International, Politique, Société

Le Moyen-Orient, une poudrière imprévisible

Le Moyen-Orient est au coeur de l’actualité en permanence. Les conflits qui s’y déroulent et leurs enjeux géopolitiques déterminent l’agenda international.

Récemment, les exécutions de plusieurs journalistes anglophones par des jihadistes de l’EI ont terrorisé l’Occident et ont déclenché la troisième guerre d’Irak. Dans les rangs de cette nouvelle organisation terroriste, on compte des centaines d’européens. Des britanniques, des norvégiens et des français qui ont d’abord rejoins la rébellion syrienne après l’échec du Printemps arabe. Un Printemps révolutionnaire naît en Tunisie qui promettait libertés et démocratie à l’ensemble de la région. Mais le chaos qui règne aujourd’hui au Moyen Orient ne laisse envisager qu’un scénario apocalyptique.

L’échec des Révolutions arabes

Moyen-OrientPourtant, lorsque les régimes autoritaires du Maghreb et du Proche Orient chutent, en 2011, l’espoir démocratique envahit la région. Les peuples arabes se révoltent: contre les inégalités au sein de la société, les libertés bafouées et surtout la corruption et l’abus de pouvoir de leurs dirigeants. Ben Ali, en Tunisie, en fût la première victime, suivi de Moubarak et de Khaddafi. Même le royaume marocain change de constitution le 1er 2011 pour répondre aux attentes de la population. Porté par la jeunesse, le nouvel idéal défendu rassure l’Occident. Enfin le Moyen-Orient serait prêt à instaurer des républiques démocratiques. L’illusion est de courte durée. Quelques mois plus tard, les grands gagnants de ces Révolutions s’avèrent être les Frères musulmans. Même en Tunisie, considéré comme le pays le plus ouvert du Moyen-Orient, les droits acquis des femmes sont menacés par l’islam politique du parti Ennahda au pouvoir. En Egypte, l’élection de Mohamed Morsi, en juin 2012, marque l’instauration des Frères musulmans au pouvoir dans un pays d’une importance géostratégique majeure. Destitué par le peuple soutenu par l’armée, Mohamed Morsi quittera le pouvoir en juin 2013. Son successeur, Fatah al Sissi, instaure une dictature militaire venant étouffer la révolution.

La montée de l’Islam radical

La Syrie est sûrement l’exemple le plus tragique de l’échec des révolutions populaires. Ravagé par une guerre civile, le pays est complètement détruit. C’est sur ces ruines, que l’islamisme le plus radical a posé ses fondations. Les jihadistes du monde entier viennent combattre avec le Front Al-Nosra, allié de circonstance puis ennemi juré de l’Armée syrienne libre, contre Bachar Al Assad, au côté de la population syrienne révolutionnaire. Le pays est devenu le terrain d’expansion du Daech dont le dirigeant, Abou Bakr el Baghdadi, a proclamé, le 29 juin dernier, le rétablissement d’un califat islamique qui s’étendrait à l’ensemble du monde musulman, soutenu par les filiales d’Al Qaida à travers le monde, ou encore Boko Haram au Nigéria. C’est aussi le terrain d’une partie de géopolitique internationale opposant Poutine et Obama. La menace terroriste du Daech pèse sur la région, poussant le Président américain à revoir sa décision de non-intervention.

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L’ingérence des pays du Golfe

La montée de cet islamisme à la suite des Révolutions arabes est principalement due à l’ingérence des monarchies du Golfe. Craignant que les revendications populaires envahissent également leurs rues, l’Arabie Saoudite et le Qatar financent les partis conservateurs du Maghreb et du Proche-Orient. Par la même occasion, ils se livrent une guerre d’influence: le premier soutenant les salafistes et le second les Frères musulmans. Les prêts, accordés à l’Egypte ou à Gaza, se sont faits en échange d’un alignement idéologique. Ainsi, le salafisme, qui implique une lecture stricte du Coran, s’est implanté dans la région, jusque dans les quartiers pauvres tunisiens où des imams saoudiens endoctrinent la population. Les populations arabes deviennent alors les victimes du changement qu’elles ont insufflé. La volonté de construire un Grand Moyen-Orient a aveuglé les dirigeants des pays du Golfe qui n’ont pas pris en considération les différences entre chaque pays. Car, même si la Tunisie, le Yémen, la Libye, ou l’Egypte sont des pays musulmans, leur pratique de l’Islam diffère, de même que leur degré de tolérance.

La longue quête de régimes appropriés

Ces pays sont à la recherche d’un équilibre entre pratique religieuse et démocratie, loin du modèle imposé par les pays du Golfe mais aussi, loin du modèle occidental. L’Occident, notamment la France, qui a contribué à la chute de Khaddafi en Libye, espérait y voir naître un régime politique de type européen. L’Iran, menacé par l’EIIL sunnite fortement anti-chiite, tente donc de s’imposer comme arbitre dans la région. La Turquie, carrefour malgré elle du jihad syrien, peut aussi jouer un rôle essentiel. Ce pays, mi-asiatique, mi-européen, qui a soutenu les révolutions arabes, est souvent présenté comme un modèle pour les pays du Moyen-Orient. Un modèle dont le conservatisme religieux inquiète tout de même.

Nesrine Sl

 

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