Découverte, Société

Michèle Fitoussi, Nathalie Loiseau, Elif Şafak : trois femmes aux parcours exceptionnels

Hier, dimanche 29 mars, se tenait au sein de l’Institut français d’Istanbul une conférence-débat avec trois femmes influentes aux parcours exceptionnels : Michèle Fitoussi, Nathalie Loiseau et Elif Şafak.

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Michèle Fitoussi, Yazgülü Aldoğan, Elif Şafak et Nathalie Loiseau.

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Muriel Domenach, Consul général de France à Istanbul.

Dans la lignée de la Journée internationale de la femme, célébrée il y a peu dans le monde entier, le Consulat général de France à Istanbul ainsi que son Institut français ont organisé hier une rencontre avec trois femmes de renom. Pour l’occasion, la journaliste Yazgülü Aldoğan, qui faisait office de modératrice, a fait dialoguer la journaliste, écrivaine et scénariste française Michèle Fitoussi, la diplomate et actuelle directrice de l’ENA Nathalie Loiseau, et l’écrivaine turque à la réputation internationale Elif Şafak. Ont été abordées des thématiques telles que l’engagement personnel et professionnel des femmes actuellement, ou encore l’articulation entre féminité et modernité.

Après un discours de bienvenue et de remerciements donné par Muriel Domenach, le Consul général de France à Istanbul, la modératrice a pris la parole, remerciant Mme. Domenach de lui avoir confié cette « mission » avant de consacrer une parenthèse aux « femmes de ce siècle qui subissent toutes sortes d’atrocités telles que viols, meurtres, etc. ». Enfin, Yazgülü Aldoğan a accueilli sur scène les trois intervenantes.

Des milieux et parcours différents ; des aspirations proches

Michèle Fitoussi est écrivaine, journaliste et scénariste française. Elle a pendant de nombreuses années été éditorialiste et grand reporter au sein du magazine ELLE. Née en Tunisie, elle est l’aînée d’une sororie. Sur son éducation, elle tient à rendre hommage au soutien permanent de ses parents pour lesquels : « tout est possible ». De plus, son orientation vers le journalisme a été impulsée par sa « curiosité de découvrir les autres, et de le raconter ». Elle a par ailleurs produit plusieurs ouvrages sur les femmes notamment le best-seller Le ras-le-bol des Super Women (1987) et La nuit de Bombay (2014), qui revient sur la vie de Loumia Hiridjee, créatrice de la marque Princesse tam.tam et victime des attentats de 2008 à Bombay.

Nathalie Loiseau est diplomate et a représenté la France dans de nombreux pays sur différents continents. Elle a travaillé au sein du Ministère des affaires étrangères comme Directrice des ressources humaines ou encore comme Directrice générale de l’administration. Diplômée de Sciences Po Paris puis de l’Institut national des langues et civilisations orientales, Mme. Loiseau a affirmé : « l’ambition qu’avaient mes parents pour mon frère est différente de celle qu’ils avaient pour moi ». Elle est actuellement à la tête de la prestigieuse Ecole nationale d’administration. Maman de quatre enfants, elle est l’auteur du livre  Choisissez tout où, à partir de son expérience personnelle, elle invite les femmes à repenser leur relation à la famille, à la vie professionnelle, ainsi qu’aux hommes.

Elif Şafak est décrite comme l’un des « écrivains les plus lus ». Diplômée des relations internationales et titulaire d’un doctorat sur les études de femmes et les sciences politiques, elle aborde dans son œuvre, traduite dans plus de 40 langues, des thèmes comme la mémoire, la non-appartenance, l’amour, les dilemmes identitaires, la créativité, ou encore les droits des minorités. Parmi ses livres parus en langue française, il y a Bonbon Palace, La Bâtarde d’IstanbulLait Noir, Soufi mon amour, et, tout récemment, L’Architecte du Sultan. Très demandée, l’écrivain turc natif de Strasbourg est par ailleurs coutumière des conférences pour en avoir déjà donné sur des sujets comme « La Turquie et les identités culturelles » et « Les femmes et la littérature ».

