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Marcel Ward, le réfugié qui jouait aussi bien que Mozart

À l’heure où la communauté internationale vit sa pire crise migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale, certains commencent enfin à réaliser que de ceux qui ont du fuir leurs pays ont du talent à revendre. Les réfugiés qui font aujourd’hui partie de l’équipe olympique mise en place par le CIO sont à l’honneur depuis vendredi, mais Marcel Ward, petit syrien de 10 ans, mérite lui aussi d’être connu et reconnu.2016-08-11 13.36.16 Il n’a que 10 ans et pourtant la vie ne l’a pas épargné comme des milliers d’enfants qui sont nés en Syrie et qui ont fui l’horreur de la guerre qui fait rage dans ce pays depuis 2011. C’est dans son pays natal qu’il a découvert le piano et depuis, il ne cesse de jouer. Il est si bon qu’on le surnomme désormais le « petit Mozart ».

Ce surnom n’est pas un hasard puisque Marcel Ward a commencé le piano au même âge que le grand virtuose : à 5 ans. C’est sur un petit clavier pour enfant qu’il a fait ses débuts et grâce à ce qui n’était encore qu’un jouet, il a découvert le but de sa vie : devenir un grand pianiste. Comme le petit pianiste en herbe l’explique : « Avec ce clavier, j’ai commencé à entendre les notes dans ma tête. J’adore le son du piano, c’est beau et pas trop bruyant ».

Mais, le conflit syrien a éclaté, sa maison a été détruite par les bombardements à Damas et sa famille n’a pas eu d’autre choix que de quitter, en 2012, leur pays à feu et à sang pour assurer un avenir à leurs enfants. Si ce triste jour aurait pu marquer la fin du rêve de Marcel, il n’en fut rien. Pour ses parents, il n’était pas question de priver l’enfant de son piano alors qu’il était déjà arraché à son pays natal, à sa maison, à ses amis… Ainsi, au milieu des rares possessions emportées se trouvait le piano du petit garçon.

Après avoir fui à Dubaï, ils ont ensuite vécu un temps au Liban puis aux États-Unis pour finir par trouver refuge dans une banlieue de Toronto, au Canada, à Hamilton. Si le jeune garçon n’a jamais arrêté de jouer, donnant du courage à sa famille pour surmonter tant d’épreuves, c’est finalement dans cette ville que la famille vit désormais et où Marcel peut reprendre en toute quiétude le piano avec l’aide de Cheryl Adams, son professeur, qui enseigne la musique depuis 15 ans et qui est, chaque jour, surprise par le talent de son meilleur élève : « Il me rappelle Chopin. Il progresse très rapidement […] Il a un réel talent pour écouter et reproduire ce qu’il entend ».

Sa mère, Eahem Ward, est fière de son fils dont elle n’imaginait pas que sa vie serait transformée par un simple petit piano rouge pour enfant. Cette dernière explique qu’il a appris le piano par lui même, simplement en écoutant et reproduisant ce qu’il entendait. À CBC News, elle explique : « c’est vraiment comme si le piano était en Marcel ». Son frère de 12 ans, son premier admirateur, rajoute: « Il est comme à l’intérieur du piano […] quand je le regarde jouer, j’ai le sentiment qu’il ne pense à rien d’autre ». C’est en effet avec un naturel déconcertant pour ceux qui ne savent pas aligner trois notes que Marcel se met à enchainer les accords : « Difficile ? Non. Rien n’est difficile, rien n’est impossible » dit-il avec son beau sourire, ses doigts continuant à voler au-dessus des touches noires et blanches.

Son talent est tel qu’il a récemment participé à l’examen international du Conservatoire royal de musique qui permet d’entrer dans les meilleures universités au monde et où il a fait preuve d’une grande prouesse. Lors de cet examen qui compte 10 niveaux, Marcel aurait dû, comme les autres enfants de son âge, concourir au premier niveau, mais son talent est tel qu’il a passé le niveau quatre avec succès.

Elaine Rusk, la vice-présidente du programme de certification du Conservatoire royal de musique, avait alors confié aux journalistes que cet enfant irait loin : « Le fait qu’il est ici au Canada, mais qu’il n’ait jamais arrêté de jouer même avec son passé difficile, c’est un don merveilleux. ».

Et à son avenir, il y pense déjà avec toute sa maturité et une pointe de naïveté propre à un enfant qui n’a pas perdu tous ses rêves et espoirs malgré les embuches rencontrées. Pour lui c’est une évidence : « Je veux être célèbre et aller à l’émission America’s Got Talent ! ».

Quant à ses parents, ils ne le poussent pas à devenir à tout prix un pianiste professionnel, la seule chose qu’ils désirent c’est que leur fils continue à faire raisonner la musique à travers le monde.

Camille Saulas.

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