Culture, Politique

Médias et discriminations : la Fondation Hrant Dink veille au grain

La fondation Hrant Dink a publié un rapport sur la discrimination et les discours incitant à la haine dans les médias, se basant sur des études réalisées entre mai et août 2014. A travers une étude approfondie des différents médias de Turquie, la fondation cherche à « combattre le racisme et la discrimination basée sur des fondements ethniques ou religieux en surveillant les journaux et en exposant les articles problématiques ». Elle vise également à aider la création d’un « débat public sur les discours de haine avec l’objectif à moyen terme de mettre la pression sur la législation et d’introduire des mesures nécessaires pour combattre ces discours qui portent en eux les germes d’actes discriminatoires ou d’attaques racistes ».

Une surveillance assidue des médias

Depuis 2009, la fondation Hrant Dink, créée pour perpétrer le souvenir et les idéaux de ce journaliste assassiné le 19 janvier 2007, s’attelle à une surveillance des journaux turcs à travers le projet « Nefret Söleymi » (« Discours de haine »). Zeynep Arslan et Irem Az, qui font partie de l’équipe de recherche, soulignent que ce rapport vise à influencer l’opinion publique et les institutions médiatiques davantage que les politiques. « On veut que les médias respectent davantage les droits de l’homme, particulièrement les droits des minorités ethniques. Nous avons choisi ce terrain des médias, même s’il y en a d’autres où sont produits les discours de haine ». Les jeunes femmes, ayant étudié respectivement la sociologie et les sciences politiques, reçoivent de la part des médias des réactions « majoritairement positives » : « les grands médias suivent notre travail et s’y intéressent. Leurs réactions sont souvent positives, bien que certains – les plus conservateurs – soient fiers d’être les plus grands producteurs de discours de haine. »

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Le rapport divisé en deux parties est notamment distribué dans des ONG et les institutions médiatiques. La première partie est centrée sur les discours de haine dans les journaux imprimés sur une période de quatre mois. Un travail long et minutieux, puisque tous les journaux sont passés au peigne fin, grâce à une recherche ciblée par mots-clés. La deuxième partie du rapport se penche sur le traitement médiatique de l’attaque de Gaza par Israël (le 7 juillet 2014) sur une période de deux semaines. Cette partie se concentre toujours sur les discours de discrimination – ici envers les Juifs. « La haine existe déjà dans l’opinion publique, mais les médias la reflètent et la renforcent bien souvent » souligne Zeynep Arslan. Les Juifs, les Arméniens et les chrétiens sont les plus visés par les médias, d’après les recherches effectuées ces deux dernières années. Le prochain rapport se penchera sur le traitement des réfugiés Syriens dans les journaux imprimés, en particulier dans la région de Gaziantep, à la frontière syrienne.

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Zeynep Arslan et Irem Az travaillent pour le projet « Nefret Söleymi« 

Un laboratoire en construction

En parallèle, un laboratoire d’études est en cours d’élaboration depuis cette année. Des tables rondes sont au programme, avec un débat ouvert au public qui aura lieu le 28 avril et accueillera Susan Benech. Le but de ce laboratoire est aussi de « créer des partenariats avec des agences locales » et de  « faire des études dans d’autres régions de Turquie ». Ces coopérations ainsi créées permettraient une meilleure rapidité et une efficacité renforcée dans cette surveillance. Un autre projet est en cours, tourné cette fois-ci vers l’enseignement : des programmes éducatifs avec les professeurs de lycées sur ces sujets de discriminations et de discours de haine.

Récompenser les acteurs de la paix et favoriser les échanges en la Turquie et l’Arménie

Une bourse de voyage permet d’aider des journalistes turcs à faire des reportages en Arménie depuis 2009. Ce programme a pour objectif d’assurer de meilleur liens entre les deux pays à la frontière hermétique et aux relations tendues. Pour Zeynep Arslan, ce programme est une réussite : « un de nos collègues qui travaillait à CNN Turquie a signé un contrat avec une agence de presse. Elle va continuer à faire du reportage depuis l’Arménie, ce qui n’existait pas avant. Les agences prenaient les nouvelles d’Arménie depuis l’Azerbaïdjan. C’est un succès incroyable pour ce programme ». Entre le 20 et le 26 avril prochain, huit journalistes arméniens seront accueillis en Turquie. Un Prix Hrant Dink est également remis chaque année à une personne ou des organisations ayant œuvré pour la paix et la défense des droits de l’homme ou encore contre toute forme de discrimination. L’activiste turque Şebnem Korur Fincancı, qui a combattu contre la torture en Turquie ainsi que la Britannique Angie Zelter, fondatrice d’une association opposée aux armes nucléaires, sont les lauréates de la dernière édition. Pour la septième année, il est possible de nominer des candidats sur le site de la fondation pour le Prix 2015 qui sera remis en septembre.

Une belle façon de rendre hommage à Hrant Dink, dont le rêve était de rendre la Turquie et le monde plus justes et plus heureux. La rédaction du journal Agos, dont il était le rédacteur en chef, est d’ailleurs depuis peu installé dans le même bâtiment que la fondation. Mais pas de traitement de faveur pour autant : les pages d’Agos sont très bien surveillées elles aussi !


Adèle Binaisse

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