Art, Société

Quand la médecine contredit l’art

Le célèbre tableau « Le Pied-bot » de José de Ribera, peintre espagnol, représentant un mendiant de Naples n’a pas encore livré tous ses secrets. D’après certains médecins, dont  le spécialiste turc Kadir Abul, l’enfant ne souffrirait pas d’un pied-bot comme son titre laisse le supposer.

C’est après avoir découvert le tableau par le biais d’un ami que Kadir Abul, médecin au Centre de Recherche sur la colonne vertébrale de l’hôpital Acıbadem Maslak à Istanbul, s’interroge sur la concordance entre le titre et les symptômes du jeune garçon.

D’après lui, l’enfant ne souffrirait pas d’un pied-bot, une maladie congénitale, mais d’une « poliomyélite », qui est une infection contagieuse.

Le docteur Abul a été alerté par le bâton que tient le mendiant. Il n’en comprenait pas la présence puisque les personnes souffrantes d’un pied bot n’ont besoin ni de béquille ni de canne.

Un autre indice interpella le Dr. Abul. Le tableau date de 1642 alors que la poliomyélite a été découverte en 1789. Ribera ne peut donc pas être à l’origine de ce titre. En effet, il s’avère que le tableau a ainsi été nommé lors de son entrée au Musée du Louvre en 1870 par Francois Reiset. Auparavant l’œuvre s’intitulait « le Nain, portrait d’un jeune mendiant ».

Le Dr. Abul a présenté son travail et ses recherches au Congrès national orthopédique de Turquie.

Cependant, des médecins français ont posé un autre diagnostic. Tout comme le Dr. Abul, ils ne comprenaient pas la présence de la béquille. Ils affirment également que le jeune garçon ne souffre pas d’un pied bot.

D’après le docteur Franck Fitoussi, chirurgien orthopédiste à l’hôpital Robert-Debré à Paris, le mendiant « souffre d’une hémiplégie droite en rapport avec une infirmité motrice liée à une lésion du cerveau ». Selon lui, « la déformation du pied et de la main du même côté et ainsi extrêmement évocatrice d’une hémiplégie ». De plus, la feuille de papier sur laquelle on peut lire en latin : « donne-moi l’aumône pour l’amour de Dieu » serait le signe que l’enfant avait un trouble du langage et « était obligé de montrer cette feuille papier ». Le Dr Fitoussi précise que « si l’on considère que cet enfant présente une hémiplégie droite, celle-ci est en rapport avec une lésion du cerveau gauche. Or, le centre du langage se trouve à gauche » avant d’ajouter que « les enfants atteints de pied bot n’ont pas de troubles du langage ».

Le Dr Abul ainsi que le Dr Fitoussi souhaitent que l’œuvre de Ribera change de nom.

Marie Boyenval

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