multipartite en Turquie à la lumière des documents américains », écrit par Yard Doç. Dr. Efe Sıvış, membre de la Faculté de Sciences politiques et des Relations internationales à l’Université de Fenerbahçe est une étude examinant les documents relatifs aux relations bilatérales dans les années 1945-46. Dans la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, en raison des préoccupations sécuritaires de la Turquie par rapport à l’Union soviétique, Ankara se tourne vers le bloc occidental. Alors que la Turquie entame une période multipartite, elle estime que les États-Unis pourraient jouer un rôle au sein des cercles politiques dans la transition. Efe Sıvış, qui a profité de la correspondance par télégramme entre l’ambassade américaine à Ankara et le département d’État américain, des archives de journaux de l’époque et de souvenirs, tire d’importantes conclusions sur le sujet. D’après les documents d’archives, on voit qu’il n’y a aucune pression exercée sur Inönü lorsqu’il cherche le soutien des États-Unis contre l’Union soviétique et pour la réalisation d’une vie multipartite. Durant l’ère d’Atatürk, deux tentatives ont eu lieu pour effectuer une transition vers la vie multipartite, et les expériences du Parti républicain progressiste (1924) et du Parti libre (1930) ont été vécues. Après la mort d’Atatürk, le 10 novembre 1938, İnönü, qui a été élu second président de Turquie le 11 novembre, a été confronté au problème de la Seconde Guerre mondiale après son entrée en fonction. À la fin de la guerre, on observe que la Turquie veut devenir un membre respecté du bloc occidental. Elle décide donc d’effectuer une transition vers un système multipartite, réalisant alors l’idéal d’Atatürk. Cependant, la Turquie, même si elle n’a pas participé à la Seconde Guerre mondiale, a souffert des conséquences économiques de la guerre : niveau d’inflation astronomique, pénuries de denrées alimentaires de base, prolifération du marché noir, taxes disproportionnées. Ces politiques ont provoqué des réactions du peuple contre le gouvernement avant que le Parti démocrate ne connaisse un succès inattendu aux élections générales de 1946. En 1950, le gouvernement est issu du Parti démocrate. 

Dès le début, Atatürk avait fixé l’objectif que la Turquie s’élève au niveau de la « civilisation contemporaine ». Les révolutions et les réformes menées entre 1924 et 1934 ont fourni l’infrastructure nécessaire pour y arriver. La Turquie, membre de l’OTAN depuis 1952, menant des pourparlers d’adhésion avec l’Union européenne depuis 2005 et ayant une richesse historique et culturelle tout en étant un point géostratégique crucial, restera un modèle pour les pays de la région en termes de ces traditions démocratique, économique et culturelle.

Derya Adigüzel

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