Politique

Nicolas Sarkozy et droit du sol : un pas de plus vers le populisme

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Avec sa récente déclaration sur l’ouverture d’un débat sur le droit du sol, le 13 juin dernier, lors d’un meeting de sa formation politique, Nicolas Sarkozy a confirmé que son parti [Les Républicains] n’avait pas seulement changé de nom, mais également de ligne directrice, balançant de plus en plus sournoisement entre conservatisme de droite et populisme décomplexé.

Qu’est-ce que le droit du sol ?

Il existe deux droits naturels principaux permettant d’obtenir la nationalité d’un pays : le droit du sol et le droit du sang.

Le droit du sang est le plus courant. Il s’agit de l’obtention naturelle de la nationalité d’un pays pour un enfant dont l’un des parents (voire les deux, suivant les dispositions du pays en question) est citoyen du pays. Il s’agit d’une naturalisation à caractère automatique par filiation.

Le droit du sol est quant à lui moins répandu, et soumis à des dispositions très variables selon les pays. Il consiste à la naturalisation d’un individu né sur un territoire et y résidant depuis un certain temps. À noter qu’il ne s’agit pas d’une exception française. Plusieurs pays européens ont aussi recours à ce processus de naturalisation, mais selon des critères différents.

À titre d’exemple, l’Allemagne a adopté le droit du sol en 2000, soit tardivement par rapport à la France (1889). Un individu né sur le territoire allemand et y résidant depuis au moins huit ans deviendra automatiquement citoyen allemand. 

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La nouvelle stratégie politique de Nicolas Sarkozy

Beaucoup de choses ont récemment changé pour Nicolas Sarkozy. Le nom de sa famille politique, devenue Les Républicains le 29 mai dernier. Son étendard aussi, ajoutant une touche de blanc aux couleurs rouge et bleu de l’UMP, en faisant ainsi un logo aux références nationales et patriotiques Quant au contenu politique de son discours, il n’est plus permis d’en douter : un changement de cap a été effectué. En effet, samedi dernier, le président s’est déclaré pour l’ouverture d’un débat sur l’abolition du droit du sol. Un véritable revirement pour celui qui déclarait entre les deux tours de la campagne présidentielle de 2012 :« Je suis pour le droit du sol. Nous le garderons. […]. Le droit du sol c’est la France ».

Ce revirement s’harmonise parfaitement avec tout le bouquet de changements initiés par cette transition de l’UMP vers LR [Les Républicains], mouvement accusé aussi bien par la presse que par divers groupes de gauche de reprendre la stratégie de communication du Front national. Tant sur le plan des valeurs que celui des images ; mais aussi en matière de contenu. En effet, faut-il rappeler que cette mesure appartenait au programme électoral du parti de Marine Le Pen en 2012 ? Quant à l’origine même de cette idée, ne sait-on pas qu’elle a été, plus de  vingt cinq ans durant, le cheval de Troie du FN ?

Régulièrement récupérée par le RPR afin de séduire l’électorat d’extrême droite, cette idée inspira même en 1993 une mesure : la loi Pasqua, visant à durcir les conditions d’obtention de la nationalité française par droit du sol en demandant au résident naturalisable de fournir une « manifestation de volonté » d’obtenir la nationalité française, soit un engagement  par écrit. Cette mesure fut la première et la seule à remettre en question l’automatisme de l’obtention de la nationalité française par droit du sol depuis 1889 ; elle fut par la suite supprimée.

Quant à la déclaration de Nicolas Sarkozy, elle fait suite à celle du député Eric Ciotti, qui préconise de limiter le droit du sol aux ressortissants européens. Une idée qui a suscité les critiques, à gauche comme à droite, jusque dans les rangs même du mouvement Les Républicains. En effet, aucun des candidats aux primaires de 2016 du mouvement Les Républicains ne n’est déclaré solidaire de l’ancien chef de l’État, qu’ils devront affronter. Alors qu’Alain Juppé et François Fillon ne souhaitent pas remettre en question le droit au sol, Bruno Le Maire considère quant à lui qu’il ne s’agit pas d’une priorité.

Ces candidats en course pour la direction des Républicains avaient déjà fait preuve de dissidence face à la nouvelle stratégie politique de Nicolas Sarkozy, et ce dès le premier congrès du jeune parti le 28 mai dernier. C’est donc un peu plus que la tête du parti qui se jouera en novembre 2016 lors de ces primaires, mais bien l’avenir idéologique du premier parti de droite en France, aujourd’hui en proie à un véritable vent de populisme qui n’est pas au goût de tous.

 

2 Comments

  1. George Martin

    Parce que, en Turquie, il y a le droit du sol ?

    • Garibaldi

      Figurez-vous George que la nationalité turque peut être accordée à tout étranger résidant depuis au moins cinq années en Turquie, y possédant un emploi et parlant couramment le turc.

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