Découverte, Société

Le nouveau combat de l’association Nimri

Fondée dans les années 1960, l’Association de Solidarité Nimri est une association stambouliote qui avait pour vocation d’établir un contact entre les habitants originaires du village de Nimri ayant immigrés à Istanbul après l’exode rural des années 50.

Village de Nimri

Il y a deux ans, la première génération née en ville et âgée aujourd’hui d’une trentaine d’années prend la décision d’organiser un séjour en petit groupe vers ce village où sont nés leurs parents. La motivation de ces jeunes est simple : éloignés du village parce que nés dans les grandes villes, ils souhaitent découvrir leurs racines ainsi que leur culture et rencontrer d’autres jeunes issus du même village.

Le rajeunissement de l’association

Le séjour se renouvelle l’année suivante et, petit à petit, des liens avec l’Association de Solidarité Nimri commencent à se former. Devant cette nouvelle dynamique, une attente se crée chez les Nimrili (nom donné aux villageois) qui souhaitent que cette énergie s’intègre dans l’association et même que ces jeunes prennent sa direction. C’est ce qu’il se passe au printemps 2013. Le comité de direction, à parité hommes/femmes, est composé d’architectes, de commerçants, d’artistes, de professeurs d’université. La présidence est assurée par une femme: Mine Tan Dehmen.

De nouvelles méthodes et un nouvel objectif 

Cette nouvelle équipe a sa manière bien à elle de fonctionner et sa propre vision de ce que doit être l’association. Ils utilisent tous les moyens de communication modernes et parviennent à toucher beaucoup de monde ; ils cherchent à élargir le champ de l’association en développant des activités au niveau culturel, historique, social. L’objectif principal de l’association change radicalement puisqu’il n’est plus seulement question de créer un espace de rencontre entre citadins originaires du village. Son but est avant tout de promouvoir les liens entre la ville d’aujourd’hui et ce village lointain, de faire connaître aux jeunes leur culture, de réactiver une mémoire.

Le séjour au village, un retour aux sources de l’alévisme

Cet objectif se concrétise par un séjour annuel à Nimri, projet phare de l’association : « Notre priorité, c’est bien la redécouverte des racines » explique Mine, « la redécouverte de la culture du village, qui est aussi alévie, la socialisation de la jeunesse afin qu’elle se connaisse et le développement de la solidarité ». Cette année, ce fut la première fois que le séjour a été organisé dans le cadre de l’association. Un projet que la jeune direction entend mettre au cœur de son action : « Nous estimons qu’il est essentiel de créer un lien avec Nimri. Il faut voir, sentir, matérialiser l’espace dans son esprit » explique Mine. Et pour ce « premier » séjour de l’association, le programme fut assez dense : organisation d’un cem (cérémonie alévie qui consiste à se réunir sous la direction d’un dede – c’est à dire un sage – et qui avait déjà été organisée lors du séjour de 2012, et ce pour la première fois depuis 45 ans), organisation de muhabbet (discussions qui s’organisent avant et après le cem), d’un sacrifice, d’un atelier sur les plantes médicinales qui existent autour du village, lecture de poèmes et légendes de Nimri, restauration de sources d’eau, organisation d’une ortak sofra (tablée commune avec spécialités locales), d’une assemblée du village dirigée par l’association et le muhtar du village (autorité élue, sorte de président du conseil municipal).

djem
cérémonie du Cem

Pour l’association, la redécouverte du cem est essentielle : « Le cem est un rite important chez les alévis ; il est porteur de toute une partie de la culture alévie, de sa poésie, son courant de pensé… Il y a une grande tolérance dans cette culture et l’objectif n’est pas uniquement de se limiter à la redécouvrir, mais aussi de promouvoir les valeurs universelles qu’elle porte en elle, comme la tolérance, la liberté d’expression, la laïcité, la démocratie. C’est aussi avec cette perspective que nous souhaitons la redécouvrir. Nous voulons promouvoir les valeurs qui sont issues de ce village » précise Mine.

muhabbet
muhabbet

Une participation massive

Les activités se sont concentrées sur trois jours et ont attiré près de 250 personnes, principalement venues d’Istanbul, aux profils très différents : jeunes, familles avec enfants, personnes plus âgées… Certaines personnes n’étaient pas retournées au village depuis près de vingt ans et cela faisait trente ans que Nimri, aujourd’hui habité par une dizaine de personnes de manière permanente, n’avait pas vu autant de monde.

Une expérience réussie, qui se renouvellera avec certitude. La jeune direction n’est pas à court d’idées pour continuer cette découverte des racines et pense notamment faire reconstruire d’ici quelques années le ocak du village (sorte de yurt en bois où se fait le rite du cem), ce dernier s’étant écroulé dans les années 80 du fait du manque d’entretien.

Amandine Canistro

 

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