Art, Culture

Mehmet Güleryüz : 50 ans d’expérience artistique

Le musée Istanbul Modern, se trouvant sur la rive européenne, présente une nouvelle rétrospective du peintre turque Mehmet Güleryüz. L’exposition intitulée « Ressam ve Resim : Mehmet Güleryüz », en français « Peintre et peinture : Mehmet Güleryüz », ayant commencé le 8 janvier dernier se tiendra jusqu’au 28 juin prochain. Retour sur la vie du peintre et ses œuvres.

Peintre turque âgé de 76 ans, Mehmet Güleryüz est né en 1938. Il a étudié dans les années 60 à l’Université d’Art d’Istanbul. Il étudie en parallèle le théâtre et entame une carrière professionnelle, notamment au Théâtre de l’Arena, dirigé par Asaf Çiğiltepe. Il a aussi vécu et étudié à Paris entre 1970 et 1975.

???????????????En l’espace d’un demi-siècle, l’artiste a réussi à se forger une réputation solide, et à conforter sa place au sein du milieu artistique turque. La rétrospective, prenant place actuellement à Istanbul Modern, présente une ébauche de diverses œuvres conçues par l’artiste entre les années 1960 et 2010. Utilisant un langage à la fois critique et ironique, Güleryüz exprime principalement, à travers ses œuvres, l’effet des changements socio-culturels, ou encore politiques, de la Turquie sur ses citoyens. L’exposition met en lumière les différents moyens employés par l’artiste dans le but de s’exprimer : peinture, dessin, sculpture, gravure, et théâtre. Prenant place précisément dans le hall d’exposition du musée Istanbul Modern, la rétrospective présente près de 450 œuvres, dont 300 tableaux et dessins.

Organisée par le directeur du musée, M. Levent Çalıkoğlu, l’exposition présente les œuvres de Güleryüz de manière chronologique. On retrouve parmi les nombreuses et diverses œuvres que l’artiste a produit dès 1960 les grandes thématiques dominantes : les conditions sociales, la famille en tant qu’entité sociale, les facteurs socio-économiques et environnementaux, la relation entre l’homme et la Nature, et les problèmes existentiels, autrement dit, les questionnements philosophiques auxquels chacun de nous se trouve confronté tels que la finalité de la vie et le rôle respectif de chacun dans celle-ci.

Conférence de presse

La conférence de presse tenue en fin d’après-midi rassemblait le peintre à l’honneur, la présidente du conseil d’Istanbul Modern, Mme Oya Eczacıbaşı, et le directeur du musée et commissaire d’exposition Levent Çalıkoğlu. Durant celle-ci, Mehmet Güleryüz a commencé par examiner et expliquer la relation entre le peintre et la peinture  : « La question n’est pas de faire de la peinture, mais plutôt de penser la peinture. Un peintre est une personne qui pense la peinture (…) Je suis allé où mon amour de la peinture m’a conduit. » Voulant toujours en apprendre plus sur l’Art, le peintre, également comédien, affirme qu’un artiste, un vrai, se doit de courir le risque de créer des choses différentes de ce que les individus connaissent. Pour appuyer son point de vue, il explique : « La personne que nous appelons artiste remodèle les images qu’elle choisit compte tenu de son expérience personnelle, et de ses connaissances. » Par la suite, Mehmet Güleryüz souligne que l’exposition englobe toutes les périodes de son art et insiste : « Le but de cette rétrospective est d’exposer l’ensemble de mon travail, non seulement aux spectateurs, mais aussi à la scène artistique dans sa globalité. »

La présidente du conseil du musée a pour sa part noté que la rétrospective Peintre et peinture de Mehmet Güleryüz « se concentre sur l’histoire personnelle d’un artiste qui a connu un succès tel, qu’il lui a permis de gagner sa vie par sa propre peinture, et ce sans dépendre d’une quelconque institution ».
En outre, Oya Eczacıbaşı a ajouté que la personnalité de M. Güleryüz était celle d’une personne curieuse qui se pose constamment des questions, et qui dispose d’un esprit vif et critique : « L’exposition reflète l’énergie inépuisable, la quête artistique incessante, et la créativité de Mehmet Güleryüz. »

Levent Çalıkoğlu déclare pour sa part que la personnalité et l’identité de Mehmet Güleryüz sont dissimulées derrière celles de tous les personnages qu’il a créés : « Mehmet Güleryüz est peut-être le premier peintre contemporain en Turquie ayant levé le voile sur sa propre personnalité à travers les personnages qu’il a créés et présentés au public. Par conséquent, nous devons voir Güleryüz non seulement comme un peintre et un artiste qui représente la transformation sociale à travers les yeux des individus, mais aussi en tant qu’être humain à l’œil vif ».

Barbarie & poésie

Dans le tableau intitulé Abu Ghraïb, le peintre pointe du doigt les Abu_Ghraïbsévices dont ont été victimes les prisonniers Irakiens dans cette prison à partir de 2003. Une femme, américaine, martyrise un homme à terre, lui montrant ses seins. Pour ce musulman, voir cette étrangère dénudée est le comble du déshonneur. Dans cette prison rouverte par les américains lors de leur arrivée en Irak, de nombreux actes de maltraitance ont été dénoncés en 2004. Le peintre montre ces agressions sexuelles, ces violences d’une grande barbarie avec un réalisme fulgurant. Il peint la dure réalité du monde d’une manière crue, viscérale, âpre. L’Art n’a pas de dessein allégorique dans cette peinture. Il est vif, brutal, il prend aux tripes.

Le tableau nommé I am listenning to Istanbul, en français J’écoute Istanbul est quant à lui inspiré du poème portant le même titre écrit par le célèbre poète turque Orhan Veli. Né en 1914, et mort jeune, à l’âge de 36 ans, à Istanbul même, Veli entame des études de philosophie qu’il n’achève pas, puis devient traducteur. Aussi, on lui doit une autre œuvre célèbre : Git gidebildiğin yere (Va jusqu’où tu pourras). Le tableau du peintre, tout comme le poème du poète, porte principalement sur la nature. On y voit la mer, le ciel, les oiseaux, etc. Les couleurs dominantes sont assez sombres, avec toutefois des nuances claires, et vives. Le mélange du bleu nuancé avec du jaune, et un soupçon d’orange offrent un spectacle final très agréable au regard. La dominance sombre renvoie à la nature calme du poème, où Veli « ferme les yeux » et ressent la vie d’Istanbul.

Adèle Binaise et Sara Ben Lahbib

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