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Loi anti-burkini : du « pain bénit » pour les djihadistes

Les photos d’une femme voilée entourée de policiers à Nice ont suscité l’indignation, et tournent en boucle sur les sites de fondamentalistes religieux. 2016-08-24 19.19.18

Le gouvernement semble prendre un malin plaisir à jouer avec le feu, sciemment ou non, le risque est le même.

Les photos d’un contrôle de police municipale effectué sur une plage de Nice à l’encontre d’une estivante portant un petit turban noué sur la nuque et ôtant sa tunique à manches longues suscitent une large indignation sur Internet.

Mises en ligne mardi soir, les photos montrent quatre policiers municipaux en train de contrôler une dame assoupie au soleil sur les galets d’une plage de la promenade. Elle porte un foulard turquoise et blanc noué au-dessus de la nuque et une tunique de même couleur à manches longues, qu’elle retire ensuite sous l’œil des policiers qui l’encerclent.

La ville azuréenne fait partie des nombreuses communes de la côte qui ont interdit sur leurs plages publiques des tenues « ne respectant pas la laïcité ». Depuis la mise en vigueur de la loi, selon la mairie de Nice, une quinzaine de femmes ont été verbalisées.

Les images du contrôle de cette femme ont suscité un déluge des réactions d’internautes dénonçant « une humiliation » et « une chasse au voile » leur faisant « honte » ou leur donnant la « haine ». « Ils veulent lui retirer ses vêtements. Mais qu’ils retirent leurs uniformes ! La police de la honte », a ainsi réagi Marwan Muhammad, le président du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) qui a attaqué en justice les arrêtés municipaux avec la Ligue des droits de l’homme et a été débouté deux fois par le tribunal de Nice.

Une aubaine pour la propagande de Daech

Sur RfI, le spécialiste des mouvements djihadistes, David Thomson, affirme que de tels clichés sont « du pain bénit » pour les djihadistes : « Le récit djihadiste martèle depuis des années qu’il serait impossible pour un musulman de vivre sa religion dignement en France. Alors, évidemment, dès leur diffusion, ces photos sont passées en quelques minutes à peine en tête des sujets les plus discutés dans la djihadosphère, où la tonalité générale était : La France humilie une pauvre musulmane. » C’est d’autant plus ridicule, selon le journaliste de RFI que le burkini est contraire « au dogme » des salafistes et des sympathisants de Daech.

Une France qui choque

Les pays anglo-saxons montent au créneau. L’incompréhension domine, davantage que la colère. La polémique génère de nombreuses interrogations dans la presse : porter le burkini est-il vraiment plus offensant que laisser entrevoir la « raie des fesses » d’une personne d’âge mûr via un maillot de bain classique ? interroge Remona Aly, de l’organisation britannique Exploring Islam Foundation, qui œuvre pour une meilleure compréhension de l’islam.

D’ailleurs, croiser au Royaume-Uni une femme intégralement voilée dans certaines villes ou quartiers à forte population musulmane n’est pas chose rare et ne déclenche pas les polémiques que l’on peut voir en France.

Le plus célèbre exemple de port d’un burkini dans le pays n’est d’ailleurs pas le fait d’une musulmane, mais de Nigella Lawson, animatrice vedette de la radiotélévision britannique, qui en avait revêtu un en 2011 sur une plage de Sydney pour… éviter de bronzer.

« C’est choquant qu’on puisse exiger de quelqu’un qu’il se découvre, ou qu’il parte », a renchéri Maryam Ouiles, également sur la BBC. « Les gens disent constamment que les musulmans devraient s’intégrer davantage, mais quand on vous rejoint pour nager, ce n’est pas bien non plus », a-t-elle déploré. Ce clivage entre Britanniques et Français s’explique par les différences culturelles entre les deux pays, entre politique d’assimilation à la française et multiculturalisme britannique.

« Une attaque contre les minorités »

Aux États-Unis, d’aucuns jugent illogique d’imposer des règles pour que des femmes n’aient pas à en observer d’autres. Le débat sur le burkini, estime l’éditorialiste Amanda Taub dans le New York Times, va au-delà de la religion ou du port d’un vêtement : il s’agit de « protéger la majorité non musulmane française d’avoir à regarder en face un monde qui change ».

Quant à l’Australie, d’où provient la créatrice du burkini Aheda Zanetti, le vêtement est également perçu comme un outil d’intégration, et l’on y compte une monitrice de natation et une sauveteuse ainsi vêtues. Pour la journaliste Sarah Malik, basée à Sydney, interdire le burkini constitue « une attaque contre les minorités ». « Désormais, les femmes ne doivent plus seulement composer avec le sexisme présent dans leurs communautés, mais également avec la force brute de l’État », dénonce-t-elle dans le Sydney Morning Herald.

Le Conseil d’État se penchera ce jeudi sur l’arrêté « anti-burkini » de Villeneuve-Loubet avec pour délicate mission d’évaluer, une fois pour toutes, la légalité – et la nécessité – de ces interdictions controversées…

Guillaume Asmanoff. 

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