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Nejdet Demirtaş dénonce les abus du numérique dans un projet sous-marin

En raison de la pandémie de la Covid-19, des mesures de distanciation sociale ont dû être imposées par les gouvernements. Le confinement ou le couvre-feu, le télétravail ou le chômage partiel, la fermeture des lieux publics, des écoles, et l’interdiction des rassemblements en dehors des foyers respectifs ont tous contribué à une augmentation du temps consacré aux écrans. Les réseaux sociaux comme Twitter, Instagram ou Snapchat sont souvent confrontés à de nombreuses critiques. Mais en cette période de crise inédite que traverse le monde entier, le terme « social » reprend tout son sens et ces plateformes deviennent alors le seul lien que l’on a avec « les autres », comme l’unique miroir donnant sur le monde extérieur.

De nombreux projets et études à ce sujet ont été menés afin de mettre des chiffres sur cet usage excessif et de montrer les conséquences qu’il entraîne. Parmi ces initiatives, un photographe sous-marin d’origine turque, Nejdet Demirtaş, présente un panel de photographies capturées dans la mer Méditerranée, sur la côte de Kaş dans la province d’Antalya, afin d’illustrer ce que représentent pour lui les « addictions d’aujourd’hui » et plus largement afin de pointer du doigt la surconsommation et la dépendance numérique dans nos sociétés.

Avec son projet, Nejdet Demirtaş souhaite mettre en lumière la dépendance aux écrans et au monde virtuel face à la réalité de nos sociétés. Parmi ces travaux se trouve une photographie d’une jeune femme qui « se pique » le bras avec son téléphone portable comme si ce dernier était une drogue par injection intraveineuse. L’idée à travers cette image est de montrer au grand public que l’addiction au virtuel est réelle. Bien que beaucoup peuvent instantanément penser aux drogues illicites, à l’alcool ou encore aux troubles alimentaires, la famille de l’addiction ne cesse de s’agrandir.

Dans une interview adressée au journal Milliyet, Nejdet Demirtaş déclare que l’addiction aux appareils électroniques et au numérique a été multipliée pendant la crise du coronavirus. Selon lui, lorsque les gens restent enfermés chez eux, ils baignent dans un « bourbier » de médias sociaux.

Il affirme également que nous assistons à une véritable transformation à l’échelle internationale. « Tout ce qui nous vient à l’esprit est désormais virtuel et distant. Ce changement à l’échelle internationale virtualise chacun d’entre nous dans la société […] Je voulais aborder ce problème avec ma caméra, car cette forme d’addiction pénètre en nous comme un virus. Le monde virtuel occupe nos esprits, tout comme le coronavirus », a-t-il ajouté.

Parmi les œuvres de Nejdet Demirtaş figure également un homme se prenant en selfie alors qu’une personne blessée réclame de l’aide. On peut également voir la représentation d’une mère qui s’avère incapable de détacher ses yeux de son téléphone portable au lieu de s’occuper de son enfant. Une autre photographie met en scène un homme qui se prend en photo juste à côté d’un cadavre lors d’un enterrement.

Encore une fois, le message qui est renvoyé par le photographe c’est l’insouciance et l’indifférence parfois cruelle que l’on peut avoir à cause des réseaux sociaux face aux « choses sérieuses » du monde réel. Il pointe du doigt l’intérêt que l’on porte à des futilités dans un monde qui souffre encore énormément de sujets brûlants : la corruption, la famine, la guerre, les injustices, les pandémies, les crises environnementales, économiques, ou encore humanitaires…

Ainsi, au-delà de la dépendance technologique, Nejdet Demirtaş essaye de sensibiliser à de nombreux problèmes qui frappent entre autres la Turquie tels que les féminicides, les mariages d’enfants, la catastrophe minière de Soma en 2014, mais également des enjeux internationaux comme la résistance palestinienne.

Muni de sa caméra, l’unique photographe sous-marin engagé du pays plonge dans les fonds de la Méditerranée dans la région d’Antalya accompagné d’apnéistes professionnels. L’Américaine Renee Blundon, les Espagnols Gemma Vila et Luis Martinez faisaient partie des apnéistes qui ont plongé à ses côtés pour travailler sur le projet.

Engin Olcay, le consultant du projet qui est également psychiatre, souligne que la dépendance technologique touche des enfants très jeunes, parfois dès deux ou trois ans. « C’est un moyen facile pour les individus aux compétences sociales limitées, qui ne peuvent s’exprimer que dans le monde virtuel, d’adopter des personnalités fictives sur les réseaux sociaux », explique Engin Olcay. « Ce travail extraordinaire sous l’eau attire l’attention sur la dépendance technologique qui menace l’humanité », a-t-il ajouté.

Nejdet Demirtaş a déclaré qu’il continuera à transmettre de tels messages sous l’eau.

Abou el amaim Nada

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