Découverte, Société

L’univers sonore des métropoles

En tant que Français résidant à Istanbul durant un semestre mon immersion au sein de la capitale économique turque est totale. Lorsque j’appelle ma famille ou que je rencontre des Stambouliotes, une question revient constamment : « Quelles sont les choses qui changent avec la France ? » Et les réponses sont toujours les mêmes : architecture différente, paysages uniques et gastronomie copieuse (bien que sur ce point la France n’ait rien à envier à la Turquie). Si ces réponses paraissent évidentes, c’est parce qu’elles font appel aux sens les plus mobilisés par l’être humain : la vue et, dans une moindre mesure, le goût.

Une immersion par l’écoute

Néanmoins, un sens est généralement oublié alors qu’il est nécessaire pour cerner l’univers d’une métropole comme Istanbul : l’ouïe. Dans une ville bruyante comme celle-ci, les oreilles sont constamment sollicitées, si bien qu’il est très intéressant d’oublier un instant la vue pour se concentrer sur les sons qui nous entourent. De cette manière, une nouvelle façon de voir la ville émerge et le dépaysement avec les métropoles françaises n’en sera que plus accru.

Un univers sonore à la fois commun et singulier

Dans un monde globalisé où de plus en plus de gens vivent dans de grandes aires urbaines, les individus sont amenés à entendre des sons qui leur sont familiers : l’arrivée du métro à Châtelet fait le même son qu’à Taksim, tout comme le brouhaha des passants d’Istiklal s’apparente fortement à celui des Champs-Elysées.

Néanmoins, chaque ville a une teneur sonore particulière parfois due à une spécificité culturelle, à la manière dont les individus communiquent entre eux ou encore aux particularités géographiques qui caractérisent les métropoles.

C’est notamment le cas d’Istanbul qui est une ville pouvant se vivre aussi bien par la vue que par l’audition.

Tendre l’oreille à Istanbul

Ainsi, la première chose qui a heurté mon univers sonore lorsque je suis arrivé dans la « ville aux sept collines » c’est la symphonie des klaxons. Telle une virgule dans une phrase, le klaxon est si souvent utilisé par les chauffeurs stambouliotes qu’il en est presque devenu une ponctuation. De manière générale, les transports à Istanbul possèdent une acoustique bien à eux, à l’image du ronronnement des moteurs des ferrys traversant le Bosphore ou du bourdonnement strident du funiculaire reliant Kabataş à la place Taksim.

Si les villes françaises sont habituées aux sons des cloches toutes les heures, l’équivalent turc pourrait être l’appel à la prière du muezzin qui, cinq fois par jour, surprend d’abord les touristes et qui se fond totalement dans le paysage sonore au bout de quelques jours passés à Istanbul. L’appel du muezzin est tellement devenu une routine auditive que les initiés pourront détecter les grésillements des haut-parleurs du minaret avant même que le fonctionnaire religieux ne commence à chanter.

La ville regorge de nombreuses spécificités réservées aux oreilles, telles que les chanteurs de rues d’Istiklal, la cacophonie ambiante (qui se lie à l’odeur) du marché aux épices, ou encore le clapotement du Bosphore qui se mêle aux cris des mouettes à Kadıköy.

Une exposition sur le thème de l’univers sonore de Paris et Istanbul

On l’a compris, Istanbul est une ville qui s’écoute. C’est dans cette optique que l’Institut français à Istanbul a organisé du 20 septembre au 12 octobre une exposition associée à la Biennale et intitulée « EKO-ECHO Istanbul-Paris : Villes, Sons et Histoire ».

Cette exposition propose aux visiteurs d’explorer les univers sonores d’Istanbul et de Paris, dans leur diversité, leurs ressemblances et leurs singularités. À travers une série d’expériences sonores à 360°, elle donne à entendre un dialogue sensoriel entre ces deux villes, qui tresse les ambiances, les bruits et les paroles, recueillies dans les deux langues, auprès des Turcs et des Français vivant à Istanbul et à Paris.

Victor Mottin

 

 

 

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