Economie, International, Politique

L’Union Européenne : la fin d’une époque

Il y a 25 ans, le 7 février 1992, la signature du Traité de Maastricht donnait un nouvel élan à la construction européenne en lui donnant une vocation politique qui dépassait l’objectif économique initial de la Communauté. Son entrée en vigueur en novembre 1993 instituait l’Union Européenne entre ses États membres (12 à l’époque). Il s’agissait d’une étape importante dans le processus d’intégration européenne avec la reconnaissance de la citoyenneté européenne, la création de la monnaie unique (l’euro), l’élargissement des compétences communautaires, instauration d’un pilier sécuritaire et d’un autre relatif aux affaires intérieures et à la justice.ECH20548039_1On se souvient des deux chefs d’État à l’origine du Traité, François Mitterrand et Helmut Kohl, dans les premières années marquant la fin de la guerre froide. Les deux hommes agissaient conformément à l’esprit de Winston Churchill qui avait confié, en 1944, au Général de Gaulle que « la Grande-Bretagne serait le ‘sponsor’ d’une construction européenne dont la direction relèverait de la responsabilité de la France et de l’Allemagne ».

Mitterrand était alors convaincu que la disparition des blocs engendrerait l’émergence d’une Europe puissante aussi bien du point de vue économique que politique. Il était l’un des rares chefs d’État européen à soutenir que l’Organisation du Traité Atlantique du Nord (OTAN) n’avait plus de raison d’exister après la dissolution du pacte de Varsovie. Il voulait ainsi affranchir l’Europe de la tutelle des Américains dans les domaines de la sécurité et de la défense. Mitterrand considérait l’Europe comme un multiplicateur de puissance pour la France.

Un quart de siècle après la signature de ce Traité, les mouvements populistes et les europhobes ont le vent en poupe et se renforcent à chaque élection, l’euro est de plus en plus contesté et l’Union politique semble irréalisable. Le scepticisme ronge l’UE et les politiciens comme Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, qui ont participé à l’élaboration du Traité Maastricht émettent désormais des « doutes sur la capacité des Européens à rester unis ».

L’ancien président du Parlement européen Martin Schulz constate quant à lui, un changement de paradigme :« La génération Kohl- Mitterrand s’appuyait sur ce principe : une Europe forte est dans l’intérêt de notre pays. La génération Orban dit : nous devons défendre les intérêts de notre pays contre l’Europe. Comme si nous étions attaqués depuis Bruxelles ».

Ainsi, la tendance à la renationalisation qui domine désormais dans l’UE constitue un tournant et devient un danger contre le projet européen.

Mireille Sadège,
Rédactrice en chef, Docteur en histoire des relations internationales

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