Chroniques

Mes meilleurs voeux

Vous fêtez cette semaine l’anniversaire d’un parent éloigné. Vous ignorez son patronyme, vous avez oublié le nom du village dans lequel il a vécu, vous savez juste qu’à un moment il a fait partie de votre famille. A-t-il vécu heureux et confiant ? S’est-il senti appartenir à cette terre ? Sans doute a-t-il été comme le « premier homme » de Camus, souhaitant seulement une vie simple et libre.

Mais un jour, il est mort, et c’est curieusement cela que vous fêtez. Les conditions de sa mort sont mystérieuses, discutées depuis des décennies, en famille et au-delà. Mais il est bien mort, et il est facile d’imaginer qu’il n’est pas mort de sa « belle mort ». Alors, vous vous souvenez, vous essayez de vous souvenir, à l’aide de quelques rares photos jaunies, grâce à des témoignages vacillants.

Le problème, c’est la douleur du souvenir. Vous n’avez pas connu ce parent, vous ne savez presque rien de lui, et pourtant, sa mort vous hante. Une absence non résolue, un manque non identifié. Et puis, tous ces déchirements d’égos, pour tenter d’approcher…une vérité ? Impossible de savoir si le fait de “toucher” le fait historique amoindrit la douleur, éclaircit le souvenir. Non, le souvenir reste trop sombre et lourd, il est peu probable que les textes et le “verbe”, qui s’accumulent d’année en année, permettent d’alléger la peine. Vous restez seul avec votre présence fantôme.

Encore faut-il au moins reconnaître cette présence, et cette douleur. « Souviens-toi, mon chéri, les morts entendent quand tu parles d’eux » : paroles de réconfort, de la grand-mère de Badinter, certainement destinées à ce jeune enfant qui ne comprend pas l’absence éternelle. À défaut de vérité historique, on peut opter pour la sincérité du sentiment. La résilience dans l’affection, la pensée bienveillante.

Bon anniversaire.

Valérie Sanchez

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