Culture, Société

Métamorphoses stambouliotes

Orhan Pamuk, qui dépeint à la perfection la vie, les bâtiments du vieil Istanbul dans son passé récent, cisèle à nouveau Istanbul dans son dernier livre intitulé “Kırmızı Saçlı Kadın” (“La Femme aux Cheveux rouges”) édité en février dernier aux éditions Yapı Kredi.

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La blessure ressentie par Pamuk en relatant dans les moindres détails la structure architecturale et sociale d’Istanbul il y a plus de trente-quarante ans, est devenue la souffrance commune à tous ceux qui aujourd’hui se disent Stambouliotes.

A Istanbul, où l’on s’est acharné à détruire tout ce qui appartient au passé, celui qui se sent fort et grand, essaye de détruire, d’avaler le faible, le petit.
Dans ce dernier livre, Pamuk livre au lecteur d’aujourd’hui les détails les plus remarquables de l’Istanbul de l’époque.
Nous vivons à présent dans une ville où il n’y a plus de maisons avec puits dans le jardin. Désormais, nous ne connaissons plus les termes de faubourg ou de banlieue.

Kırmızı Saçlı Kadın

Dans cet état de fait, le maître puisatier Mahmut, l’un des héros du roman, n’a plus lieu d’être. Et le fait que simultanément, dans l’oeuvre, on relate en détail comment l’apprenti puisatier est devenu un grand entrepreneur, démontre que l’accent qu’il convenait de mettre sur le facteur le plus important du changement social a très bien été rendu dans la fiction.

Les principaux éléments qui aident à transposer dans la fiction le changement de l’actuelle Istanbul : la construction, l’eau et la route, constituent également les principaux matériaux du roman.

En décrivant en détail le passé d’Istanbul, Pamuk, dans son dernier livre, fait ressentir au lecteur la vitesse, la densité, l’insensibilité et donc le caractère impitoyable de notre vie actuelle. Pour cela, il a utilisé deux mythes de base de l’Occident et de l’Orient. Il a ainsi comparé “Œdipe Roi” de Sophocle et le célèbre “Rostam et Sohrab” iranien.

Bozacı, que nous connaissions du précédent roman, “Kafamda bir Tuhaflık » (“Une Etrangeté dans mon esprit”) est devenu dans ce roman l’apprenti puisatier !

En bref, dans ses deux derniers livres, Orhan Pamuk décrit, par l’exemple d’Öngören,  l’un des quartiers proches d’Istanbul, un processus dramatique et sans retour causé par la migration et le changement. Et c’est le secteur de la construction qui a précipité son changement et sa destruction.

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Un autre de nos artistes s’attache à décrire ce processus de changement : c’est Bedri Baykam, qui a été marqué par la création de la République turque. Evoquant dans ses peintures le processus de modernisation de la Turquie, il suit de près le changement politique et social du monde au cours du siècle dernier.

Comme nous le voyons chronologiquement dans le livre d’Öyku Eren qui vient de paraître, « Bedri Baykam sous la plume des critiques« , Baykam, en faisant prendre à l’histoire de l’art en Turquie un virage important au fil de ses expositions produites depuis les années 1980, a créé de nombreuses œuvres dignes de réflexion.

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Bref, l’un décrit le développement, la transformation sur un plan “macro”, l’autre dépeint au niveau “micro”.

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Eau-Construction-Industrie-Construction … c’est dans ce cercle vicieux qu’est plongée Istanbul. On a trouvé de l’eau, on a construit, l’industrie s’est installée. L’eau s’est tarie, l’industrie est en difficulté, mais la construction se poursuit. Désormais, dans ces successions de phases, nous avons atteint le dernier anneau d’une spirale terrible, dépourvue de nature, éloignée de l’esthétique, que nous appelons croissance.
Dr. Hüseyin Latif

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