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Macron face à Trump

Le 19 septembre dernier, Emmanuel Macron et Donald Trump ont exprimé leurs visions du monde en un intervalle de deux heures devant les dirigeants des cent quatre-vingt-treize pays membres des Nations-Unies (ONU), dont plus de cent trente chefs d’État. Deux discours attendus dans une institution dont la raison d’être est la résolution des conflits et le maintien de la paix dans le monde.C’est en premier lieu le président néoconservateur américain qui a rejoint la tribune de l’ONU. Fidèle à sa réputation, il a menacé la Corée du Nord de « destruction totale » ; des propos on ne peut plus inquiétants. Mais ce n’est pas tout. Donald Trump s’en est également pris violemment à l’Iran, au Venezuela et à Cuba qu’il n’a pas hésité à qualifier d’« États voyou ». Oubliant toutes les règles de la diplomatie, le président américain s’est ainsi clairement distancé du multilatéralisme, de la volonté de compromis permanent entre les différents États du monde qu’incarne l’ONU depuis sa création au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Des propos qui ont ulcéré une grande partie de la communauté internationale, mais aussi John F. Kelly, le chef de cabinet de la Maison-Blanche, qui se tenait la tête entre les mains en entendant ce discours belliqueux.

Deux heures après, c’était au tour du président français de prendre la parole. Certain de contrarier Donald Trump et d’attirer l’attention de l’opinion publique internationale, son discours prônait un « monde multipolaire » tout en suivant les grandes lignes de la politique étrangère très active et pragmatique de Jacques Chirac (1995-2007) qui n’avait pas hésité à s’opposer résolument à la guerre des États-Unis en Irak.

En répondant point par point à certaines parties du discours de son homologue américain, on a constaté que le président français avait écouté attentivement le président néoconservateur. À l’idée simpliste de Donald Trump sur « l’Amérique d’abord » il a opposé « l’indépendance (qui) réside aujourd’hui dans l’interdépendance ». Ce dernier a surtout insisté sur le fait que dénoncer l’accord sur le nucléaire, négocié par l’Iran et le groupe 5+1, serait une « lourde erreur ». En effet, Emmanuel Macron ne voit aucun problème dans l’application de l’accord signé en 2015 à Vienne avec l’Iran : « Notre engagement sur la non-prolifération a permis d’obtenir un accord solide, robuste, qui permet de vérifier que l’Iran ne se dotera pas de l’arme nucléaire. Le dénoncer aujourd’hui sans rien proposer d’autre serait une lourde erreur, ne pas le respecter serait irresponsable, parce que c’est un accord utile, essentiel à la paix ». Par ailleurs, le président français n’a jamais prononcé le nom de Donald Trump comme l’avait fait avant lui Dominique de Villepin dans son discours historique devant l’ONU, le 14 février 2003.

Quant à l’Accord de Paris, Emmanuel Macron a aussi livré un message clair destiné avant tout à Donald Trump : « Cet accord ne sera pas renégocié, il nous lie (…), nous ne reculerons pas (…) détricoter l’accord serait détruire un pacte entre les États et les générations ».

Sur d’autres points chauds concernant la scène internationale et particulièrement sur les crises syrienne et nord-coréenne, le président français a défendu l’option diplomatique et les pourparlers entre les parties. Pour lui, la solution est politique, non pas militaire.

Un nouveau combat contre l’unilatéralisme de la domination américaine vient-il de commencer ?

Dr. Hüseyin Latif, Directeur de publication

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