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Marcelo Bielsa et l’OM : la fin abrupte d’une histoire d’amour

Samedi soir : surprise pour le foot français. Ce n’est pas la 1ère place pour le SCO Angers qui choque le monde du ballon rond mais bien la démission de Marcelo Bielsa après la défaite de son équipe contre Caen à l’occasion de la première rencontre de la saison. Démission car défaite, ou démission car divorce dans un club marseillais historiquement secoué par les différentes histoires d’amour, et de haine.

bielsa

Comme vous le savez sûrement, Marcelo « El Loco » Bielsa a claqué la porte de l’Olympique de Marseille. Ras-le-bol, assez, basta, c’est ce que Marcelo a voulu faire sentir dans sa lettre d’adieu. Lettre d’adieu et donc pas d’amour, les mots de celui qui aurait « une tête de con » pour Louis Nicollin sont durs envers le président olympien Vincent Labrune.

Les mots doux de l’entraîneur à la glacière :

« Je considère qu’il est nécessaire d’expliquer ma position de manière identique à ce que je vous transmets. Si ensuite vous voulez que nous donnions une conférence de presse ensemble, je me joindrai à vous.

Ce que je vais dire correspond à ce qui s’est passé. Après une série de rencontres aux mois de mai, juin et début juillet, nous avons réussi à trouver un accord sur les aspects de la prolongation, pour les saisons 2015-2016 et 2016-2017, du contrat qui s’était terminé le 1er juillet 2015.

À ces rencontres, en plus de vous-même (Vincent Labrune, ndlr) et moi-même, ont participé MM. Philippe Pérez [le directeur général, ndlr] et Luc Laboz [le directeur général adjoint, ndlr]. Tout était clair pour qu’aucun des points considérés ne soit revu plus tard. Il ne manquait plus que la signature.

Depuis mi-juillet, avec tous les membres du staff, nous travaillons ensemble, même si la relation n’a pas été définie de façon officielle ; il ne manquait que les contrats écrits. Mercredi dernier, j’ai été convoqué par le directeur général, Philippe Perez, pour une réunion à laquelle a également participé l’avocat Igor Levine, représentant de Margarita Louis-Dreyfus.

Le directeur général appartient à l’administration dont vous êtes le président et l’avocat participait pour la première fois à ce sujet. Ils m’ont informé qu’ils voulaient changer quelques points au nouveau contrat, à l’accord que nous avions déjà trouvé et tous deux m’ont dit qu’ils avaient le pouvoir et la représentativité nécessaires pour assumer les positions qu’ils allaient me transmettre.

Nous avons lu tous les points de laccord précédent. J’ai pris en compte tous les changements qu’ils voulaient introduire dans ce contrat et en regardant les points qui ne devaient pas être modifiés, je n’ai négocié avec personne, j’ai seulement écouté et, après cette réunion, j’ai pris la décision que je suis en train de vous expliquer. Même si je pense que vous ne le vouliez pas, ce qui s’est passé fait partie de votre ère d’autorité et je ne sais pas si vous avez consenti ou ignoré.

Comme vous le savez, j’ai refusé plusieurs offres importantes parce que je voulais rester à Marseille. Je ne le regrette pas, car je l’ai fait avec beaucoup d’enthousiasme et j’étais très attiré par ce projet. Je me suis adapté aux variations constantes du plan sportif, mais après trois mois de discussion et à deux jours du début de la compétition officielle, je ne peux pas accepter la situation d’instabilité qu’ils ont générée en voulant changer le contrat.

Ma position est donc de ne pas continuer de travailler avec vous, elle est définitive. Le travail en commun exige un minimum de confiance que nous n’avons plus ; je ne voulais pas toucher la préparation du match contre Caen, voilà pourquoi j’ai attendu avant de divulguer cette lettre. S’il y a des choses légales à voir avec mon départ, je vous assure être à votre disposition pour les résoudre de manière juste et je sollicite ma participation directe à ce sujet.

Je vous remercie d’avoir pensé à moi pour diriger l’Olympique de Marseille, j’ai travaillé avec de grands footballeurs et j’ai pu profiter de linoubliable Vélodrome et de son public. Je vous salue,

Marcelo Bielsa »

Cette lettre d’amour est allée en plein cœur du président Labrune, celui-ci serait même « abasourdi par la décision brutale de Marcelo Bielsa ». Rupture donc, rupture entre Marcelo et Vincent, Marcelo quittant Vincent après que celui-ci ait tout fait pour que « ses souhaits soient exaucés »

Marcelo lynché, Marcelo adulé 

Il semble maintenant clair que les exigences de l’Argentin étaient relativement élevées. Si on ne parle pas de plage privée, d’hélicoptère et de jet (à l’image de Gervinho qui aurait demandé ça du club émirati Al-Jazira), le quotidien l’Équipe évoque tout de même l’augmentation de 25% de son salaire, ainsi qu’une demande particulièrement bizarre, incongrue. Bielsa aurait demandé d’obtenir (en plus, bien sûr) le salaire de deux de ses ex-collaborateurs qui avaient récemment démissionné.

Bielsa expliquera ensuite qu’il avait dû, jusque là, « refuser des offres triplant [son] salaire » pour rester à l’OM.

