Société

« L’homme moderne est l’avenir de la femme »

Mardi dernier, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, une réception s’est tenue au Palais de France d’Istanbul. Le Consul général de France à Istanbul, Mme Muriel Domenach a reçu près de 250 femmes aux profils divers, puisqu’issues de la politique, du monde des Affaires, des médias, ou encore des organisations et associations étaient présentes.

Mardi 10 mars dernier débutait à 18h, avec un discours donné en français et en turc par le Consul général Muriel Domenach a naturellement commencé par accueillir l’audience et lui expliquer la raison l’ayant incitée à tenir une réception de la sorte : « Parce que je suis une femme. Et si une femme au Consulat général ne célèbre pas la journée de la femme au Palais de France. Qui le fera ? »

Une phrase accueillie par un flot d’applaudissements de la part des invitées. Elle a ensuite souligné le fort engagement de la France envers l’égalité hommes-femmes, en rappelant la réception par François Hollande des 100 femmes « qui font la France » dimanche dernier.

« L’activité des femmes est indispensable à la croissance »

IMG_1982Le Consul général s’est penché sur le « modèle français ». L’Hexagone jouit d’un taux d’activité féminine élevée et, en même temps, du plus fort indice de fécondité de l’Union européenne avec l’Irlande. Et ceci est rendu possible grâce à la prise en charge de la petite enfance. Sur ce point-là, Muriel Domenach présente son exemple personnel en affirmant : « J’ai trois enfants et j’ai toujours travaillé. Quand je dis que j’ai trois enfants ici, les gens sont surpris. En France, c’est très courant. .

Par ailleurs, le Consul insiste sur le fait qu’une participation égale des femmes au marché du travail, autrement dit à l’activité économique, ferait gagner des points de pourcentage assez conséquents aux produits intérieurs bruts des pays. A titre d’illustration, elle donne l’exemple des États-Unis et de la Turquie : « Une égale participation des femmes au marché du travail ferait gagner, par exemple, 5% aux États-Unis, et 17% à la Turquie. » Finalement, elle souligne que la réduction de l’écart de la participation respective des hommes et des femmes au marché du travail est une priorité du G20 qui se réunira les 15 et 16 novembre prochains en Turquie, à Antalya.

« La promotion des femmes peut rapprocher nos deux pays »

Restant sur la thématique de la promotion des femmes, le Consul pense qu’une collaboration poussée entre la France et la Turquie s’opèrera via le rapprochement et le développement des échanges entre les deux pays. Ces échanges s’effectueraient notamment par l’organisation de visites de femmes d’affaires françaises en Turquie. Muriel Domenach ajoute que « l’Ambassade de France et le Consulat à Istanbul sont engagés en faveur des femmes dans un esprit de non polarisation ».

Violence faite aux femmes : un fléau qui persiste

Le Consul général consacre une partie de son discours à la question de la violence faite aux femmes, qui selon elle est un « problème douloureux », et qui plus est « essentiel en Turquie ». Elle rappelle que la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à égard des femmes et la violence domestique a été adoptée à Istanbul en 2011. Toutefois, elle estime que « des efforts restent à faire ».

IMG_1986Finalement, Muriel Domenach a conclu son discours en deux temps. Elle a d’abord présenté le programme des évènements à venir ayant pour objectif la célébration des femmes, et leurs droits. En l’occurrence, le Consulat général organisera le 29 mars en collaboration avec l’Institut français un panel littéraire animé par trois personnalités féminines : l’écrivain Elif Şafak, la directrice de l’ENA Nathalie Loiseau, et la romancière et journaliste française Michèle Fitoussi. Ensuite, le Consul général a tenu à lancer un appel aux hommes : « Nous avons besoin de vous Messieurs pour progresser ». Enfin, elle a repris l’expression du célèbre poète français Louis Aragon « La femme est l’avenir de l’homme » en la détournant comme suit : « L’homme moderne est l’avenir de la femme ».

Réaction des invitées 

La comédienne, mannequin et présentatrice turque Deniz Akkaya a salué l’initiative du Consulat général d’organiser une soirée célébrant la femme. Concernant la situation actuelle des femmes en Turquie, Deniz Akkaya s’est montrée un tant soit peu pessimiste. « Les droits des femmes aujourd’hui en Turquie sont bafoués. La situation n’est malheureusement pas bonne. Je suis désolée de vous dire ça », nous a-t-elle confié. Elle a ajouté que les viols et autres maltraitances faites à l’encontre des femmes ont toujours existés et perdurent. En se focalisant sur la sordide histoire de l’étudiante de 20 ans, Özgecan Aslan, agressée sexuellement et assassinée début février, elle a déploré : « Özgecan n’est pas la première, et ne sera certainement pas la dernière à subir ceci ». Pour contrer, ou du moins réduire, ces comportements atroces dont sont victimes de nombreuses femmes, en Turquie, mais aussi aux quatre coins du monde, Deniz Akkaya précise qu’il faut se pencher en priorité sur l’éducation. Selon elle, en effet, il faut « que les enfants reçoivent une bonne éducation, une éducation qui soit juste, autant pour les garçons que pour les filles. A l’école, mais aussi et surtout à la maison ». Sur la question de l’éducation, Yeşim Özsoy Gülan, directrice artistique du Genel Sanat Yönetmeni, et la journaliste Sibel Baykam partagent l’opinion de Deniz Akkaya comme quoi « Tout commence avec l’éducation ».

Finalement, interrogée sur sa conception de la Turquie idéale de demain, Mme Akkaya a répondu : « Je veux que cette Turquie soit juste. Et je veux voir, d’abord plus de femmes sur le marché du travail et des affaires, mais aussi plus de femmes qui accèdent aux postes de directions où elles sont aptes à prendre des décisions ».

Sara Ben Lahbib

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