Politique

Lutte contre le terrorisme : la Direction des affaires religieuses soutient le gouvernement

Dans la croisade anti-terroriste teintée d’ambiguïtés qui permet allègrement au gouvernement de raviver la lutte contre le PKK, la Direction des affaires religieuses (Diyanet) a choisi son camp. Un rapport, publié hier par la haute instance, qualifie pour la première fois de « terroriste » l’Etat islamique en guerre en Irak et en Syrie. Annoncée tardivement, cette posture semble cependant appuyer la défense des autorités turques, accusées de soutenir la cause djihadiste.

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Mehmet Görmez (gauche), président de la Direction des affaires religieuses, et Recep Tayyip Erdoğan (droite), président de la République turque.

Alors que le gouvernement a finalement décidé de jouer un rôle actif au sein de la coalition internationale pour combattre le terrorisme, tout en jouant sur l’ambivalence du terme pour bombarder les positions du PKK, la Direction des affaires religieuses turques, communément appelée « Diyanet », a décidé de briser le tabou hier. Cette institution étatique, qui fait souvent autorité en matière de jurisprudence religieuse, considère désormais comme « terroriste » le groupe djihadiste Daech, qu’elle accuse de mener des actions répréhensibles par la morale musulmane.

Mais entre réelle intention de dénoncer l’extrémisme religieux, et volonté de réhabiliter la parole du gouvernement, accusé de soutenir les intérêts du « califat » en Syrie, autant dire que les buts recherchés par le Diyanet demeurent obscurs.

Daech, une menace pour l’islam

Mais en tout état de cause, la Direction des affaires religieuses n’y est pas allée de main morte pour dénoncer les exactions du supposé « Etat islamique » (EI), qui revendique depuis juin 2014 la création d’un califat en terres irakiennes et syriennes. « Tous les actes de ce groupe armé « anormal » portent atteintes aux règles de l’islam et à la vie de ses fidèles. En réalité, ce n’est que du terrorisme », a fustigé le Diyanet en ajoutant que la conception de l’islam véhiculée par ce groupe n’était ni plus ni moins « tordue », et ne servait à rien d’autre qu’à légitimer une escalade de la violence dans le Moyen-Orient.

Mehmet Görmez, le président du Diyanet depuis 2010, a d’ailleurs expliqué qu’à travers ce rapport, le Diyanet entendait informer le public sur « les tactiques, les slogans, l’idéologie, et le rapport à l’islam de l’Etat islamique », et ce dans le but de mettre à jour ses mauvaises intentions.

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Plus généralement, les fins poursuivies par le Diyanet dépassent le strict cadre national, l’opération de sensibilisation devant en effet être menée au niveau international avec pour principaux initiateurs les pays musulmans. « Le monde islamique dans son ensemble devrait s’unir pour s’opposer à cette organisation, qui utilise notre religion comme un outil mais ignore l’existence même de ses principes », a ainsi plaidé le président Görmez.

Mais celui-ci apparaît néanmoins confiant sur la capacité de certains pays à prendre leurs responsabilités : « Aujourd’hui, je pense que toutes les institutions islamiques à travers le monde conviennent que Daech est un groupe « non-musulman ». Les dégâts de cette organisation sont tels que même un musulman vivant en Australie peut-être traité de « terroriste » par ses voisins ».

Une position qui réhabilite le discours gouvernemental

Quant aux raisons qui ont motivé un tel revirement de position, difficile pour l’heure de les éclaircir. De la même façon que le gouvernement – englué dans des soupçons de connivences avec l’Etat islamique – la Direction des affaires religieuses s’est longtemps refusée à condamner publiquement les agissements de la mouvance salafiste.

Comment faut-il dès lors interpréter cette évolution soudaine ? Le contexte y est sans doute pour beaucoup : ayant récemment rallié la coalition internationale en lutte contre les différentes factions en guerre dans la région, le gouvernement d’Ahmet Davutoğlu espère mettre un terme aux allégations de complicité plus ou moins passive entre le gouvernement et l’Etat islamique.

Un moyen de réhabiliter la place de la lutte anti-terroriste dans l’agenda gouvernemental, et d’attirer l’attention sur Daech quand bien même les forces ariennes turques concentrent davantage leurs efforts sur les positions du PKK, dans le nord de l’Irak notamment.

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Officiellement en guerre depuis 1984, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et la République turque étaient parvenus à une trêve en 2013 à la suite de pourparlers de paix engagés dès 2012 à l’initiative du gouvernement. Cependant, les deux parties se livrent depuis le 20 juillet dernier, date du massacre de Suruç, une lutte sans merci rendant caduc ce processus de paix. A défaut d’endiguer la progression de l’Etat islamique, le gouvernement poursuit dans l’immédiat une politique d’affrontement avec la guérilla kurde.

A ce stade, plus de 150 frappes aériennes dirigées contre le PKK ont été dénombrées depuis le 27 juillet tandis que l’Etat islamique n’a essuyé en revanche que quelques rares bombardements, entre 3 et 5 selon les sources.

Dans le même temps, le gouvernement continue de mener massivement des arrestations à travers tous les pays. En deux semaines, on estime à 1500 le nombre d’opposants politiques appréhendés et incarcérés par les forces de l’ordre.

Matéo Garcia

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