Culture, Découverte

Nedim Gürsel : « Si Paris est mon port d’attache, Istanbul est ma ville bien aimée »

Lundi 3 octobre, l’Institut français d’Istanbul tiendra une soirée dédiée aux 50 ans d’écriture de Nedim Gürsel. Le cocktail dinatoire se fera en la présence de l’auteur qui tiendra une séance de dédicace. Il y a quelques semaines, Nedim Gürsel, écrivain turc lauréat d’une bonne dizaine de prix littéraires, retrouvait sa ville natale d’Istanbul. C’est à l’Université Galatasaray qu’Aujourd’hui la Turquie a pu rencontrer cette figure de la littérature turque contemporaine. L’occasion de revenir sur son dernier roman, Le Fils du capitaine, où il « règle ses comptes avec l’autorité. »unnamedÇa vous fait quoi d’être de retour à Istanbul, y êtes-vous souvent ?

Oui, je reviens souvent à Istanbul, bien que j’habite Paris depuis plus de quarante ans, Istanbul est une ville que j’aime. Si Paris est mon port d’attache, Istanbul est ma ville bienaimée

Justement, dans plusieurs de vos romans, notamment dans le dernier la ville d’Istanbul s’érige en véritable personnage principal. Qu’est-ce qui vous inspire de cette ville ?

J’ai été toujours sensible aux atmosphères des grandes villes. Dans mes livres, elles ont une place particulière en tant que protagonistes du récit. Le rapport étroit qu’entretient un texte littéraire avec un espace urbain m’intéresse de près. Pour Le Fils du capitaine, j’ai voulu rendre hommage à Istanbul, mais à l’Istanbul de mes années d’adolescence. Istanbul a beaucoup changé depuis, elle est devenue une mégapole avec 14 millions d’habitants, mais le quartier de Beyoğlu dont il est question dans le roman n’a pas beaucoup changé.

Vous êtes en France depuis plusieurs années, pourquoi continuez-vous d’écrire en turc ?

J’ai écrit des essais en français, mais en ce qui concerne la fiction, je suis resté fidèle à ma langue maternelle. Est-ce que j’aurais pu changer de langue ? Oui, car je suis arrivé par contrainte à Paris à l’âge de 20 ans, suite au coup d’État du 12 mars 1980. Mais mon premier livre, a été lauréat du prix de l’Académie de langue turque. J’étais très jeune à l’époque, j’avais 24 ans et ce prix m’a donné une sorte de responsabilité. C’est aussi une langue qui m’inspire, qui permet des envolées lyriques plus facilement que la langue de Descartes.

lefilsdecapitaineQu’est-ce qui vous a inspiré le roman Le Fils du capitaine ?

Dans l’histoire de la Turquie, s’il y a un élément de continuité, c’est bien l’autoritarisme. Je voulais essayer de montrer aux lecteurs comment ce penchant vers l’autoritarisme fonctionnait dans notre histoire. Dans ce roman, il y a aussi une histoire d’amour, un amour interdit, et ceci n’est pas autobiographique. Je l’ai inventée pour secouer un peu les tabous sexuels auxquels s’affronte toujours la société turque.

Un sentiment qui se dégage de votre dernier roman est celui d’une profonde nostalgie. Comment est-ce que vous réagissez au fait que vos lecteurs perçoivent une certaine tristesse dans vos livres ?

À force de vivre en dehors de mon pays, j’ai cultivé une sorte de nostalgie. D’abord de la ville d’Istanbul et puis c’est un peu aussi la nostalgie de mon adolescence qui transparait dans ce roman. Certes j’ai eu une adolescence difficile, mais en même temps, la vie était devant moi et maintenant, elle est surtout derrière moi. Cela me rend un peu triste et cette tristesse est présente dans le récit à travers le personnage principal.

Regrettez-vous d’avoir quitté Istanbul ?

(silence) …Non. Si j’étais resté en Turquie, j’aurais peut-être eu un autre itinéraire. J’ai connu l’exil qui est devenu aujourd’hui volontaire, mais qui était à l’époque une contrainte. Je dois avouer que Paris m’a beaucoup apporté en m’ouvrant au monde, en me permettant de connaitre la France de près. C’est pour cela que quand on me pose la question de savoir si je me sens Français, je dis ‘Je ne me sens pas Français, mais je me sens un peu Parisien’. L’absence et la présence [de mon pays natal] sont deux éléments qui ont forgé mon destin.

Est-ce que ce côté parisien en vous aimerait voir la Turquie rejoindre l’Union européenne ?

Tout à fait, je suis un fervent partisan de l’adhésion de mon pays à l’Union européenne, j’ai même écrit un essai qui va dans ce sens, mais malheureusement, comme je l’ai dit tout à l’heure, je ne suis pas optimiste. Je crois que la Turquie a raté ce train.

Yasmine Mehdi

Si la soirée dédiée à Nedim Gürsel vous intéresse, n’hésitez pas  à vous inscrire à cette adresseunnamed-1

1 Comment

  1. voltaire

    Quelle vaste blague, on peut parler de vrais écrivains ? Merci

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