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Libye : menaces du maréchal Haftar envers les intérêts turcs

Un drone turc détruit, six ressortissants turcs en détention avant d’être libérés : le maréchal Haftar semble avoir mis en application ses menaces.

Le 29 juin dernier, le maréchal Khalifa Haftar, chef de l’Armée nationale libyenne (ANL), a menacé d’aller à l’encontre des intérêts d’Ankara dans la zone conflictuelle libyenne, ordonnant à ses forces de s’en prendre aux navires turcs, d’arrêter ses ressortissants, mais aussi d’interdire les vols depuis et vers la Turquie. Tout ceci fait suite aux images largement diffusées sur les chaînes télévisées libyennes de véhicules blindés de types MRAP de fabrication turque débarquant sur le port de Tripoli, venant étayer les accusations de l’ANL quant au soutien militaire supposé de la Turquie au Gouvernement d’accord national (GNA Fayez al-Sarraj).

Dimanche 30 juin, l’ANL met ses menaces à exécution, déclarant avoir détruit un drone turc qui survolait l’aéroport de Tripoli, fief du GNA. Quelques heures avant que le drone ne soit abattu, Ankara accusait Haftar de détenir six ressortissants turcs, ce qui n’est autre qu’un « acte de violence et de piraterie », selon un communiqué du ministère turc des Affaires étrangères. « Le coût des attitudes hostiles ou des attaques sera lourd. Nous y répondrons de la manière la plus efficace et la plus dure », a menacé dimanche 30 juin le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar. Alors que la tension ne cessait de monter et que les menaces de représailles fusaient, le ministère turc des Affaires étrangères a annoncé le 1er juillet au matin que les ressortissants qui n’étaient que de simples « marins » avaient été libérés.

Lorsque Mouammar Kadhafi est assassiné en 2011 après 42 ans de règnes en Libye, les groupes rebelles s’accaparent de l’immense arsenal militaire du dictateur, provoquant dans une certaine mesure la désintégration de l’État libyen. La Libye se polarise entre d’un côté, les nationalistes dirigés à l’époque par Haftar, et, de l’autre, divers groupes islamistes dont certains prêteront allégeances à l’État Islamique ou à Al-Quaïda. Aussi, pour tenter de rétablir la paix et d’en finir avec les différents conflits qui opposent les Touaregs, les Zwais aux nationalistes, l’ONU décide en 2015, au Maroc, d’établir les accords de Skhirat qui prévoient la formation d’un nouveau gouvernement : le GNA dirigé par Fayez al- Sarraj.

Seulement le GNA ne trouvera jamais sa place. Il est contesté par l’ANL et est fragilisé par les ingérences étrangères provenant des Émirats Arabes Unis, ou encore de l’Égypte qui avec l’ANL voient leurs intérêts pétroliers et gaziers compromis. Ainsi, deux blocs se font face depuis la mise en place le 12 mars 2016 du gouvernement Sarraj, avec d’un côté Ankara et le Qatar qui désirent protéger leurs intérêts dans la zone ouest du pays et soutiennent le pouvoir reconnu par la communauté internationale à Tripoi, et de l’autre l’Égypte, les Émirats Arabes Unis et la Russie sous le drapeau de l’ANL qui a lancé le 4 avril une campagne pour tenter de reprendre la capitale libyenne, avant d’être repoussé par les forces du gouvernement de Tripoli.

Alexandre Gassier

 

 

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