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Libye : un pays encore sous tension

La Libye, en proie à l’anarchie depuis la chute de Mouammar Kadhafi en octobre 2011, fut le théâtre, dimanche 18 mai, d’une nouvelle lutte pour le pouvoir entre milices rivales. Les autorités de transition ne parvenant toujours pas à contrôler les innombrables milices armées qui font la loi dans le pays.

lendemain de l'assaut sur l'assemblée

Au lendemain de l’assaut contre l’assemblée de transition (CGN) à Tripoli

Dimanche 18 mai, à Tripoli, les combats ont débuté par une attaque avortée contre le parlement de transition (CGN) menée par les puissantes brigades de Zenten, connues pour leur opposition aux islamistes. Des hommes en uniforme ont interrompu la session du conseil législatif et l’un de ses porte-paroles, le colonel Mokhtar, a affirmé qu’il existe déjà une Assemblée constituante de 60 membres capables de remplacer les députés et a appelé au maintien du gouvernement dirigé par le Premier ministre démissionnaire, Abdallah Al-Thini, jusqu’à la tenue de nouvelles élections parlementaires.

Selon le porte parole de la chef de la diplomatie de l’Union européenne, Michael Mann « L’UE est très préoccupée par la poursuite de la détérioration de la situation en Libye », elle appelle « toutes les parties à éviter tout recours à la force » et « à travailler ensemble » afin de favoriser « une transition réussie » en Libye.

La situation restait confuse à Tripoli au lendemain de cette attaque. Elle l’était également à Benghazi (est), où Khalifa Haftar, un général à la retraite, a lancé vendredi une opération contre des groupes islamistes lourdement armés qui ont fait de cette ville leur fief. Ces affrontements ont fait au moins 79 morts et 141 blessés.

Retour sur 3 années de tensions

Le 20 octobre 2011, Mouammar Kadhafi est tué dans sa région d’origine, Syrte. Il faisait face, depuis février, à un soulèvement transformé en conflit armé qui a abouti à la chute de Tripoli en août, grâce à un appui décisif de l’Otan. Le 23 octobre, le Conseil national de transition (CNT), organe politique de la rébellion, proclame la « libération » du pays tout en affirmant que le conflit a fait plus de 30.000 morts en huit mois.

Le 8 mai 2012, des ex-rebelles ayant pris d’assaut le siège du gouvernement sont délogés par les autorités. Le 4 juin, l’aéroport de Tripoli est bloqué par une milice, ce qui interrompt le trafic pendant quelques heures. Au mois de juin de cette même année, plus d’une centaine de personnes sont tuées et 500 autres blessées lors de violences tribales au sud-ouest de Tripoli qui perdurent durant une semaine. De nombreux affrontements de ce type avaient déjà eu lieu, notamment en février à Koufra, qui firent une centaine de morts. Le 7 juillet, les Libyens se rendent pour la première fois aux urnes afin d’élire l’Assemblée nationale : le Congrès général national (CGN). Le 8 août, les pouvoirs sont remis à la nouvelle Assemblée, présidée par Mohamed al-Megaryef. Le 11 septembre, une attaque contre le consulat américain à Benghazi a lieu : quatre Américains, dont l’ambassadeur Chris Stevens, sont tués. Le 14 octobre, Ali Zeidan, ex-opposant au régime de Kadhafi, devient Premier ministre de Libye.

Le 28 mai 2013, M. Megaryef démissionne à la suite de l’adoption d’une loi bannissant de la vie politique les collaborateurs de l’ex-régime, il est remplacé par Nouri Bousahmein. Fin juillet débute le blocage, par des gardes, d’installations pétrolières dans l’Est : un récent accord a permis la réouverture des deux ports pétroliers bloqués, mais les principaux terminaux restent toujours fermés. Le 10 octobre, M. Zeidan est « enlevé » pendant quelques heures par un groupe d’ex-rebelles. Le 24 octobre, une trentaine de responsables du régime de Kadhafi, dont son fils Seif al-Islam, sont inculpés pour la répression de la révolte de 2011. Le 23 décembre, le CGN prolonge son mandat jusqu’au 24 décembre 2014, provoquant la colère d’une grande partie de la population et de la classe politique.

Le 12 janvier 2014, le vice-ministre de l’Industrie est tué par balle à Syrte. Le 2 mars, des dizaines de manifestants envahissent les locaux du CGN à Tripoli, saccageant les lieux et agressant des députés. Le 11 mars, M. Zeidan est limogé. Le 20 de ce même mois, la Libye reconnaît l’existence de « groupes terroristes », en particulier dans l’Est. Ces groupes sont considérés comme responsables de dizaines d’attaques et d’assassinats contre les services de sécurité ou les intérêts occidentaux, en particulier à Benghazi. Le 5 mai, le CGN ratifie l’élection d’Ahmed Miitig comme Premier ministre, mais plusieurs députés contestent ce choix. Le 16 mai, des unités de l’aviation, loyales à un chef d’une force paramilitaire, Khalifa Haftar, bombardent des positions de groupes d’ex-rebelles islamistes à Benghazi. Au sol, des affrontements font au moins 37 morts. L’armée dément toute implication et le gouvernement condamne cette opération.

chars rue tripoli

Chars dans les rues de la capitale, Tripoli.

État des lieux depuis la chute de Mouammar Kadhafi

Du point de vue des citoyens libyens, la situation n’a guère changé. En effet, durant le régime de Kadhafi, la population vivait difficilement, ce qui est, a priori, toujours le cas : le manque d’éducation, de soins médicaux et l’inefficacité des services publics sont malheureusement encore d’actualité. Trois années après le soulèvement du peuple, la situation n’a donc pas véritablement évolué et le gouvernement n’est toujours pas a la hauteur de ses responsabilité. En effet, celui-ci devrait avoir pour priorité la gouvernance locale et non la création d’une nouvelle constitution.

Espérons que la multiplication des violences, comme l’attaque du 18 mai contre le CGN, et le manque d’efficacité du gouvernement ne plongent pas une nouvelle fois le pays dans une guerre civile qui raviverait les rivalités entre des dizaines de milices obéissant à leurs propres intérêts, qu’ils soient d’ordre idéologique, régional ou tribal.

Anaïs Sarrassat

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