Environnement, International

Notre-Dame des Landes : l’aéroport sera construit

Hier, les habitants de Loire-Atlantique, en France, on répondu à 55,17% « Oui » à la question « Etes-vous favorable au projet de transfert de l’aéroport Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame des Landes? » Coup dur pour le clan écologiste, qui compte malgré tout continuer à lutter contre ce projet.

Manifestants_contre_le_projet_Notre_Dame_des_Landes

« Etes-vous favorable au projet de transfert de l’aéroport Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame des Landes? » Hier, un peu plus d’un électeur sur deux en région Loire-Atlantique s’est déplacé pour répondre à la question, et c’est le « Oui » qui l’a emporté avec 55,17%. Une victoire sans surprise pour le clan pro-aéroport, mais les opposants ne comptent pas cesser de lutter pour autant.

Une victoire annoncée mais difficile à digérer

La victoire est « sans surprise » pour Europe Ecologie Les Verts (EELV), principal groupe politique opposé au projet. « Tout a été fait pour que le Oui gagne », a estimé David Cormand, secrétaire national d’EELV. Cécile Duflot, députée EELV regrette ce résultat. « C’est une bataille perdue pour l’écologie », a-t-elle déclaré, « Est-ce que c’est un projet bon pour l’écologie et bon pour le développement local ? Je pense que non. »  Et le résultat ne déçoit pas seulement le parti écologiste. « Le périmètre a été choisi par le gouvernement pour que le Oui l’emporte », avait déclaré Jean-Paul Naud, maire de Notre-Dame des Landes, hostile au projet. Il défie maintenant le gouvernement de mener à bien cette construction avant les prochaines élections.

Une consultation « totalement biaisée »

Le gouvernement affirme avoir fait parler le peuple, les opposants crient à l’injustice. Cette consultation ne réjouit pas tout le monde. Dans le clan anti-aéroport, on accuse les autorités d’avoir tout fait pour que le Oui l’emporte. EELV dénonce « […] une consultation sur le seul département de Loire-Atlantique, une campagne inéquitable avec des moyens de collectivités mobilisés en toute illégalité, jusqu’aux amalgames répétitifs entre ZAD et violence pour activer un vote de peur. »  Pour Yannick Jadot, eurodéputé EELV, le résultat de la consultation est « illégitime » et « ne résoud rien ». Illégitime d’après lui car à Nantes, par exemple, le « Oui » ne l’a emporté qu’avec 100 voix d’avances, et à Notre-Dame des Landes, principale commune concernée, le « Non » l’a largement emporté avec plus de 75% des voix.

Le Oui ne règle pas le débat

Dès l’annonce des résultats, les opposants l’ont affirmé: ils ne cesseront pas de lutter. « Nous savons que les attaques du gouvernement et des pro-aéroport vont se renforcer […] nous n’allons pas cesser pour autant d’habiter, de cultiver et de protéger ce bocage ». D’après les associations, tous les recours juridiques n’ont pas encore été utilisés. Pour commencer, les opposants au projet se réuniront pendant le traditionnel rassemblement anti-aéroport les 9 et 10 juillet prochain, auquel Cécile Duflot participera.  Les manifestants comptent occuper le site du nouvel aéroport jusqu’à obtenir gain de cause.

Fresque_humaine_contre_l_aeroport_juin-2006

« Le verdict des urnes sera appliqué » 

Manuel Valls l’avait annoncé avant la consultation et l’a confirmé hier dans un communiqué: quel que soit le résultat, il sera respecté. Il appelle maintenant les manifestants à quitter le site du nouvel aéroport et à cesser leur combat: « Les personnes qui occupent illégalement le site du nouvel aéroport devront partir d’ici le début des travaux. L’autorité de l’Etat et les lois de la République s’appliqueront à Notre-Dame des Landes comme partout ailleurs dans le pays. » Alain Mustière, président des Ailes pour l’Ouest, pro-aéroport, a rejoint Manuel Valls dans ses propos et a aussi appelé au départ des occupants de la ZAD [site sur lequel le nouvel aéroport sera construit]. « Les Zadistes [nom donné aux occupants de la ZAD] ont aussi trop abusé, ont pratiqué des violences sur des entreprises, des véhicules de gendarmerie… Personne ne tolèrerait de tels agissements à sa porte, et si la force doit être utilisée, elle doit l’être. »

« La plus vieille lutte de France »

Ce sont les mots de Dominique Fresneau, opposant historique a ce projet, et c’est en quelques sorte vrai: le projet de construction d’un aéroport pour le « Grand-Ouest » est né dans les années 60. On parle à l’époque de terrain à vocation internationale, le projet permettrait à la région de se développer, de devenir « la Ruhr [région urbaine développée Allemande] du XXIe siècle ». Notre-Dame des Landes, territoire plat et peu peuplé, est le site qui est retenu dès les années 1970 pour construire l’aéroport. La construction est prévue pour 1985.

Seulement voilà, la région agricole est une zone humide, sa valeur écologique est importante, et les agriculteurs craignent de voir leurs terres bétonnées… Ainsi, deux ans plus tard, le premier groupe de contestation, l’Adeca, est créé. Après une vingtaine d’années d’oubli, le projet est de nouveau sur le devant de la scène au début des années 2000, quand le déplacement de l’aéroport de Nantes-Atlantique se fait urgent à cause de la « perspective de la saturation des aéroports parisiens ». S’en suit alors la reformation de l’Adeca, à laquelle s’ajoutent de nouveaux groupes et des organisations d’opposants. Des mouvements d’action sont aussi lancés: grève de la faim, chaîne humaine autour du site, etc. Petit à petit, les opposants occupent le site. Peu après son élection, en 2012, François Hollande réaffirme son soutient au projet, ce qui rassemble quelques 40 000 manifestants anti-aéroport. Une commission de dialogue est annoncée, et conclut en 2013 à l’utilité du transfert de l’aéroport.

Au total, une dizaine de familles et quatre exploitants agricoles ont été expulsés pour permettre la construction du projet. Le référendum d’hier n’est qu’une nouvelle étape dans le bras de fer entre gouvernement et opposants, mais la question n’est pas encore réglée. L’aéroport de Nantes-Atlantique sera-t-il déplacé avant la fin du mandat de François Hollande? C’est le défi qui est maintenant lancé au gouvernement.

C.T

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