Chroniques, Le choix de la rédaction

« Non à l’assassinat des femmes »

A trois semaines de la journée Internationale de la femme, la Turquie est secouée par l’assassinat d’une jeune universitaire de 20 ans. De retour de son université, la victime Özgecan prend un minibus, lors du trajet elle se retrouve seule avec le conducteur, ce dernier change d’itinéraire et la conduit dans un endroit désert et va tenter de la violer, mais elle ne se laissera pas faire, « j’avais trop envie mais elle m’a aspergé de gaz lacrymogène et m’a griffé le visage, j’ai eu trop mal et je me suis énervé, j’ai pris le couteau et je l’ai poignardé et frappé à plusieurs reprises sur la tête. Puis, avec l’aide de mon père et celle d’un ami je l’ai brûlé pour faire disparaître le corps car nous n’avions pas le temps de l’enterrer… », avoue l’assassin sans aucun remord.

L’annonce de cet assassinat sauvage va alors enclencher une vague de protestation et d’indignation un peu partout dans le pays. Les photos de la jeune fille et les slogans « Non à la violence faite aux femmes ! » font la Une des journaux et circulent sur les réseaux sociaux. Les langues se délient et aussi bien des inconnus que les célébrités font part des agressions et des violences qu’elles subissent. A l’instar de l’actrice Beren Saat, les femmes scandent : « C’est difficile d’être une femme dans mon pays » (Kadın olmak zordur ülkemde).

La page 3 des journaux en Turquie est celle des faits divers et on peut régulièrement y voir des photos floutées de femmes violées, brûlées, blessées et tuées. Pourquoi alors tant d’émois et d’indignations face à l’assassinat Özgecan ? Les chiffres le confirment, l’assassinat des femmes est en forte hausse dans le pays, il est donc temps de réagir. Ainsi d’après les données du ministère de la Justice et des organisations féminines, ces douze dernières années, 5324 femmes ont été assassinées. D’après la plateforme « Nous arrêterons l’assassinat des femmes », le nombre de femmes assassinées en 2008 était de 80, ce chiffre en 2014 a été de 294, il a donc plus que triplé. La moitié des assassinats a eu lieu à Istanbul. 40% d’entre eux ont été commis par les maris de ces femmes, et les 60 % restant par un membre de la famille, un petit ami ou un inconnu.

Il y a quelques années, le quotidien Haber Türk a publié dans sa manchette la photo d’une femme poignardée dans le dos et tuée par son mari. Son directeur de publication d’alors, le journaliste francophone Fatih Altaylı  avait expliqué qu’il voulait afficher la cruauté et la gravité de ces assassinats afin de sensibiliser l’opinion publique. Il faut croire que cela n’a pas suffi.

Pour que les choses changent, il faut inculquer dans la société le principe de l’égalité entre hommes et femmes et aussi punir sans concession les violences et les assassinats.

Mireille Sadège

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