Chroniques

L’inquiétude et les souhaits du patronat turc

La 44ème Assemblée Générale de l’Association des Industriels et des hommes d’Affaires turcs (Tüsiad) a été l’occasion pour le patronat turc de manifester ses « inquiétudes tout en critiquant la polarisation entre l’exécutif et le pouvoir judiciaire depuis le scandale de la corruption qui secoue le pays ». Ainsi pour le Président du Conseil d’administration de Tüsiad, M. Muharrem Yilmaz : « à l’heure d’une nouvelle reconfiguration du cadre mondial, notre pays est fragilisé par une lutte interne violente et absurde qui lui fait perdre son énergie ».

De son côté, le Président du haut conseil consultatif de Tüsiad, M. Erkut Yücaoğlu déclare : « L’image de la Turquie est touchée par quatre dommages ». Il les résume ainsi : « le premier dommage, c’est notre politique extérieure qui, ambitionnant zéro problème de voisinage, nous a mis en difficulté avec presque tous nos voisins. Le second dommage concerne la remise en cause des principes démocratiques dans notre pays lors des manifestations de Gezi en juin dernier. Le troisième dommage touche l’État de droit et la justice avec notamment les durées record de détention sans jugement et dernièrement les rumeurs de tentative d’étouffement des scandales de corruption. Et le quatrième concerne l’économie de notre pays. En effet, la forte montée du cours des devises étrangères va au détriment de tous les projets d’investissement, de production et d’agrandissement des entreprises conduisant ainsi à une montée du chômage dans notre pays ».
Dans son étude intitulée L’économie turque en 2014, Tüsiad prévoit donc un taux de croissance en légère baisse, autrement dit de 3,4 % et non pas 4 %. Ainsi qu’un taux d’inflation qui serait plutôt de 7,6 % au lieu de 5,3 % comme l’avait annoncé le gouvernement.

Quant aux souhaits de la Tüsiad pour l’année 2014, M. Muharrem Yilmaz invoque plusieurs domaines prioritaires, notamment la fin des instabilités pour un retour de la forte croissance économique. Mais également l’accélération du processus d’intégration de la Turquie dans l’UE par l’ouverture des nouveaux chapitres dans les négociations, notamment les n°23 et 24 concernant la justice et le système judiciaire en espérant que le débat actuel sur l’indépendance du système judiciaire puisse évoluer dans un cadre conforme à ces critères. Mais encore, pour les élections de 2015, la suppression du barrage de 10 %. Et enfin, le renforcement des droits fondamentaux liés à la liberté d’expression et de manifestation.
Lorsqu’on lit les souhaits de la Tüsiad, une question se pose : la croissance économique turque rimerait-elle avec plus de démocratie et l’État de droit dans ce pays ?

Mireille Sadège

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