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Liberté de la presse : le mauvais élève turc épinglé par un rapport du Parlement européen

Alors que le sort de la Grèce monopolise en ce moment toute l’attention des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres réunis en ce moment à Bruxelles à l’occasion du Conseil européen des 25 et 26 juin, en marge du sommet, un sujet moins pressant mais tout aussi important a également été abordé par le Parlement européen.

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L’agenda européen n’a jamais été aussi rempli : menace d’un « Grexit », situation des réfugiés syriens, référendum en Grande-Bretagne, les sujets de préoccupations sont nombreux. Comme si cela ne suffisait pas, depuis mercredi dernier, il faut désormais ajouter à cette liste le thème de la transparence des médias si cher aux critères de Copenhague.

En effet, un rapport adopté le mercredi 24 juin dernier à Strasbourg par l’Assemblée parlementaire a rappelé l’inaltérabilité du lien devant unir transparence des médias et liberté d’expression dans la quête d’une « démocratie fonctionnelle ». Promulgué à l’unanimité à l’issue d’une session plénière du Parlement européen, le rapport enjoint notamment les Etats membres à modifier leur législation afin que les publics concernés puissent avoir connaissance des informations relatives à la «  structure de propriété et de la gestion, les structures éditoriales des médias ainsi que leur financement ».

Directement interpellés, les Etats membres doivent également promouvoir activement l’autonomie des journalistes en encourageant la création d’autorités nationales indépendantes chargées de relayer les principes européens de liberté et de pluralisme des médias qui ont été réitérés en 2007 par le traité de Lisbonne.

L’effort à mener n’est donc pas mince : en plus d’être intraitable sur la liberté de la profession journalistique, le Parlement insiste sur une dimension du phénomène rarement évoquée dans les instances internationales : celle de la propriété et du financement des médias. En jeu, la possibilité offerte aux citoyens de pouvoir tout simplement « se forger une opinion sur la valeur des informations, des idées et des opinions diffusées par les médias ».

Derrière cet appel, le Parlement met ainsi en garde contre l’opacité croissante qui entoure la production des contenus à destination du public. Les intérêts politiques, économiques voire religieux susceptibles de nuire à l’objectivité journalistique sont directement pointés du doigt par le rapport.

D’ailleurs, la presse écrite jouit d’un traitement particulier de la part des parlementaires. En crise depuis plusieurs années, le secteur subit aussi bien les conséquences de la montée en puissance des médias numériques que le recul, dans la plupart des pays européens, des subventions publiques attribuées aux journaux traditionnels.

Un rapport qui vise indirectement la Turquie

Si le rapport s’adresse prioritairement aux presse_228 Etats membres de l’Union, force est de constater qu’en filigrane sa portée est bien plus large. Plus qu’un impératif pour les partenaires européens, la question de la liberté de la presse figure également en bonne place des critères à remplir pour espérer intégrer la communauté. Et, sur ce point, la Turquie, dont la candidature à l’adhésion de l’UE reste en suspens depuis plus de dix ans, semble directement visée par les parlementaires pour ses lacunes dans le domaine.

En 2015, le pays pointe à la 154ème place du classement sur la liberté de la presse publié chaque année par Reporters sans frontières. Le nombre de journalistes emprisonnés-un des plus élevés du monde-de même que la forte censure à laquelle sont soumis les grands quotidiens nationaux freine considérablement son processus d’intégration.

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Pınar Türenç (gauche) et Sinnead McSweeney (droite).

En visite mercredi dernier au Conseil de presse de Turquie, la chargée des relations publiques en Europe de Twitter, Sinead McSweeney, n’a pas manqué de dénoncer la forte censure que subit le réseau social en Turquie. Depuis la création de Twitter en 2006, le pays se situe en tête des nations les plus sévères à l’encontre du réseau social. « Nous connaissons et suivons de près la pression continue que subit Twitter », a déclaré McSweeney après avoir rappelé que l’année dernière, la Turquie était brièvement devenue le troisième pays au monde à avoir interdit l’accès au réseau social.

Une occasion également saisie par la présidente du Conseil de presse, Pınar Türenç, pour dénoncer les difficultés rencontrées par les journalistes turcs dans l’exercice de leur profession : « La liberté de la presse n’est pratiquement pas appliquée. Les journalistes qui critiquent le gouvernement sont traqués. Certains sont même arrêtés pour des crimes qu’ils n’ont pas commis. Les arrestations de journalistes doivent cesser. Les journalistes ne sont pas des terroristes ».

Matéo Garcia

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