Politique

Marches et protestations contre l’attentat de Suruç interdites dans la province d’Urfa

En interdisant toutes formes de rassemblements contre l’attentat de Suruç, le gouvernement de la province d’Urfa (Sud-Est) reproduit une mesure devenue (trop) courante dans le pays.

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L’explosion de Suruç du 20 juillet a fait 32 victimes : des étudiants de la Fédération des jeunes socialistes (SGDF) réunis pour soutenir la reconstruction de la ville de Kobané. Les réactions à cet attentat ne se sont pas fait attendre, à Istanbul en particulier où des manifestants se sont réunis à Istiklal et à Kadiköy. Ces manifestations pacifiques ont été durement réprimées en particulier rue Istiklal où, dès 21h, les forces de police ont utilisé des canons à eau contre les manifestants. En guise de réaction, les plus actifs de ces derniers ont alors affronté les forces de l’ordre jusque tard dans la nuit. Cette répression injustifiée est un scénario classique en Turquie. La région d’Urfa (Sud-Est) a même interdit toute marche, toute déclaration de presse et toute réunion visant à protester contre l’attentat ou simplement à rendre hommage aux victimes de l’attentat en manifestant le soutien de la population turque aux familles des victimes.

urfa_provincePour justifier cette interdiction qui retire à la population sa liberté d’expression, les gouvernants de la province d’Urfa ont annoncé qu’ils souhaitaient éviter toute situation indésirable c’est-à-dire tout débordement. Cette interdiction n’est pas un cas unique. Le 3 février 2014 déjà le gouverneur de Kayseri, une province du centre de l’Anatolie, avait interdit les rassemblements et manifestations le jour d’ouverture du procès relatif à Berkin Elvan, un adolescent mort après 269 jours d’un coma dans lequel il était tombé après avoir reçu une grenade lacrymogène en pleine tête durant les manifestations de Gezi. Cette interdiction s’était répétée le 28 décembre 2014 à Erzincan et le 9 mars 2015 à Izmir.

L’amalgame est facile et rapide : le désordre n’est jamais loin du terrorisme pour le gouvernement comme en témoigne la pression que subissent les médias et les journalistes. Rappelons que la Turquie a été désignée en 2012 comme étant la « plus grande prison du monde pour les journalistes devant l’Iran, l’Erythrée et la Chine »  par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Cette situation a même fait l’objet, le 12 janvier dernier, d’une proposition de résolution du Parlement européen en réaction aux « récentes arrestations de journalistes et de responsables de médias, et pressions systématiques sur les médias ». Parmi ces abus nous pouvons citer par exemple l’emprisonnement de Hidayet Karaca, directeur du groupe de presse Samanyolu. Accusé de liens avec des activités terroristes, le n’a commis d’autre crime que de faire partie de la presse d’opposition au président Erdoğan qui a commenté le scandale de corruption qui a éclaté en décembre 2013 et d’être proche du mouvement Gülen, en conflit ouvert avec le gouvernement et accusé par ce dernier d’être à l’origine des événements du parc Gezi. Nous pouvons aussi citer le cas de Frederike Geerdink, une Néerlandaise basée à Diyarbakır et l’une des premières journalistes étrangères à faire l’objet d’un procès en Turquie depuis 1995. Spécialiste de la question kurde, elle avait été inculpée sur la base de l’article 7.2 de la loi « propagande d’une organisation terroriste ».

Ces répressions à l’encontre des manifestations populaires et de la liberté de la presse remettent en cause l’existence d’une véritable démocratie en Turquie. Certes, une démocratie sans défauts est impossible, mais la liberté d’expression et de la presse sont des piliers fondamentaux sans lesquels un gouvernement peut rapidement céder à la tentation de l’autoritarisme.

Lauriane

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