Société

Meurtre du journaliste Nuh Köklü : « Il est tombé sur mon couteau »

En février dernier, le journaliste Nuh Köklü avait été victime d’une agression au couteau dans le quartier de Kadıköy à Istanbul et avait succombé à ses blessures quelques heures plus tard. Son agresseur, Serkan Azizoğlu, un épicier du quartier arrêté le 19 février, vient d’être jugé par la Haute Cour pénale d’Istanbul.

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Nuh Köklü, ex-rédacteur en chef du site Bianet (2002-2003) et ancien journaliste chez Sabah ou encore NTV, avait été poignardé en février dernier, alors qu’il s’adonnait à une simple bataille de boule de neige en compagnie de ses amis dans les rues du quartier de Yeldeğirmeni, situé à Kadıköy, sur la rive asiatique d’Istanbul. L’homme de 46 ans avait accidentellement lancé une boule de neige sur la devanture d’une épicerie. Son propriétaire, Serkan Azizoğlu, était alors sorti furieux et avait poignardé Köklü dans un accès de rage, après l’avoir vivement menacé devant sa compagne et ses amis.

L’agresseur, qui avait été arrêté le jour suivant, vient d’être jugé par la Haute Cour pénale d’Istanbul. Lors de son procès, des connaissances de Köklü, comme le vice-président du Parti républicain du peuple (CHP) Gürsel Tekin, le député du Parti démocratique du peuple (HDP) d’Izmir Ertuğrul Kürkçü, le député CHP d’Istanbul Barış Yarkadaş et le coprésident du Parti de la liberté et de la solidarité (ÖDP) Alper Taş ont tenu à être présents.

Pendant le procès, l’accusé s’est défendu d’avoir voulu poignarder son opposant. « Je ne l’ai pas tué, il est tombé sur mon couteau », a-t-il déclaré à la Cour, avant de reprendre : « je n’accepte pas les accusations. Ils ont jeté des boules de neiges sur la façade de ma boutique (…) Je leur ai dit d’arrêter mais ils ont continué. J’ai attrapé une batte et un couteau quand ils ont commencé à me battre et à m’insulter (…) Je n’ai puni personne, au contraire, j’ai été battu. »

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L’épicerie de Serkan Azizoğlu.

L’avocat de l’accusé, Mehmet Ümit Erdem, a par ailleurs rappelé les propos du président Recep Tayyip Erdoğan, que l’Association des journalistes turcs avait tenu pour responsable du meurtre de Köklü : « un commerçant devient un policier, si besoin est, et un héros en conséquent ». Ce à quoi l’accusé a répondu : « un commerçant est un commerçant, un policier est un policier, si j’avais appelé la police, elle serait arrivée trop tard ». Le frère de l’accusé avait d’ailleurs tenu à adresser une lettre personnelle au président. Dans cette lettre, il rapportait que Nuh  Köklü était un des manifestants de Gezi, et que ces derniers constituaient les membres d’une secte religieuse qui demandaient régulièrement de l’aide au président.

La Cour a annoncé que la prochaine session se tiendrait le 21 octobre et qu’entre-temps, l’accusé resterait en détention. Des témoins et des plaignants seront entendus durant cette session ainsi que des enregistrements vidéo de l’agression qui seront examinés par la Cour.

Sophie de Tapia

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