International, Politique

Le Liban, fracturé par la guerre civile syrienne

Ces derniers mois, les tensions se sont aggravées au Liban : alors que des attentats ont ensanglanté Beyrouth, certaines villes frontalières avec la Syrie connaissent une situation conflictuelle. La guerre civile syrienne joue un rôle central dans cette fracture libanaise.

attentat Liban

Mardi 19 novembre, un double attentat suicide ciblant l’ambassade d’Iran à Beyrouth, revendiqué par un groupe lié à Al-Qaïda, a fait 25 morts. Le 23 août dernier, une attaque terroriste contre deux mosquées sunnites à Tripoli, ville du nord du Liban, tuait 45 personnes. Au Liban, les tensions n’ont cessé de croître depuis le début de la crise syrienne en mars 2011. Cet été, elles se sont traduites, outre par des attentats à Beyrouth, par des affrontements récurrents dans les villes de Tripoli et de Saïda (au Sud). La découverte de l’usage d’armes chimiques dans le conflit syrien, qui a fait planer sur la région l’éventualité d’une intervention armée étrangère, n’a fait qu’amplifier ce phénomène. Le pays, pour qui le souvenir de la guerre civile (1975 -1990) est encore frais, se voit plus que jamais fracturé.

Les antagonismes qui parcourent le Liban ont été exacerbés par la crise syrienne. Plus que les divergences confessionnelles et communautaires, c’est bien le rapport aux puissances étrangères – et particulièrement à la Syrie – qui divise le champ politique libanais. Depuis l’assassinat de l’ex-chef de gouvernement Rafic Hariri en 2005, les forces politiques du pays se partagent entre deux camps. D’une part, le groupe du « 14 mars », souhaitant le renversement du régime de Bachar al-Assad. De l’autre, la coalition du « 8 mars », pro-syrienne et critique à l’égard des puissances occidentales. Le « 14 mars » s’est constitué autour de Saad Hariri, fils de Rafiq Hariri, et de ses alliés chrétiens : les Phalanges de la famille Gemayel et les Forces libanaises de Samir Geagea. Le « 8 mars », lui, rassemble notamment le Hezbollah chiite et le Courant Patriotique Libre de Michel Aoun, parti laïc composé en grande partie de chrétiens.

Avec l’essor des affrontements en Syrie, les engagements des deux camps ont dépassé le cadre rhétorique. En avril dernier, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah a confirmé publiquement que des militants de son parti combattaient en Syrie aux côtés de l’armée de Bachar al-Assad. En retour, le conflit syrien s’est déplacé sur le territoire libanais. Les tirs de roquette en provenance de la Syrie, ciblant des villages ou quartiers libanais censés abriter des militants du Hezbollah, se sont multipliés depuis juin. Au sein même du Liban, l’opposition entre pro-Assad et anti-Assad a généré de nombreuses violences. L’attentat à la voiture piégée dans la banlieue sud de Beyrouth en août, par exemple, a été revendiqué par un groupuscule sunnite anti-Assad, qui entendait venger l’intervention du Hezbollah en Syrie.

Cette reproduction modeste du conflit syrien au Liban est renforcée par l’engagement d’États étrangers. Le camp du « 14 mars », anti-Assad, bénéficie du soutien des États-Unis, mais aussi de l’Arabie saoudite. Le « 8 mars », lui, est soutenu logiquement par la Syrie, ainsi que par l’Iran. La République islamique est en effet une alliée indéfectible de Bachar al-Assad, et a contribué à la création du Hezbollah.

Un dernier élément, enfin, attise les tensions politiques au Liban : l’afflux massif de réfugiés syriens. Leur nombre est estimé à un million, soit un quart de la population libanaise. Ces immigrés, vivant souvent dans des conditions difficiles, sont autant de clients potentiels pour les mouvements djihadistes qui luttent contre le régime de Bachar al-Assad… et le Hezbollah.

La crise syrienne, donc, est bel et bien responsable de la radicalisation des antagonismes politiques au Liban. L’immixtion des puissances étrangères et des rebelles syriens, l’engagement du Hezbollah en Syrie et l’afflux massif de réfugiés sont autant de facteurs favorisant l’embrasement de ces antagonismes. Pour autant, le souvenir de la précédente guerre civile semble, toujours, avorter l’éclatement d’un conflit généralisé au Liban.

Thomas Eustache

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