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Médias : les terroristes doivent-ils avoir une identité rendue publique ?

Devons-nous donner un visage à ceux qui défigurent la République ? Parce que la médiatisation des terroristes qui attaquent la France est un risque, il est aussi un enjeu social de taille. Journalistes, politiques et spécialistes se concertent pour trouver une solution.

13874996_1176047882446365_470443987_nLe portrait de Salah Abdeslam, seul rescapé du commando des attentats du 13 novembre, a été largement diffusé sur les chaines de télévision.

Comme si l’horreur ne devait avoir aucun visage, comme si ces bourreaux devaient perdre toutes identités pour être rapidement oubliés. C’est réconfortant, parfois, d’oublier un visage qui effraie. Celui de la menace. Mais ils existent, ont un nom et une identité, eux qui frappent la France et sont en train de créer une société de peur et de division.

Et pourtant, être partisans de l’anonymat justifie une lutte contre Daech, une lutte contre l’héroïsme de ses « martyrs » et une surmédiatisation de leurs actes barbares qui peut vite évoluer en communication et banalisation …de la peur. Un panneau dans lequel ne pas tomber, un risque à ne pas prendre.

Justement, « ni photo ni nom complet dans les médias pour les auteurs d’actes de terrorisme ». C’est ce que réclame une pétition « Pour l’anonymat des terroristes dans les médias » lancée sur la plateforme change.org. « Diffuser l’identité des tueurs n’apporte rien, mis à part une notoriété d’outre-tombe pour l’auteur ou les auteurs de massacres » déclare son auteur.

Il a obtenu 72 515 soutiens à ce jour, relançant ainsi un débat déjà amorcé après les attaques contre Charlie Hebdo et celles du 13 novembre, à la suite desquelles des pétitions similaires avaient été lancées.

Les médias ne doivent pas devenir « oxygène du terrorisme »

Ces débats s’accompagnent ces derniers temps d’une question plus large sur le traitement médiatique du djihadisme : en couvrant de façon extensive les attentats et l’émotion suscitée, les médias participent-ils à diffuser le sentiment de terreur recherché par les djihadistes ? « Les médias sont l’oxygène du terrorisme », a assuré le juge antiterroriste David Benichou sur France Inter le 25 juillet.

Le débat s’invite évidemment dans les rédactions. À la suite des attentats de Nice, Le Monde a décidé de ne plus publier de photographies des auteurs de tueries « pour éviter d’éventuels effets de glorification posthume ». Ouest-France a pris la même décision après la prise d’otage meurtrière dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray. Dans son édito de ce jour, Jérôme Fenoglio, le directeur du Monde estime que « les sites et journaux qui produisent ces informations ne peuvent plus s’exonérer d’un certain nombre d’introspections ».

Pour les partisans de l’anonymat, l’organisation terroriste État islamique recherche la médiatisation de ses terroristes et une certaine héroïsation posthume. Ils signalent que l’on garde davantage en mémoire le nom des djihadistes que ceux des victimes.

Pourtant, il y a aussi des risques pour les médias. Le public s’en prend aux chaînes de télévision quand elles mettent trop de temps à lancer leur couverture d’un attentat. Plus grave selon les spécialistes, « ne pas publier ces données développerait les théories du complot déjà nombreuses alors que les informations circulent ». D’autant plus que le droit à l’information est inscrit dans la Constitution.

Dans la confusion, la volonté d’une éthique collective des journalistes 

La question est de savoir comment préserver la liberté de l’information tout en gardant une certaine décence vis-à-vis de la mémoire des victimes.

De ce fait, des propositions devraient être faites à la rentrée, avec Axelle Lemaire, secrétaire d’État chargée du numérique, et le ministère de la Culture et de la Communication, ainsi qu’avec Juliette Méadel pour « essayer de convaincre et de faire en sorte que l’ensemble des médias se mettent d’accord autour d’une éthique et de précautions à prendre dans le signalement des victimes et la manière dont on traite les auteurs » de ces attaques.

Un but ambitieux, mais pas moins nécessaire.

Guillaume Asmanoff. 

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