L’entraîneur argentin n’a pas hésité à dire ce qui l’avait gêné ces derniers temps : « Nous avions trouvé un accord sans faille, et clairement, il n’y avait plus rien à revoir. Puis le club, à travers deux personnes [le directeur général, Philippe Pérez, et l’avocat de la propriétaire, Igor Levin] m’a communiqué qu’il voulait le changer. Lors de la réunion où ces changements ont eu lieu, lui (le président Vincent Labrune) n’était pas là. Dans la nuit après cette réunion de mercredi, jai pris ma décision. »

Labrune aurait donc sa part de responsabilité, manquant de franchise, mais beaucoup reprochent à Bielsa d’avoir prémédité son coup, ayant écrit cette lettre le mercredi et tenant des propos tout autres le lendemain. Beaucoup se sentent trahis. Trahis par l’entraîneur de leur équipe favorite, trahis parfois même par leur idole (parlant même de « génie » pour un des responsables du groupe de supporteurs, South Winners, dans les colonnes du quotidien Le Monde). Nombreux sont ceux qui se sont montrés déçus par le brillant technicien, connu autant pour la précision et la rigueur de ses entraînements que pour le caractère offensif de son jeu et son talent en communication. Nombreux sont ceux qui n’ont pas compris cette réaction, qui pourrait paraître précipitée.

nicollinCes réactions, beaucoup n’ont pas hésité à les exprimer dans les médias. Le président de Montpellier, Loulou Nicollin a comme à son habitude opté pour la finesse et la langue de bois : « Franchement, je m’en fous complet. Cet homme n’a jamais été ma tasse de thé. S’il a vraiment démissionné et qu’il se barre sans chèque, tout va bien. Pourquoi je ne l’apprécie pas ? Parce qu’il a une tête de con, c’est tout. Il ne regarde jamais en face. Chacun fait l’amour comme il veut ». Loulou fait dans le naturel, classique, comme à son habitude.

Dans le même genre, Guy Roux, entraîneur mythique des plus grandes heures de l’AJ Auxerre et institution du football français a même qualifié l’Argentin de « malotru », trouvant que les dirigeants marseillais l’avait « laissé faire trop de choses ». Pour Pape Diouf, prédécesseur de Vincent Labrune à la présidence de l’Olympique de Marseille, il s’agirait même là d’une « tartufferie ». Les mots sont souvent durs concernant les raisons et la façon dont Bielsa a claqué la porte.

Vincent Labrune, victime, dommage collatéral ou responsable ?

Les avis sont partagés quant aux responsabilités de chacun dans l’affaire. Beaucoup s’attristent pour Marcelo et plus encore défendent Vincent Labrune. A nous d’essayer de démêler les fautes de chacun, même si tout ne semble pas parfaitement clair.

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Margarita Louis-Dreyfus, propriétaire de l’OM, et Vincent Labrune, président du club.

L’entraîneur argentin reprocherait donc au président Labrune un manque de franchise, un manque de clarté, rompant le contrat sans même le prévenir. Or il semble que le dirigeant olympien aurait finalement plié aux exigences d’El Loco. Alors quel rôle pour le président à mèches ?

Désigné par Margarita Louis-Dreyfus (veuve de Robert Louis-Dreyfus, et donc héritière de sa fortune) pour gérer le club, le grand chevelu avait des rapports particuliers avec le technicien argentin. En froid cet été à cause du montant du salaire de l’entraîneur, Labrune est dézingué par certains dans la presse.

Si on s’attendait une forte réaction du président de l’autre olympique [lyonnais], Jean Michel Aulas, l’intéressé a surpris par son mutisme ; pas un commentaire quant à ce départ précipité. Pourtant, on a vérifié notre twitter et, hormis des messages de fan, rien de spécial ces derniers jours. Pas une attaque, pas un tacle pour celui qu’il s’amusait à allumer quotidiennement ces derniers mois. Si tu nous lis Jean Michel, parle nous, dis nous ce qui ne va pas ?

Bernard Tapie ne s’est en revanche pas retenu. L’ex président de l’OM (et accessoirement ex-taulard, à chacun ses différentes facettes dans le CV) a tiré à boulets rouges sur l’actuel président. Pour lui, les résultats sportifs et financiers de Labrune sont « mauvais ». « Vous ne pouvez pas faire l’unanimité contre vous sans vous demander si vous n’y êtes pas un peu pour quelque chose (…) Il semble n’avoir de bons rapports qu’avec lui-même, c’est ça le problème de fond. » Voilà, Bernard, en prenant exemple sur Loulou, a été très clair.

Il s’agirait donc principalement d’un problème de personnes, de caractères qui auraient cohabité pendant un temps avant de connaître le point de rupture, scellant le départ de l’idole du Vélodrome. Bémol : le technicien quitte ses supporters sans quitter le milieu puisqu’il se murmure qu’il serait sur le point de s’engager avec la sélection mexicaine. Adultère ? Les supporters marseillais doivent donc oublier leur amour perdu, leur amour passé, et penser à l’avenir avec un début de saison bien compliqué qui s’annonce.

Adrien Cluzet

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