Découverte

L’histoire fascinante de l’hôtel de Lamballe, la résidence de la Turquie en France

Fin 2009 est paru, pour le magazine Connaissance des Arts, un hors série concernant l’hôtel de Lamballe, actuelle résidence de l’ambassadeur de laTurquie en France. Cet ouvrage, particulièrement bien documenté et magnifiquement illustré, nous fait découvrir l’histoire extraordinaire de cette demeure, devenue aujourd’hui l’écrin d’un héritage diplomatique.

L’ouvrage intitulé L’Hôtel de Lamballe, la résidence de la Turquie en France, écrit par Carole Vantroys, journaliste, commence par la brève narration de cette amitié si ancienne et des liens entretenus entre les deux peuples, tant au niveau politique que littéraire ou artistique.

Construit au XVIIe siècle, à Passy, l’hôtel est acheté en 1653 par Claude Chahu, conseiller du roi. Les différents propriétaires qui s’y succèdent lui ajoutent chacun leur touche personnelle, comme la salle de billard de François Berthelot, riche financier. Les plus hautes personnalités de la cour viennent visiter ce palais de campagne (Passy ne fait alors pas encore partie de Paris).

En 1784, la princesse de Lamballe acquiert la demeure, pour la modique somme de cent dix mille livres. Le « cher cœur » de la reine Marie-Antoinette souhaite en effet fuir la cour et ses intrigues, et trouve à Passy le remède à ses crises d’anxiété. Elle s’y trouve également ainsi plus proche de son beau-père, le duc de Penthièvre, avec qui elle s’adonne volontiers aux œuvres de bienfaisance. De l’hôtel, elle ne change que la décoration, et il reste à l’identique de ce qu’indiquait l’acte de vente de 1783 : « Une grande maison et ses dépendances, sise à Passy, sur la vieille rue Basse dite des Roches, consistant en un grand corps de logis, plusieurs bâtiments joignant et séparés, cour, basse-cour, maison étant dans ladite cour, réservoir, pompes pour y faire monter l’eau, tuyaux, robinets, bassin et conduite pour les eaux, grande orangerie, terrasses, avenues d’arbres, grand jardin clos de mur descendant jusque sur le grand chemin de Paris à Auteuil, le tout se tenant, statues et bassins dans ledit jardin avec jets d’eau vive ».

Finalement, l’hôtel est mis sous séquestre lors de la mort de la princesse en septembre 1792, dont le corps fut dépecé par la foule et la tête, promenée au bout d’une pique. La demeure accueille différents occupants avant de devenir en 1846 la clinique psychiatrique cinq étoiles du docteur Blanche. Celui-ci y soigne « toute l’élite de l’aliénation mentale », du poète Gérard de Nerval au stambouliote Ismaïl Bey, en passant par Juliette Grévy, sœur du futur président de la République, ou encore Charles Gounod, illustre musicien. Y sont organisés des dîners philosophiques, artistiques, ou les personnes saines et malades se mêlent. Guy de Maupassant sera l’un des derniers patients de la clinique. Il y meurt en juillet 1893, peu avant la mort du docteur Blanche lui-même.

En 1922, la propriété est rachetée par André de Limur, pilote de guerre et diplomate. Sa femme, Ethel née Crocker, est américaine, et confie la restauration du palais de Lamballe à l’architecte Jacques Gréber. Celui-ci découvre alors que la demeure est sur le point de s’écrouler. Elle est donc rasée, et reconstruite à l’identique, mais cette fois-ci en pierre de taille. La comtesse Ethel de Limur espère meubler et décorer le nouveau bâtiment tel qu’il l’était à l’origine, et dans ce but, ne ménage ni ses efforts ni son argent, se sentant moins propriétaire que « dépositaire de cette demeure chargée d’histoire ».

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, alors que Jacques de Limur rejoint De Gaulle à Londres, c’est son frère, Jean, qui s’installe dans le château. Il y reçoit des amis acteurs, et c’est dans cette demeure que Danielle Darrieux fera la connaissance de son futur mari le dominicain Porfirio Rubirosa. À la libération, André de Limur vient retrouver son frère à l’hôtel de Lamballe, et en ouvre les portes au général Eisenhower qui y établit son quartier général.

Enfin, en 1946, la noble demeure est louée puis rachetée par la Turquie qui y installe son ambassade, grâce à l’insistance de Nevin Menemencioglu, fille du ministre des Affaires étrangères turc d’alors. Nevin y passera d’ailleurs toute sa vie, en tant qu’attachée culturelle de l’ambassade.

Aujourd’hui encore, on ne cesse d’admirer cette magnifique demeure à l’histoire si fascinante, et l’on ne peut que se réjouir qu’elle continue à être ce qu’elle a toujours été : un théâtre de la vie politique et culturelle parisienne, française et internationale.

Camille Longépé

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