Culture

Lost Shadows de Vahap Avşar

L’exposition intitulée Lost Shadows de l’artiste Vahap Avşar était dévoilée et ouvrait ses portes ce mardi 11 août, à Istanbul, à la salle SALT Beyoğlu. Elle se tiendra jusqu’au 27 septembre prochain, avis aux curieux.

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La dernière exposition de Vahap Avşar, artiste turc naviguant entre Istanbul et New York, faisait sa levée de rideau hier soir, à SALT Beyoğlu. De quoi s’agit-il ? Une série de cinquante clichés, provenant d’une maison d’édition, et issus des archives de l’AND. Ce sont, à l’origine, essentiellement des cartes postales, affiches, datant des années 70. Des cartes à l’époque monnaie courante pour envoyer des nouvelles, faute d’internet ou de connexion téléphonique. Des souvenirs de panoramas, qu’on prendrait pour des paysages de vacances, d’exil, envoyés depuis le lieu où l’on fait son service militaire, à la famille, aux amis, à l’être aimé. Pour Avşar, c’est un support logique, puisqu’étant jeune, lorsqu’il commence à peindre dans le petit village où il habite, les cartes postales sont quasi le seul matériau d’inspiration. D’où l’importance que relèvent pour lui ces cartes de l’AND. En 2010, Avşar se procure les droits sur les clichés en question.

Il s’agit de transformer des cartes postales en photographies. Le résultat donne des photos rendant une impression large, malgré des dimensions à chaque fois identiques. Pour Avşar, il s’agit de réaliser une « forêt d’images ». Le spectateur, en regardant  incessamment le cliché, se constitue de nouvelles histoires. On en vient alors à la question du titre de l’exposition. Lost Shadows. Des images représentant des énigmes visuelles et politiques, avec des individus que l’on ne peut recroiser dans le monde d’aujourd’hui. D’où Lost Shadows, « Les ombres perdues ». Des ombres que l’on ne reverra plus.

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Le spectateur se retrouve dès lors plongé dans une déambulation photographique dans l’Anatolie des années 70, allant de village en village, croisant rues désertes, immeubles, voitures (un fil conducteur de la série). La place laissée à l’imagination est évidente : on retrouve des éléments saugrenus, des poses inattendues, qui laissent place à l’interprétation. Et démontrent l’un des attraits de cette exposition : des clichés au but détourné, offrant de nouvelles perspectives au récepteur de l’image et un regard plus critique que peut laisser supposer l’artiste sur cette période, le rôle de l’armée… Un regard critique qui a d’ailleurs pu le mener vers l’exil. En 1990, à l’occasion d’une exposition dans la gare d’Ankara, ses œuvres sont interdites par l’administration de la gare, arguant du fait qu’elles nuiraient au bon moral de la population présente. D’où un départ pour New-York, bien que l’ombre d’Avşar refasse régulièrement surface sur les rives du Bosphore, pour un bonheur non dissimulé.

Pierre Debly & Zehra Bozkurt

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