Culture, Découverte, Société

Livre en hommage à Ahmet Kutsi Tecer, l’homme qui a ouvert la voie à la reconnaissance de la culture anatolienne

 Les éditions VEyayinevi viennent de publier le livre « Ahmet Kutsi Tecre’e Armagan » à l’occasion du 50e anniversaire de la disparition de cette figure incontournable de la poésie turque qui fut notamment l’auteur des célèbres vers « Orda bir köy var uzakta ».

Le livre a été préparé par Turgut Çeviker en collaboration avec la fille du poète, Leyla Tecer. Cette dernière m’a reçu chez elle un dimanche après-midi. Nous avons parlé du livre, mais surtout de son père devant un magnifique coucher de soleil sur la mer de Marmara, à Moda. Quand on lui demande pourquoi elle a décidé de publier un livre sur son père, Leyla Tecer répond ainsi : « Les connaissances sur mon père sont assez disparates. Certains s’intéressent à ses poèmes, d’autres à ses recherches portant sur le folklore ou encore à ses travaux concernant le théâtre. Je trouvais donc qu’il fallait faire un travail de synthèse afin de réunir toutes ces informations dans un seul document. Tout d’abord, j’ai pensé à une exposition, mais très vite j’ y ai renoncé. J’ai réalisé que ce n’était pas une, mais plusieurs expositions qu’il aurait fallu organiser pour rendre hommage à l’ensemble de l’œuvre et du travail de mon père ainsi que pour présenter la grande collection de livres dédicacés par leurs auteurs dont je m’occupe aujourd’hui ». Voilà donc les raisons qui l’ont poussé à publier un livre sur l’héritage culturel de son père qu’il est nécessaire de protéger.

Elle rencontre alors Turgut Çeviker qui l’aidera dans cette tâche tandis qu’elle lui fournira presque tout le contenu du livre.

« Je voulais aussi réunir tous les articles concernant mon père qui ont été publiés de son vivant ainsi qu’après sa disparition. Ma mère avait fait un remarquable travail d’archivage à ce sujet. Malheureusement, je n’ai pas été toujours aussi vigilante qu’elle. Mais, Turgut Çeviker, qui possède des collections de revues littéraires et qui a fait un important travail de recherche, a trouvé beaucoup d’articles au sujet de mon père. Ensemble, nous avons rassemblé, trié et classé tous les documents. Turgut Çeviker a ainsi été en mesure de préparer le livre ». Un travail acharné de plus d’un an a été nécessaire pour la publication de ce livre.

« Plonger dans les livres, les documents, les publications, les oeuvres et les photos de mon père m’a épuisé moralement », remarque Leyla Tecer, mais on peut lire sur son visage la satisfaction et la joie de voir le livre enfin terminé. Ce travail lui a d’ailleurs permis de découvrir des facettes de son père qu’elle ne connaissait pas.

J’ai le livre entre mes mains et je peux attester qu’il est magnifique. Sa couverture donne le sentiment d’un livre ancien, mais l’intérieur possède l’esthétique d’un livre moderne avec une mise en page sobre qui rend la lecture agréable. Il réunit les poèmes d’Ahmet Kutsi Tecer, mais aussi ses publications et ses travaux sur la culture populaire et le folklore de la Turquie. On y découvre aussi un album de photos de famille, les caricatures et les articles au sujet de Ahmet Kutsi Tecer, ainsi que les affiches de ses pièces de théâtre et les photos de sa collection de livres dédicacés par leurs auteurs.

Les articles concernant Ahmet Kutsi Tecer nous décrivent un homme doux, un enseignant qui ne vous impose rien, mais vous donne juste les outils et les méthodes pour apprendre. « Sans Ahmet Kutsi Tecer, il n’y aurait pas les comédiens de notre génération », écrit Atila Alpöge, son élève au lycée de Galatasaray en 1952, dans l’un des articles du livre intitulé Kutsi Hoca bizim agbeyimizdi. Dans un autre article, le célèbre critique littéraire Dogan Hizlan lui rend hommage et souligne la beauté de ses poèmes et l’important travail de recherches effectué sur le folklore turc. Il ajoute qu’« Ahmet Kutsi Tecer est l’un des premiers à nous avoir appris que, pour comprendre le peuple d’Anatolie, nous devons assimiler la culture anatolienne ».

Pour sa fille Leyla « Durant l’Empire ottoman, on ne se préoccupait pas de la culture anatolienne. Avec le Kémalisme, il y a eu une prise en main de l’éducation en Anatolie et Atatürk a mis en place des programmes à ce sujet. Mon père faisait partie de ceux qui œuvraient pour cette éducation. Dans certains de ses écrits, il parle du peuple et désire que tout le monde soit cultivé. Lorsqu’il étudiait à Paris, il se rendait souvent à la Bibliothèque Nationale où il effectuait des recherches sur les poètes d’Anatolie. À son retour en Turquie, il a été envoyé pour son service militaire en Anatolie centrale, à Sivas, qui est la terre de nos poètes populaires de confession alévie. Il y a aussi étudié les jeux et représentations dramatiques très particuliers des paysans de la région ».

Dans un autre article du livre, Sabri Koz revient sur les associations lancées par Ahmet Kutsi Tecer comme celle des poètes de Sivas (1930), mais aussi sur d’autres qui concernent le folklore et l’art populaire. Il conclut sur ces mots : « Ahmet Kutsi Tecer est l’un des maîtres de la construction du projet majeur de la civilisation contemporaine de la Turquie »

D’après sa fille, cette passion pour la culture anatolienne est apparue très tôt chez son père. En 1919, à 18 ans, il avait écrit dans un texte que, jusqu’à la fin de sa vie, il écouterait la voix de l’Anatolie. Quand vient le temps pour Leyla Tecer de décrire son père, elle évoque « un homme complexe ».

Mireille Sadège, Rédactrice en chef

 

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