Femmes, féminisme & éducation

La curiosité est à la fois le dénominateur commun et le moteur de ces trois femmes. Dans le cadre du livre Choisissez tout de Nathalie Loiseau, Yazgülü Aldoğan a posé une question portant sur les attentes que les parents, la famille, et la société, prise dans sa globalité, ont d’une fille. À cette question l’intéressée a répondu : « Mes parents n’avaient pas la même ambition pour moi, comparée à celle qu’ils avaient pour mon frère. On invite très rapidement un garçon à être aventurier, tandis qu’on attend plus d’une fille qu’elle soit douce, altruiste. Pour ma part, l’ambition n’était pas le moteur, la curiosité et la passion l’étaient ».

La curiosité, une qualité que Michèle Fitoussi partage : « La curiosité et la découverte de l’autre est ce qui m’a motivée à devenir journaliste ». C’est ensuite la question de l’éducation qui a été posée à ces trois mamans. « J’ai une fille et un garçon, et je pense que tout est possible pour les deux », a ainsi répondu sans hésiter Michèle Fitoussi. Aussi, de fil en aiguille, le sujet des enfants et de leur éducation a débouché sur celui de la maternité. Sur ce point-là, un retour a été fait sur le livre Le Ras-le-bol des Super Women où Mme. Fitoussi traite du « syndrome de perfection » dont sont atteintes les femmes de ce XXIe siècle voulant être à la fois de  « parfaites épouses, de parfaites mères, briller dans leurs carrières, et c’est quelque chose que la majorité quelque part réussit, mais qui est très compliqué ».

femmes_institut_2Mme. Loiseau a pour sa part confié que « ce n’était pas facile, mais j’ai eu beaucoup de bonheur à avoir mes enfants » avant d’ajouter : « Aujourd’hui, il existe une littérature ‘hystérique’ sur comment être une bonne mère. Je dirais que ce qui est important, c’est la joie, pas la perfection ». Sur le sujet de la maternité toujours, Elif Şafak a évoqué la « dépression post-natale », qui est « normale, et que les femmes arrivent à surmonter ».

Dans la carrière d’une femme, avoir des enfants est un choix, assumé ou pas, mais toujours est-il que l’équation vie personnelle/vie privée doit être considérée. Ensemble, Nathalie Loiseau et Michèle Fitoussi privilégient le terme « équilibre » à « conciliation ». Elles considèrent en effet que le second laisserait sous-entendre qu’un des rôles assumés est, un tant soit peu, délaissé, alors qu’il est question de savoir agencer les deux vies, et aménager du temps tant pour son travail que pour sa famille.

Par ailleurs, en tant que directrice d’une grande institution, Nathalie Loiseau s’est prononcée sur le paradoxe entre la représentation conséquentes des femmes dans les études supérieures -60% des diplômés de Master en Europe sont des femmes- et l’accession minime de celles-ci aux postes de responsabilités : « Il y a une résistance dans notre société archaïque. Nous disposons des outils de travail du XXIe siècle mais les mentalités, elles, sont restées anciennes. Cela explique en grande partie pourquoi les choses ne bougent pas (…) Je ne crois pas que ce soient les hommes qui empêchent les femmes d’y arriver, je crois plus que ce sont les anciens qui refusent quelque chose de nouveau, de moderne. »

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Sur le féminisme, Mme. Fitoussi a présenté sa vision des choses : « Je crois en l’égalité des droits, mais aussi des devoirs entre les hommes et les femmes, et ce dans la sphère publique, à savoir le droit à l’éducation, la santé, etc. ; et dans la sphère privée, c’est-à-dire le partage des tâches, de la garde des enfants. Mais, naturellement, biologiquement, les hommes et les femmes ne sont pas pareils. »

« Je ne suis pas féministe parce que je suis une femme, mais parce que je crois en l’égalité », a-t-elle ensuite précisé tandis que, de son côté, Nathalie Loiseau affirmait : « Mon féminisme à moi se résumerait à cette phrase : Choisissez par vous-même vos propres normes en fonction de vos propres sensibilités. »

Sara Ben Lahbib

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