International, Politique

Le Monténégro, un nouvel enjeu entre l’Occident et la Russie ?

Le printemps 2017 aura été riche dans les Balkans avec notamment un changement marquant de président de la République en Serbie, ouvrant peut-être la voie à une normalisation de la marche de ce pays vers son adhésion à l’Union européenne. Mais, fin avril 2017, c’est le petit État du Monténégro (600 000 habitants) qui aura fait parler de lui avec son adhésion à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). À ce titre, le 19 mai fut une date très importante puisque le protocole d’intégration devait être signé ce jour-là au quartier Général de l’OTAN à Bruxelles. Approuvé avec enthousiasme par le président des États-Unis, Donald Trump, ce geste a été sévèrement condamné par la Russie dont on sait à quel point celle-ci cherche à rétablir son influence sur une partie de l’ex-bloc de l’Est et particulièrement dans les États de l’Ex-Yougoslavie. On se souviendra à ce sujet de l’opposition de Moscou à la création d’un Kosovo indépendant majoritairement albanais au début des années 2000 sans oublier pendant la guerre de dissolution de la Yougoslavie la grande popularité dont jouissait la Russie auprès de la Serbie.Le Monténégro – qui, rappelons-le, présente un débouché maritime sur la côte de la mer Adriatique – complète ainsi la liste des autres États des Balkans qui ont adhéré à l’OTAN. En effet, on compte déjà comme membre, au sud de cet espace ex-yougoslave que l’on appelle désormais « Balkan de l’Ouest » : l’Albanie au sud (même si elle ne fut jamais intégrée dans la Yougoslavie), la Croatie et la Slovénie au nord ; mais aussi, des États candidats : La Macédoine et la Bosnie Herzégovine. Seule la Serbie n’est pas encore candidate dans la région. À cela s’ajoute la Bulgarie qui, pour les Balkans orientaux, en est membre ; et enfin l’intégralité des autres pays membres de l’ex-bloc soviétique avec, du sud au nord, la Roumanie, la Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque, la Pologne et les trois États baltes. L’Allemagne réunifiée ayant quant à elle absorbé l’ex-RDA.

Après un rapide coup d’œil sur cette carte, on comprend ainsi pourquoi les élargissements successifs de l’OTAN en Europe de l’Est ou dans les Balkans préoccupent toujours la Russie. N’avons-nous pas là la poursuite du processus engagé depuis la chute du mur de Berlin et ce que l’on a appelé la réunification de l’Europe ?

Le Monténégro, et plus particulièrement son président Dusko Markovic, était en tant que 29e membre de l’OTAN parmi les invités du sommet de Bruxelles le 29 mai dernier. Le président monténégrin posant fièrement aux côtés d’un Donald Trump pour lequel c’était la première manifestation de ce type.

Un espoir réside peut-être sur le plan diplomatique après la première rencontre entre Vladimir Poutine et le nouveau président français, Emmanuel Macron, le 29 mai dernier au château de Versailles dans la salle dite des Batailles. Nous devions assister en effet à un début de normalisation des relations avec la Russie. Si cette voie se concrétisait tout comme celle d’une relance de l’Union européenne par le biais du couple franco-allemand nous aurions alors peut-être une possibilité d’apaisement de cette longue période de raidissement entre Moscou et l’Occident. Sur le plan diplomatique, cela serait alors l’aboutissement d’une Europe remise en marche par le couple franco-allemand ; une sorte de retour à la période gaullienne et à un positionnement original entre l’Est et l’Ouest qui, après la politique indépendante menée par le Général de Gaulle de 1958 à 1969, fut poursuivie avec l’Ost Politik de Willy Brandt de 1969 à 1974, tout cela aboutissant aux accords d’Helsinki signés le 1er aout 1975 et ouvrant la voie à une certaine détente en pleine guerre froide.

Sans aller jusque-là, mais dans ce contexte d’optimisme qui souffle sur l’Europe depuis la victoire d’Emmanuel Macron le 7 mai dernier, il ne faut néanmoins pas oublier que pour l’ensemble de ces ex-pays dits « de l’Est », les « PECO », mais aussi « l’ancienne Yougoslavie », la même double interprétation vis-à-vis de l’OTAN et de l’UE subsiste de manière irrémédiable ; à savoir que dans le processus de fin de la domination soviétique ou de son influence sur ces pays on a toujours en premier lieu souhaité assurer le volet sécurité face à un retour de la puissance russe que l’on pouvait toujours craindre en ralliant l’OTAN, et ensuite, par un processus d’adhésion à l’Union européenne, assurer une prospérité économique que l’on espérait. Dans le cas du Monténégro, il est évident que les manifestations hostiles de Moscou envers cette démarche n’ont fait que renforcer ce souhait d’entrer dans l’Alliance. En revanche, rappelons à la suite de cette entrée, qui fut officielle le 5 juin dernier, que l’UE telle qu’elle existe en 2017, et tel qu’elle sera sans doute relancée, est depuis bien longtemps un projet global qui est bien plus qu’une simple union douanière comme elle l’était du temps de la CEE. En cela, on ne peut que regretter que les nouveaux adhérents ne voient en elle qu’une sphère de prospérité économique. Cette vision qui perdure encore aujourd’hui est hélas à l’origine du désenchantement européen produit notamment par les effets de la grande crise de 2008 qui n’est toujours pas terminée.

Au lendemain du retrait des États-Unis des accords de Paris sur le climat (COP 21), et du fait que l’Union européenne a été mise en face de ses responsabilités qui s’en est suivie, notamment autour de la dynamique européenne provoquée par l’élection du nouveau président français, nous ne pouvons qu’espérer un renouveau de l’image de la construction européenne qui pourrait alors reprendre toute sa place dans la grande redistribution des enjeux diplomatiques que nous sommes en train de vivre depuis quelques années.

Dr Olivier Buirette

 

1 Comment

  1. Xavier

    Très bon article. Bravo !

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