Politique

L’opposition unie contre la corruption

Le régime hyper-parlementaire marquera-t-il un changement définitif dans la conduite des affaires politiques turques ? C’est du moins ce que laisse entendre l’annonce faite par les trois partis d’opposition, quelques jours seulement avant l’ouverture de la 25ème session parlementaire qui aura lieu ce mercredi.

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La session parlementaire de jeudi sera la première en douze ans à ne pas s’ouvrir sur la domination unique de l’AKP [parti présidentiel] à la majorité absolue, suite au scrutin du 7 juin dernier. Une session historique de par sa nature multipartite, qui permettra aux députés membres des trois partis de l’opposition de remettre à l’ordre du jour les questions sensibles que l’AKP avait été accusé d’étouffer par le passé. En ce sens le Parti républicain du peuple [CHP], le Parti d’action nationaliste [MHP] et le Parti démocratique des peuples [HDP] ont chacun annoncé la présentation de quatre motions visant à ouvrir une enquête contre d’anciens ministres précédemment accusés de corruption.

Des faits vieux de deux ans

Au nombre de quatre, ces ministres avaient dû quitter leurs postes en décembre 2013, suite à un scandale sans précédent. Le ministre de l’Economie Zafer Çağlayan, le ministre de l’Intérieur Muammer Güler, le ministre aux Affaires européenne Egemen Bağış, ainsi que le ministre à l’Environnement et à la Plannification urbaine Erdoğan Bayraktar auraient donc reçu plus de 137 millions de lires turques (66 millions de dollars) sous formes de pots-de-vin provenant de Reza Zarrab, homme d’affaires turco-iranien. Des dessous-de-table dont auraient également bénéficié les fils des intéressés, ainsi que de nombreux bureaucrates dans le cadre d’un vaste système de blanchiment d’argent basé sur des exportations fictives.

Belle ironie, dimanche dernier à l’occasion du 22ème congrès de l’Assemblée des exportateurs turcs, Reza Zarrab a reçu un prix des mains du ministre de l’Economie Nihat Zeybekci et du vice-Premier ministre Numan Kurtulmuş.

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Malgré de nombreuses tentatives de la part de l’opposition, jamais aucune enquête n’avait pu voir le jour jusqu’à présent, ceci en raison de la gouvernance quasi-unique de l’AKP au parlement depuis son arrivée au pouvoir en 2002.

Des conditions d’enquête enfin possibles

En décembre 2014, la dernière fois que la question avait été soulevée au parlement, la Commission parlementaire d’enquête contre la corruption avait rejeté la mise en place d’un processus judiciaire à l’égard des quatre ministres. La majorité absolue était alors détenue par l’AKP, le parti disposant de 9 membres sur 14, rendant une enquête impossible. Dès jeudi prochain cependant, les nouvelles couleurs de l’Assemblée recomposeront cette Commission d’enquête de la manière suivante : sur un total de quinze membres, l’AKP n’en disposera plus que de sept, soit moins de la moitié. Le CHP possédant dorénavant quatre membres siégeant à cette commission tandis que le MHP et le HDP disposent quant à eux de deux membres chacun. Une répartition idéale pour remettre à l’ordre du jour ces faits de corruption pour lesquels l’opposition demande toujours justice. Ceci supposant bien évidemment la coordination des trois partis opposés à l’AKP. Une coordination qui semble en bonne voie : tous ont annoncé qu’ils présenteraient les mêmes motions visant à rouvrir l’enquête contre ces anciens ministres.

Néanmoins la procédure devrait prendre deux mois avant que la Cour constitutionnelle puisse être saisie. Le spectre tant redouté des élections anticipées pourrait donc encore repousser l’échéance de cette procédure si aucune coalition n’est formée dans les 45 jours à compter de la parution officielle des résultats des élections générales du 7 juin.

 

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